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I.E POUVOIR ROYAL

hauts dignitaires ecclésiastiques en vue de relever le niveau moral du clergé et de maintenir le prestige de l'Église, Elle s'appuya d'ailleurs surtout sur le clergé régulier : elle confia à des moines toutes les fonctions dans le Tribunal de l'Inquisition et une grande partie des fonctions de l'État. Il en résulta que ce furent des moines qui se substituèrent aux prêtres séculiers dans la direction de l'Église, et ce furent des moines qui jouèrent, à côté de la haute noblesse, un rôle prépondérant dans la vie politique et sociale de la Castille et des territoires qui en dépendaient.

Le centre de la vie publique et le sommet de la hiérarchie sociale, c'était la cour. Son importance avait grandi avec le développement de la centralisation monarchique. Elle réunissait soi-disant l'élite des diverses classes sociales. En réalité c'étaient surtout des nobles et des moines qui la composaient sous le règne d'Isabelle. Parmi les personnages de la maison royale, celui qui exerçait la plus grande influence sur le souverain était le confesseur : il lui inspira souvent des mesures qui eurent leur répercussion dans la politique intérieure et extérieure.

La royauté jouissait parmi les Castillans d'un prestige considérable, qu'elle devait surtout à la gloire conquise dans les luttes contre les Maures. Elle était pour eux le symbole des revendications nationales et religieuses. Ils la considéraient comme un « don de la Providence » et regardaient le roi comme le représentant de Dieu.

En Castille le pouvoir ro5'al était pour ainsi dire absolu. La seule restriction à l'exercice complet de l'absolutisme, c'étaient les privilèges des classes, noblesse, clergé et villes. Mais ces privilèges étaient, à la fin du XV^ siècle déjà, fortement entamés ; cela résultait en grande partie de la désunion qui s'était introduite entre les classes privilégiées et entre les membres d'une même classe. L' Aragon contrastait sous ce rapport avec la Castille : la noblesse y avait maintenu ses fiieros presque intacts, grâce à son union et à sa discipline ; les villes aragonaises avaient de même sauvegardé lenx?, fiieros à elles par leur esprit de corps et leurs alliances fréquentes avec la noblesse. Aussi les Cortès ont-elles joué un rôle différent dans

2 00 l'espagne au début de son expansion

la monarchie aragonaise et dans la monarchie castillane. Tandis qu'en Aragon ces assemblées parvinrent à exercer une certaine action sur la législation, en Castille elles ne participèrent d'aucune manière à la confection des lois. L'initiative législative y fut toujours l'une des prérogatives du souverain : pour compléter les lois ou parer à une nécessité pressante, il se borne même souvent à promulguer une « pragmatique » ou décret qui acquiert force de loi par la seule volonté du prince. Le préambule des lois de Toro (1505) ne fait que proclamer ce qui existait depuis longtemps : « Aux rois il appartient et il est en leur pouvoir de faire des fiieros et des lois, de les interpréter et de les amender là où ils verront qu'il convient (i). »

Les Cortès n'étaient convoquées que lorsque la couronne avait besoin de nouvelles ressources ou de subsides extraordinaires. Dès le XIV^ siècle, les prélats et les nobles s'étaient abstenus d'y paraître : comme ils ne payaient pas d'impôts, les délibérations des Cortès ne les intéressaient guère. A la fin du XV" siècle, les Cortès comptaient des délégués de quinze cités et de quelques villes : Burgos, Léon, Avila, Ségovie, Zamora, Toro, Salamanque, Soria, Murcie, Cuenca, Tolède, Séville, Cordoue, Jaen, Valladolid, Madrid, Guadalaxara. Après la conquête du royaume de Grenade, l'ancienne capitale de ce royaume fut aussi représentée aux Cortès. La reine Isabelle évita le plus possible de convoquer les Cortès : elle ne les réunit pas une seule fois de 1482 à 1498. L'abondance de ses ressources la dispensait de demander des subsides extraordinaires. Aussi, dès cette époque, commence la décadence des Cortès de Castille et cette décadence fut définitive.

La centralisation gouvernementale s'opéra beaucoup plus rapidement dans les Etats de la couronne de Castille que dans ceux de la couronne d'Aragon. Elle fut surtout l'œuvre d'Isabelle. Il est vrai que le terrain avait été préparé par ses prédécesseurs, mais cette reine énergique établit définitivement les rouages indispensables au fonctionnement du pouvoir absolu. C'est elle qui régla la réorganisation du conseil royal; elle y accorda la prédominance aux légistes, défenseurs

(ij Mauiéjol, L'Espagne sous Ferdinand et Isabelle, p. 134.

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