‹ Histoire de l'expansion coloniale des peuples européensChapitre 95 sur 173 · INFLUENCE DE LA CIVILISATION ARABE · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE LA CIVILISATION ARABE

castillan lui-même, essentiellement ibère d'origine, s'est assimilé les populations celtiques et visigothiques qui se sont établies dans le pays, mais il n'a pu en faire autant des populations maures. Les anciens Castillans se sont plus ou moins fusionnés avec elles, notamment avec les vmdejares ou Maures soumis ; en outre ils ont adopté en partie leurs mœurs et certains éléments de leur langage : les vocables maures dans le castillan sont beaucoup plus nombreux que les mots visigothiques. En revanche l'influence maure n'a pu entamer le fonds même de la civilisation castillane et transformer le caractère et les mœurs de la nation. Ce peuple rude de pasteurs guerriers et de paysans a gardé son endurance, son esprit de résolution tranquille, son courage et sa ténacité, mais en même temps une dureté allant parfois jusqu'à la cruauté, une certaine paresse ph3'sique et intellectuelle et un attachement exagéré à la tradition. Ce sont des étrangers qui furent en Castille les facteurs du mouvement intellectuel. Au milieu du XIIP siècle, Alphonse X le Sage s'adressa à des savants miidejares, juifs, maures et français pour dresser les célèbres tables astronomiques à l'observatoire de Tolède. Les savants castillans qui vinrent s'établir dans cette ville, se bornèrent souvent à traduire et à commenter les ouvrages arabes sur les mathématiques, la ph3^sique, la chimie, la médecine, l'astronomie, etc. Séville fut pendant quelque temps un foyer d'études scientifiques dans le genre de Tolède. Murcie posséda une école 011 des étudiants chrétiens, maures et juifs suivaient les leçons du mathématicien musulman Al-Carmoti. D'une manière générale les Castillans montrèrent peu de dispositions pour les sciences : le seul parmi eux qui acquit quelque renom, pendant la période scolastique, fut Fernand de Cordoue, qui possédait des connaissances enc3'clopédiques.

D'ailleurs la diffusion des sciences arabes fut arrêtée par suite du recul continuel de la domination des Maures dans la péninsule ibérique. L'Église contribua, pour sa part, à rompre tout lien avec la civilisation arabe et à envenimer les antagonismes de race en provoquant les luttes religieuses. Peu à peu les peuples chrétiens de la péninsule subirent l'attraction

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des grands centres de la civilisation médiévale situés en France et en Italie.

Jusqu'au XV^ siècle, les seules contrées de la péninsule qui eussent été en relations assez suivies avec le monde européen, étaient celles du littoral et particulièrement celles du bassin méditerranéen. La Catalogne, Valence et Murcie ainsi que les Baléares ont entretenu des rapports constants avec l'Italie. Aussi est-ce dans ces régions que s'est manifestée tout d'abord l'influence italienne. Il s'y développa d'ailleurs quelques foyers d'études scientifiques, notamment à Majorque, qui devint célèbre par son école de cartographes, et en Catalogne, où les sciences relatives à l'art nautique furent aussi en honneur. Mais l'intérieur de la péninsule, et surtout la Castille, resta longtemps fermé à l'influence italienne. Le grand mouvement de la Renaissance ne se fit sentir en Castille qu'au XV siècle : les jeunes Castillans qui se destinent aux études supérieures s'en vont alors en Italie et ce sont des Italiens qui viennent en Espagne provoquer l'essor des arts, des lettres et des sciences.

Les connaissances scientifiques étaient l'apanage du haut clergé et de quelques ordres religieux. Cependant elles pénétrèrent parmi la noblesse : on constate l'existence de bibliothèques chez certains nobles, par exemple chez le comte de Haro (1445). Mais les classes aristocratiques se tournaient plutôt vers la littérature et montraient peu de goût pour les sciences en général. Le niveau intellectuel de ces classes semble être resté assez bas : l'atmosphère guerrière n'était guère favorable à l'éclosion d'une littérature scientifique (i).

La carrière militaire était celle qui était le plus enviée ; plus prisée même que la carrière ecclésiastique, elle répondait mieux aux aspirations de la masse de la nation castillane : elle lui permettait en effet de cultiver ses vertus chevaleresques et d'assouvir sa haine contre les Maures. A mesure que les

(1) Cependant Tintérêt semble s'être éveillé assez tôt pour les récits de voyage. Le livre de Marco Polo fut traduit au cours du XIV« siècle, à la demande de Don Fray Juan Fernandez de Heredia (iSio-iogô), grand-maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. (R. Stûbe, El libro de Marco Polo. Leipzig, 1902 )

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