CHAPITRE XIII
Ezpéditioo du général Desaiz dans la Haute-Égjple.-
Bataille de Sédiman.
(An VI. — 1798.)
Après la bataille des Pyramides , le général Desaix s^était cantonné à Giseh. CVst là qu^il avait travaillé à se fortifier tandis que Bonaparte poursuivait Ibrahim. La prudence n^ftvait pas permis d'engager toutes les divisions à la fois ; mais les succès du général en chef ayant dissipé toute inquiétude à cet égard , Desaix se mit en devoir de chasser Mourad-Bey delà Haute^Égypte.
Ses mouvemens commencèrent le 23 août.
Les Français qu'il commandait, fatigués d'une inaction qui leur rendait insupportable le bruit
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des victoires remportées parleurs compagnons, quittèrent les retranehemens dans lesquels ils avaient trouvé le repos et Tabondance ; ils coururc^ut avec joie à de nouveaux dangers.
Plus d^un mois s^écoula sans qu^ils pussent signaler leur valeur autrement que dans des escarmouches. Mourad s'était réfugié dans la province de Fayoum , où il rassemblait toutes ses forces. Les détachemens de Mameloucks qu'il avait laissés derrière lui, semblaient destinés à observer les Français plutôt qu^à les combattre; car, dès que Ton en approchait à portée de canon, ils disparaissaient.
: Enfin, le 6 octobre, après bien des marches pénibles^ on apprit que Mourad attendait les Français à peu de distance, dans l'intentiou de leur livrer bataille. Le même jour, leur avant-garde eut avec la sienne une rencontre dans laquelle celle-ci prit la fuite, laissant sur le lieu du combat cinquante hommes et autant de chevaux.
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Le 7 , rarmée de Mourad fit un mouvement qui tendait à attirer les Français dans le désert. Desaix pénétra les intentions de Pennemi^et, après ravoir repoussé, loin de le suivre, il se rapprocha du Nil où voguait la flottille chargée des munitions et-des vivres de sa division. Les soldats bivouaquèrent sur les bords du fleuve. Le lendemain , s^étant mis en marche avant le jour, au lever du soleil ils aperçurentj Farmée de Mourad retranchée à Sédiman. Douze mille hommes la composaient et occupaient une ligne d''une lieue détendue. Les forces du général français formaient à peine la sixième partie de ce nombre. ....
Un vallon séparait les deux armées.
Desaix donne Tordre de le franchir au pas de charge. Les soldats, formés en bataillon carré , flanqué par deux pelotons de deux cent cinquante hommes chacun, s'' avancent avfec autant d'ordre que d'inlrépidité. Tout-à-coup ils sont entourés et assaillis par la cavalerie
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ennemie , qui saisit Finstant ou elle les yoit dans une position désavantageuse. Accueillis par une vive fusillade , les Mameloucks s^ar^ rétent d^abord} ils s'éloignent ensuite pour prendre du champ ; puis , sVtant réunis , ils se précipitent en masse sur Tun des pelotons et récrasent. Le choc est si yiolent , que tout ce qui n^est pas tué se jette ventre à terre pour échapper au sabre destructeur. Ce mouve-^ ment , qui , dans toute autre occasion , eût achevé la ruine du peloton en le livrant sans défense à la rage d^un soldat implacable , fut au contraire la cause dç son salut* Le grand carrée, n^ayant plus à craindre de tirer sur des Français confondus avec les ennemis , fait sur les Mameloucks un feu si bien nourri qu^illes arrête encore et les force à s^éloignér. Ce qui reste du peloton se relève et rentre dans le carré.
Les Mameloucksi repoussés deux fois, étaien t loin d^étre découragés. Enflammés de honte
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et de dëpit , ils reviennent à la charge de toute Tardeur de la vengeance. Cette fois , les foudres de la mousqueterie ne suspendent point leur course ; ils sVlancent jusqu^à heurter les baïonnettes; leurs damas sillonnent les fusils sans les ébranler. Partout les rangs serres leur présentent des murs hérisses de fer , des barrières impénétrables. Furieux , les uns sVffbr^ cent de faire mater leurs chevaux pour les faire retomber sur nos têtes ; d^autres les poussent à reculons afin quMls ne voient pas les baïonnettes qui les ont déjà blessés. Enfin , dans le délire d^une impuissante rage , ils lancent aux Français les armes qui ont si mal servi leur courage : tromblons ^ fusils , sabres, haches , masses d^armes , tombent péle-méle au milieu des rangs. Lé Mamelouck 9 prè$ de rendre le dernier soupir, se traîne et essaie de déchirer , à coups de poignard , les jambes de nos soldats. Tant d^acharnement finit par allumer la fureur des Français : ceux qui sont
>pn rang ne peuvent s^ livrer entièrement , de peur de rompre Tordre admirable qui les rend invincibles ; mais ceux qui ont été renversés vont , en rampant, chercher des blessés ennemis. Le mourant attaque le mourant ; ils semblent retrouver la vie pour achever de se l'arracher; ik s^enlr^égorgent d'un bras défaillant , et le vainqueur expire en poussant un p,T\ de triomphe sur le cadavre qui vient d'expirer.
Le génie militaire est de toutes les nations. Mourad ^ voyant que ses cavaliers se seraient ^ous fait tuer avant d'avoir entamé le carré , fit exécuter une manœuvre pareille à celle qui donna aux Français la victoire de Fontenoi. Il rappelle sa cavalerie et fait avancer huit canons qui tonnent sur ses adversaires ; chaque décharge en renverse huit à dix. Si les Mameloucks eussent profité du moment de trouble que cette manœuvre répandit dans le carré, peut-être n'eût-il fallu qu'une charge
rapide pouf Penfoiicer. Que fera Desait ? s^îl avanee, ses blessés sont livrés à la merci des Arabes qui rôdent autour du champ de bataille; s^il garde sa position, tout son corps d^ar* mée est compromis. Cette idée le détermine ; )I donne ordre de s^élancer sur les canons et sVcrie : « Vaincre ou mourir^ ! — Vaincre ! » répond Faide-de-camp Rapp. On se précipite au pas de charge; la batterie est enlevée, et bientôt , de cette nuée d^ennemis qui mena-^ çaiént d^anéantii: Tarmée, il ne resta plus que quelques centaines de morts et de blessés : leresté avait fui.
Cette victoire permit aux Français de prendre leurs cantonnemens dans la province de Fa joum , abandonnée par Mourad. La frayeur qu^elle inspira aux Arabes de cette contrée fut telle, qu^ils cessèrent leurs agressions journalières , et que , pendant quelque temps y on put croire à leur soumission.
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