CHAPITRE XIV
BfeonnauBanee du iac Menialeh^ -^ Haasan-Toubar.
(An VIL — 1758.) '
ËNTiB les raines de Féluse ^ les diiiies de sable ibouvaiiC qui conduisent tn Syrie et la branche de Damiette, s^ëtend le lac Mensaleh connu autrefois sous le. nom de Tennis. L^em«* placement de ce lac sânble indiquer qu^il a été formé de rancienne branche Mendésienne; il peut avoir vin^t lieuips de long-sur six , de large. Il n^est séparé de la Méditerranée que par une banda de terre ^étroite où sont prati-^ qoées deux ouvertures qui lui servent de.oottif munication avec la mer. .
Les bords du lac Mensaleh et les îles nom-
D^EOVPTE. l3l
bf euses dont il est parsème sont liabités pat* des liomihes qui ^ ^adonnant particutièreraent k' H l^édbfe /possèdent six à huit cent^ eixi** barcatiom au moyeti'desqfciellfis ils sillonnent dahs totiliiles sen^ ëeite taste étendue dVaa. Ces iftsulâij>è!» sont pSiÈts' l'obn^ed^ et plM éoH^ rageut que ^eâ âuti^is habitàos dePégypIe:
leut manière de vivre les 0nduTCÎt 'àu?i fati-^ ^lés ; ilsI^espirenfUnàir'excfellent') étylonsqUé lé resté de k' cotitrëe gémît dU fléau de k péste^ 9s ne ressentent pas mémeles plus légères at-^ teinte» de (èéîte horrible épidémie. -
Les diverses populations, de ces p^iràges étaient aloi*s soumises à environ quarante chefs ^i toui^ reconnaissaient la suprématie dé Has^ san-^TôUbhr , soheick d« ^Menî^leh; IL^àtiWrîté de Hafisan-Toubarn^étaitpas seulement fondée sur d^immenses richesses ; > il Ik de vait> ene^ore à Fancienrieté de sa fatpîUe 6lti lé »pbtivoir était concentré dépuis pluà^ de cinq géftét^âlioiis. Ce
ftcheick était peiitr^lre le seul Egyptien qui
t32 EXPEDITION
osât , SOUS les yeux des Mameloncks, affichei' Fopulence : makre des eaux du lac et de plusieurs points fortifiés , pouvant armer en peu de temps une foule d^ho^mmes déterminés y il avait su se créer une position indépendante; les Arabes qui exploitent le désert entre FÉgypte et la Syrie, gagnés par ses présens ^ étaient toujours prêts au moindre signal à voler à son secours. Aussi lesbeys, et Mourad lui-même , satisfaits d^un léger tribut, laissaientils le scheick gouverner à sa fantaisie; Hassan- Toubar était un véritable souverain dans cette portion de TEgypte.
Bonaparte mesurant tous les avantages qu^on pourrait tirer d^un homme de ce crédit, si Ton parvenait à capter son amitié, avait ordonné aux généraux qui occupaient les provinces circonvoisines de ne rien négliger pour attirer Hassan-Toubar dans le parti des Français^ Dés présens furent envoyés au scheick qui les ac-* cueillit favorablement , et promit de payer le
0'jSGYPTB. fSîi
tribut accoutume aux vainqueurs des Marne*-' louckâ. Mais, on ne tarda pas à. être instruit qu'il était d'intelligence^ avec Ibrahim-Bey en Syrie ^ que son influence contribuait principal leoient à perpétuer la révolte dans les provinces de Charquieh, de Damiette^ de Mansourah, et que les hordes d'Arabes trouvaient dans sa bonne volonté de puissans secours pour agir coutre les troupes françaises.
Convaincu, par plusieurs tentatives infructaeuses que les voies de douceur ne conduiraient à aucun résultat , Bonaparte écrivit au général Dugua quise trouvait alors aux environs de Mansourah : a Faites passer dans le » lac Mensaleh. quatre ou cinq djermes armées n de canons, que vous avez à Damiette; et si » .vous le pouvez , faites-y aussi passer une . » chaloupe canounièpe ; enfin , armez le plus )> de bateaux que vous pourrez , pour être » entièrement maitre du lac. Soit par terre , » soit par le canal , il faut absolument parvenir
l34 EXPÉDITION
>i à Ei-Mensaleh. Tâchez d^avoir Hassan-Too- » bar danS' vos mains \ et pour «ela y employei^ » la ruse, s^il le Êiut; et si jamais tous le » tenez 9 enyoyez4e moi.. au Canre; Sur-le- M obamp faites partir une forte colonne |N>ar » sVmpajrer d!El-*Mensaleli ) faites-*en partir » ona autre, «pour acoompagner le général » An^eossj ets^eitaparer de toutes les iles da M lac. Mon intention est qu^on fasse tout pour » ètte souverainement maître .du lac Mensaleh; n doasîez-vous j fai^e marcher toute votre » division , il . faut que le général Andreossy » arrive à Péluse. » Si Fimportance (jue Bonaparte attachait à Foocupaticm de ce point n^était pas suffiaamment motivée par les* raisons jqdie^ nous avons fournies, eUe s^explic|uerait encore par. le pressentiment, qu^il avait déj^à d^uneexcursiojii en Sjrie^ Le lac Mensaleh devenait emce cas la voie la plus^ commode pourrie .transport du matériel et des approvi^ sionoemens de Tarmée.
En exécut^oA des ordres du général en chef, AndréosstjT partit le 3 octobre de Damiette^ saflottiHe, descendant le Nil, entra dans la Médiierranëe après lin trijet dé cinq heures. Arrivé au Bùgà2 , â debarciuâ arec cent hom-
mes et fit route pair la digue ^naturelle qui sépare le lac de la met" , tandis que le reste de sa troupe dirigeait les djermes vers la bôudïe du laC) connuesous le nom de Dibëh. A trois heures €i demie du soir , les deux: colonnes étaient réunies sur ce point; on sonda le passage ^ et le lendeihain la flattiUe Fàvaitii'Anchityers le milieu du jour. Andréossy se rebibarqua avec son escorte et prît aa direction dans» lefi ^aux du lacenlkre.leé îles deilouiest etleicoiitinent de Damiette* : 7 i
La flottille voguait depuis quelques heures ; elle était arrivée à la poii^ deMbtarieh; dqà les minarets de Mensaleh se montraient dans le lointain, lorsqu^on vît déboudier derrière les îles une multitude de djermes qui faisaient
l36 EXPÉDITION
force de voiles pour nous attaquer. La nuit approchait , et le général se trouvait dans des lieux inconnus, à la merci de quelques pilotes étrangers qui manifestaient leurs craintes par des signes non équivoques. L'infériorité numérique de ses troupes et Tinexpérience des localités le déterminèrent à rabattre du côté deDamiette, dans Pespoir qu'il lui arriverait du secours pendant un combat que Fapproche des ennemis rendait inévitable. En e£Pet leurs barques étant entrées dans le canal où naviguaient les Français , les deux flottilles furent bientôt en présence. Andréossy fit alors diminuer de voiles et attacher fortement les bâtimens les uns aux autres , afin de présenter une masse capable de résistance. Tout-à-coup les Egyptiens qui voguaient parallèlement avec les barques françaises poussent mille clameurs barbares auxquelles se mêlent les sons aigus d'un grand nombre d'instrumens de cuivre et les éclats assourdissans du tambourin. A cet
D^JEGYPTE. 137
effirûyable vacarme succède une vive fusillade. Les Français, sans sVtonner de tant de bruit^ ripostent par un feu de file bien nourri et par plusieurs coups de canon. Cette attitude imposante au milieu d^une profonde obscurité intimida Pennemi qui, cessant de marcher à la hauteur de la flottille, se contenta dVn harceler la queue jusqu^au mouillage de Minieh.
Là , reconmiencèrent de plus belle les hurlemens et la musique barbare qui avaient accompagné la première attaque. Ces demisauvages s^a visèrent d'^un stratagème qui aurait pu leur réussir s^ils avaient eu affaire à des adversaires moins expérimentés; ils approchèrent de terre comme pour débarquer , espérant que ce mouvement engagerait les Français à quitter leurs, djermes ; mais Andréossy devint la ruse : ses troupes, immobiles sur les bàtimens , ne répondirent aux clameurs des EgyptiensX]ue par une fusiUade soutenue : le général fit redoubler les décharges de mous-
qu^terie <»t d^airtiUerief afin que le brait ^ des f xplosioTO , au . miëeu* dû âiience ooctitrae, arrivât ju^qu^à Damiette ^ et fît connaitre le 4 Wger d^ sa ppsîtiQuXette^ttente ne fut point ^Qipp4eL Une patrpuiUa du général Vial , en pbs^i^y^tipn â:ux environs du lac, avertie par le bruit, accéléra sa marche^ et parvint bientôt ^u^ le théâtre de Faction. Les ennemis ne Tatr tçffdirent pas: au moment où la lune se levait, ils se décidèrept à.l^ retraite et disparurent^ On les vijt de nouyeau le 8 octobre : quoique leifTs forces, fussent plus considérables , . ils échouèrent ^ncpre dans leur tentative : le feu
dCjla flot^ille^ soutenu papr une pièce de huit, jeta la cpnfu^iopau milieu d^^eux^^et le dé^ordr^ se tenpina par un^ fuite précipitée^
Pendant ce temps le général Dugu^ai, qui avait, ordre de CQ^iph^^T ses mouv^âiens avec ce^x 4e 1a ÇlQtt^e,. n^était point r^é dws Fin^ptippou Ji commença par faite une nouvelle démarche pacifique auprès de Hassan-Toubar :
le scheîçk répondit : « Je ne^etfx voir l^ » Fvançai!^ Ai de |>rès, ni de loin; s^ils me i> donneiitla certitude de me laisser tranquille h chez moi V au bourg de Mtmsaleh , je leur D paierai le tribut que je payais aux" Màme*^ » bucks^ m^is je ne veux avoir avec Ofs in* )) fidèles aucune communication; » ' Après une réponse aussi positive , le général Dugua ne perdit plus de' temp^ à délibérer, il détacha une forte colonne sous la conduite du général Damas qui se porta rapidement vers le bo^rg de Mensaleh ; un rassemblement dé feUahs et d^ Arabes voulut en vain s^opposer à la marche des troupes ; après un com^ bat peu sérieux , les insurgés se dispersèrent , et la colonne entra dans le bourg sans renôon-* trer d^autres obstadès. Hassan^^Toubarv qui aVait dirigé lui-^nàéme les attaques ckmtre la flottille , était absent de Mensaleh lorsqne les Français en prirent possession : la prise de ce point capital le mit dans Pimpuissance dVgir
l40 EXPEDITION
avec succès ; ses barques errantes le portèrent d^ile eh île jùsqu\i rancienne bouche pélusiaque. Andréossy fit sa jonction avec la colonne du général Damas : des postes militaires furent étaMis tant àMensaleh qu^à Matarieh, et sous leur protection ^ la flottille put croiser dans le lac avec sécurité.
Le général Andréossy j maître de la navigation, compléta la reconnaissance de ces parages. La profondeur moyenne du lac est de trois pieds ; il abonde en poisson ; Tentrée des bouches est fréquentée par des marsouins.
Malgré la communication immédiate avec la mer, Peau de ce lac immense n^est pas salée dans tous les points ; elle est saumàtre dans quelques endroits et potable dans d^autres.
Sur le rivage se trouvent les ruines de Tennis, Touna , San, et celles de.Péluse ; à Vextrémité orientale, entre les dunes et la Méditerranée., quelques colonnes couchées sur une plaine nue et stérile , voilà ce qui reste : aujourd'hui
D^EGYPTB. 1:41
de celte dernière ville, jadis considérable, sous les murs de laquelle Pompée rencontra la trahison et la mort.
Comme Hassan-Toubar ne jouera plus qu'un rôle insensible dans les événemens qjii vont se succéder , on peut , afin de ne plus revenir à lui , faire connaître dès à présent la soumission à laquelle il dut se résigner après plus d'*un mois de courses en sens divers sur les eaux dont il* était naguère Fabsolu souverain. Surpris dans un piège adroit , le scheick fut enfermé au château du Caire. Bonaparte le rendit à la liberté a:u bout de quelque temps, et depuis lors les Français n'eurent pas d'allié plus fidèle que Hassan-Toubar.
±^% BXPÉDtTlOlf
CHAPITKE XY^
Révolte du Caire.
(An VII. — 1798.)
Les provinces de la Basse-Egypte étaient sans cesse agitées* La révolte courait d^ vfl« lage en village, et les troupes francises ^ continuellement occupées à la poursuivre , la terrassaient toujours sans la détruire.
LWmée opposait-elle la patience aux in«^ jures ? les Egyptiens traitaient cette modération de faiblesse. Faisait -elle des exemples terribles ? ils ne respiraient que vengeance.
La manière dont les villages sont construits ^ est très-favorable aux soulèvemens. La plupart , entourés de murailles , peuvent se défendre. Les maisons sont fort basses ; un ca-
' D^BCTPTB. 143
valier les dépasse de la tête: celles qni sont voisines des murs ont un peu plus d'élévation et offrent aux assiégés un point avantageux pour tirer sur les assiégeans.
Quel que fût le respect dont te tmlte wm^ hométan éfait hoooré, les^^ébe» delà contrée, mollahs et iamv»^ f^eéchaient une levée en masse ccmtre le$ Français , promeitaiil • le ciel attx vrais eroy ans qui succomberaieiit dans cette sainte entreprise. ) ■. ^. ]
Ces prédications ne pouvaient manquer Iseur etfet sur un peuple ignorant, fanatique eC naturellement enclin au pillage. Le massacre des courriers, les brigandages : de toute .espèce reprirent vigueur* Chaque jour on apportait au général en chef la nouvelle de quelque soulèvement.
Lés généraux Menou et Marmont ' avaient failli d^étre assaissinés dans le village de Gafr^schabbias i qu^ils ne purent réduire qu^en le livrant aux flammes.
Une nuée d'Arabes avait osé tenter de s'em-* parer de Damiette.
Les généraux Vial, Lannes, Murât, Lanusse , tous les gouverneurs de provinces , enfin , se trouvaient dans la nécessité de courir sans cesse d'un point à un autre pour réprimer des séditions «toujours renaissantes.
Ces agitations partielles n'étaient que le prélude du grand mouvement qui se préparait au Caire, et qui éclata le 21 octobre ( 3o vendémiaire ).
Dès la pointe du jour quelques rassemblemeRs se formèrent dans les rues ; ils grossirent peu à peu et se portèrent en masse vers la demeure du cadi Ibrahim Ehctem-Efendj.
Vingt personnes des plus marquantes lui sont députées. Le vénérable vieiUard demande le motif qui les amène. Ils se plaignent d'une mesure fiscale que vient de prendre le chef de l'armée française relativement aux propriétés : ils invitent le magistrat à les suivre
chez Bonaparte afin d^obtenir Fabrogation de cette mesure. Ehctem-Efendy se rend à leurs désirs et monte à cheval } mais voyant la multitude qui raccompagne , il fait observer que ce nVst point dans cette attitude qu^on pré* sente une supplique, a Chez Bonaparte I » lui orie-t-ron de tous côtes. Alors il descend d^ cheval et veut rentrer dans sa maison. La populace , armée de bâtons et de pierres , fond' sur le faible vieillard, le renverse , et assomme aussi les gens qui composent sa suite.
Dans les émeutes populaires, le sang versé double la sojf d^en répandre.
Cptte foule se porte dans tous les quartiers en poussant des cris de rage. Les Français quelle rencontre sont mis en pièces. La maison du général Gafarelli est assaillie et pillée; luin> même était absent , mais deux officiers du génie f périssent massacrés. •
Bientôt la ville entière est soiilerée i (pus les habitans parcourent les rues avec des fusils
l46 EXPÉDITION
sans doute préparés à cet effet, et ne demandent que carnage.
A la première nouvelle de ce désordre, le général Dupu y , commandant de la place , sort de son hôtel à la tête de quelques dragons qui ^j trouvaient de piquet ; il arrive dans une rue obstruée de mutins et les engage à se retirer. Un coup de tromblon , tiré, dans ce moment par un chef de bataillon turc , les fait entrer en fureur : ils ne répondent au général que par des hurlemens et des menaces. Celui-ci se décide alors à les charger; il s^ élance au milieu de cette populace et s'ouvre un passage sanglant. Mais au raomept où il lève le bras pour secourir un des siens, il reçoit sous Taisselle un coup de lance qui lui coupe Partère : huit minutes après il avait cessé de vivre.
Le canon d'alarme gronde ; la générale est battue. Les Français se rassemblent au château. A mesure qu'ils arrivent , le général Bon , qui a pris le commandement , les dirige par déta-
D^ÉGYPTE. l47
chemeDS nombreux âur les principaux points occupés par les révoltés. Plus de quinze mille de ces insensés , poursuivis la baïonnette dans les reins , se réfugient dans la grande mosquée dite d'^El-Héazar et en barricadent toutes les avenues.
Averti parle canon d^alarme, Bonaparte accourt de nie de Roudah avec ses guides ; il prend des mesures afin de couper les communications entre les divers quartiers où sont postés les rebelles.
La nuit, tant redoutée des Orientaux , amène un moment de calme : le général Dommartin a ordre de profiter des ténèbres pour dresser une batterie. Quatre bouches à feu sont placées sur le revers du Mokatam, à cent cinquante toises de la grande mosquée , entre la Quoubbeh: et la citadelle.
On apprend que cinq mille paysans sWancenl vers la ville : le général de Vaux marche à eux et les oblige à se retirer avec perte.
l48 EXPEDITION
De leur x^ôtë , les Arabes volaient au secours 4e la révolte. La cavalerie du général Dpmas^ envoyée pour battre la plaine ^ les refoula dans le désert.
LVide*de-camp Sulkowski, allant faire une reconnaissance , est attaqué par la populace d^un faubourg : son cheval glisse , le malheureux officier tombe , on Tégorge.
Au point du jour, les bataillons s^branleiU dans diverses directions ; leiirs efforts triomphent d^une résistance opiniâtre. A huit heunep du matin , il ne reste plus que la graa3.de mosquée à emporter.
Bonaparte fait sommer ceux qi^i roocupent de mettre basles armes. Par son ordre, le divan, les principaux scheicks , les docteurs de la loi , se présentent aux barricades avec des pairoks de réconciliation : ils sont accueillis à coups de fusils. Cette dépiarche est regardée eomme un signe d'^impuissance , et la révolte lève t»n front pluis insolent : elle répond par des in-*
D EGYPTE. i49
vectives outrageantes à de nouvelles proposi'^ tiotis du général en ckef. Alors le signal t^r^ rible est donné» La dtadelle et les batteries àa générail Dommartîn font pleuvoir sur la grande mosquée une grêle de bombeâ, d^obus et de boulets , qui porteiit la mort arec Teffroi au milieu des réyoltés\ Une circonstance eX'^ traordinaire vient seconder les Français , et jeter dans Fesprît des Egyptiens une terreur superstitieuse : Pair s^obscurcit 4^ nuages ; le tonlierre mêle ses détonations lointaines au bmiit du canon. Les rebelles frémissent à cette Toix oâeste ; leur Courage chancelle. Voyant la foudre de Dieu et des hommes sur leurs têtes y consternés j éperdus y ils poussent des etis lattientables et demandent à capituler.
a VoiS' avez refusé ma clémence quand je 4 vous Toffirais^ repond le général en chef; )► yheure de la vengeance est sonnée i vous H avez commencé , c^esA à i^oi de finir* »
Réduits au désespoir , ces malheureux ten*
l5a EXPEDITION
tent une sortie ; de tous côtés ils rencontrent les baïonnettes des grenadiers ^ sur lesquelles ils viennent chercher le trépas.
Enfin y ils jettent leurs armes et se rendent à discrétion , implorant la miséricorde des Français et poussant leur cri de détresse :
Amman !
Bonaparte se laisse fléchir ; les principaux meneurs suffisent à sa justice : onze d^entre eux sont condamnés à mort ; six seulement subissent le dernier supplice. Leurs têtes , suivant Tusage du pajs, sont promenées au bout d^une pique dans toutes les rues, du Caire.
Trois mille cadavres attestent le pouvoir et la vengeance des Français. De leur côté, ils ont perdu près de trois cents hommes , dont plusieurs appartenaient à Padministration , et dont un plus grand nombre étaient des blésses de la division Reynier, qui furent massacrés aux portes du Caire.
D^ÉGYPTE. l5l
Bonaparte abolit le divan et assujettit la province au régime militaire.
Le 24 octobre, une proclamation, des gens
de loi de la capitale apprit à toute l'Egypte le
châtiment des révoltes en même temps que
leur crime: elle contenait, entre autres choses,
ces paroles remarquables : « Savoir faisons
)> aux habitans des provinces qu^il est arrivé
» quelque désordre , dans la ville du Caire ,
» de la part de la populace et des méchans
» qui se sont mêlés avec elle; ils ont mis la
w désunion entre les troupes françaises et les
)> sujets, et cela a occasioné la mort de beau-
)> coup de Musulmans. Mais la main bienfai-
* santé et invisible de Dieu est venue bientôt
» apaiser la sédition , et par notre intercession
» auprès du général en chef Bonaparte , les
I) malheurs qui devaient suivre la révolte ont
» été arrêtés. Il a empêché les troupes de
)) brûler la ville et de la piller , car il est plein
» de sagesse, bienfaisant et miséricordieux
iSa EXPÉDITION
» envers les Musulmans ; il est le protecteur » particulier des pauvres , et sans lui tous les » habitans du Caire n^exîsteraient pluai^ »
Une autreproclamation fut publiée le même jour par les imans ; elle avait poilr but de paralyser les écrits que Fentiemi faisait circuler parmi les Egy|)tiens ^ écrits dans lesquels on représeùtàit la France comme en guerre avec le Grand^Seigneur ^ et où Ton excitait le peu-* pie à s^armer contre les destructeurs de la religion de Mahometi
<( Vous n^ignorez pas ^ disaient les imans 9 )» que les Français ont été de tout temps 9 >» parmi les nations européennes, les seuls amis des Musulmans et de Fislamisme, et les y ennemis des idolâtrés et de leurs supersti- 1» tions ; ils sont les fidèles et les zélés alliés de » notk*e seigùenr le âultan ; toujours prêts à » lui donner des témoignages de lëtir aiSection M dt à venir à son Recours , ils aiment ceux ^ui n Taiment , et sont les ennemis de ses enne^
D^ÊGYPTE. l33
>i mis ; oe qui est ]a cause de la haine qui M existe entre eux et les Russes ^ qdi méditent » la prisé de GonstantinOple ^ et emploient }> tous les moyens que la rase et Tastuce » petlvent leur fournir pour enrahir le pays » de Fislamisme ; mais rattachement des Fran^ » çais pour la Sublime^Porte , et le^ puissansF p secours qu^ils lui donneront, confondront » leurs mauvais desseins. Les Russes désire-^ j» raient s^emparer de Sainte-^Sophie, et des » autr^ temples dédies au culte du vrai Dieu , » pour en faire des églises consacrées aux exep- M eioes profanes de leur perverse oroyaiice ; 1) mais , sHl {^ait att oiel ) les Finançais aidej^ônt » notre seigneur le sultan à se rendre maître » de leur pays et à en ëxtern^iner la race» n
La terroir que jeta dans TÉgypte Pissue de la révolte du Gaire^ étouffa pour long-f'temps rc9prit de rébellion. Désormaifi Le peuple des viHca , phis tranquille ^ soujSrit i^ans murmurer la domination étrangère ; it s- attacha même
l54 EXPÉDITION
par degrés aux ennemis des Maineloucks.
Bonaparte, satisfait de ce retour à de meilleurs sentimensy et du calme profond qui régnait depuis deux mois dans la capitale , voulut lui restituer le divan dont il Pavait privée, et donner, poilr ainsi dire , à l^gypte une assemblée représentative : soixante scheicks principaux des provinces j furent appelés :
parmi eux Ton devait choisir un comité permanent , chargé d^administrer le pays et de rendre la justice aux habitans. Un commissaire français lui fiit adjoint avec voix délibérative : ses fonctions étaient surtout de servir d'intermédiaire entre le divan et Farmée.
L'extrait de la proclamation qui accompagna le rétablissement de ce corps fera ressortir la politique dont Bonaparte se sei*vait pour soumettre TÉgypte , après Tavoir vaincue :
<( Faites connaître au peuple que , depuis )> que le monde est monde , il est écrit qu'a- )) près avoir détruit les ennemis de Pislamisme ,
d'^égypte. i55
» fait abattre les croix , je viendrai remplir la » tâche qui m^a été imposée. Faites voir au » peuple que dans le saint livre du Coran , )* dans plus de vingt passages , ce qui arrive » a été prévu , et ce qui arrivera est égale<-> » ment expliqué.
)> Je pourrais demander à chacun de vous » compte des sentimens les plus secrets de son » cœur; car je sais tout, même ce que vous )) n^avez dit à personne. Mais un jour viendra )) que tout le monde verra avec évidence, que » je suis conduit par des ordres supérieurs, » et que tous les efforts humains ne peuvent » rien contre moi^ Heureux ceux qui, de bonne » foi , seront les premiers à se mettre avec » moi ! n
Dans les deux mois qui suivirent cette sanglante révolte , de nouveaux liens se formèrent entre les Français et les Egyptiens } la capitale s^orna des arts deFEurope et s^enrichit de son industrie : un palais du bey et ses
l56 KXPÉDITKOSI
jardin» fsrmi irlamoTplioyT ea Ti^oB^ et offrirent^ dans leur eoceinte spaôrose, les plaisin et les eommodités des élab!i»ciiiefis de ce genre. Des salles de jea, de bîUard, un café Y un restaurant , un cabinet de lecture, des ordiestres poor les danses , desfeiLk d'artifice , présentaient sor les bords du NH tous les agrémens des rires de la Seine. Deul journam, la Décade Egyptienne et le Courrier (t Egypte y furent même imprimes an Caire , et essayèrent de raDumer le flambeau éteint des sciences. Le commerce prenait une activité jusqu'^alors inconnue parmi les apathiques habitans de la plus féconde des contrées. Des fonderies , des usines , des manufactures , créées par les soins de Conté , chef des aérostiers , multiplièrent les produits de Pindustne européenne ; Champ j ouvrit des ateliers destinés à la fabrication de la poudre à canon ; et, sur les hauteurs du Mokatam, des moulins
DBGYPTB. 157
à vent tournèrent pour la première fois aux yeux surpris des Egyptiens,
On fait des conquêtes plus durables par les arts que par les armes.