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CHAPITRE XVI

Finnan dii Grand-Seigneur. — Prise de Suez,

(An VIL — 1798.)

Bloque , pour ainsi dire , dans l^Egypte , Bonaparte ne connaissait pas encore d'aune manière posîtive les intentions de la sublime Porte. En débarquant , il s^étaît empressé de proclamer qu^il voulait vivre en paix avec les Turcs , et sa conduite ultérieure prouvait la sincérité de ses paroles. Il avait de plus obtenu du Directoire la promesse d^envoyer Talleyrand de Périgord à Constantinople, afin d'entretenir la bonne intelligence qui régnait alors entre les deux puissances. Ce diplomate devait éprouver peu de difficultés pour remplir

Tobjet de sa mission. En enlevant TEgypte aux Mameloucks qui eux-mêmes Pavaient usurpée sur les Turcs , Bonaparte ne causait à ceux-ci qu^un faible dommage , qui pouvait être aisément compensé par des avantages plus réels. Le Directoire tint mal sa promesse. Talleyrand resta à Paris , et les manœuvres machiavéliques des Anglais auprès du divan n'^éprouvèrent aucune opposition. Les agens de la Grande-Bretagne avaient déterminé la Porte à déclarer la guerre aux Français : Bonaparte en fut instruit en même temps que

tout rOrient, par un firman de Sa Hautesse.

LHmportancè de ce document nous engage à en donner les fragmens les plus remarquables.

« Au nom de Dieu clément et miséricor- >i dieux , gloire au Seigneur , maître du monde, » salut et paix sur notre prophète Mahomet , » le premier et le dernier des prophètes ; sur sa » famille et sur les compagnons de sa mission.

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» Le peaple français (Dieu veuille détruire p leur pays de fond en comble, et couvrir » d^ignominie leurs drapeaux) est une nation » d^iniidèles obstinés et de scélérats sans frein. » Ils nient Tunité de cet Être^-Supréme qui a )) créé le ciel et la terre; ils ne croient point )i à la mission du prophète , destiné à être » rintercesseur des fidèles au jugement der* » nier, ou, pour mieux dire, ils se moquent » de toutes les religions ; ils rejettent la » croyance d^une autre vie, de ses réeomn penses et de ses supplices ; ils ne croient ni n à la résurrection des corps , ni au jugement )» dernier, et ils pensent qu^un aveugle hasard » préside à leur vie et à leur mort ; qu^ils doi- » vent leur existence à la pure matière , et , H qu'^après que la terre a reçu leurs corps , il p nY ^ pl^6 ^i résurrection , ni compte à » rendre ^ ni demande , ni réponse.

If £n conséquence , iU se sont emparé$ des V bteuâi de Leurs temples}, ils ont dépouillé

D^KGYPTB. 161

H hvtn croix , hurs omè&ien» , ef ils ont il chassé leiirs yicâîrôs ^ léuri» prêtres et le^ufs » religi^ûit.

» Lèd Iwfes divins, inspires atlx prépbèteâf, » ne sont, à lenr dire, <p^ âiensoâgès et inï^- » postures, et ils regardent le Coran, TAncien^ » T^stâfiient et rÉvâqgile , (omtûe des fables. » Les prophètes tels qÀe Moïse , Jésus et Ma«^ » homet^ m ^nt, ^ioq enx, que dès hommes M cQitmiê ies antres, <]ûi n^oût jamais en èe » missidù^ , et ({ui n^ônt pu en imposer qu^à n des igÀdtâns. Us pensent que lés hommes , u étant nés égaux, doivent être également » libresf , <^ toute distinction entre eus: est 1» injuste, ef que chacun doit ^trele maître de « sùû opinion et de â^ manière de yivte.

H Cest sûr d^duséi fàuix pi^incipes qu^ild ont

i> l^àti une nouvelle constitution 0t fait des

» lois auxquelles à présidé Teiprit infei^naL

» Us ont détruk lès fon^mens de toutes les

I» religions -, ils ont légitimé tout ce qui était

fil

A6a EXPÉDITIOff

H défendu; ils -ont laisse un libre cours aux M désirs effrénés de la concupiscence ; ils se » sont perdus dans un dédale d^erreurs inex- » tricable ; et, en égarant la vile populace, ils » en ont fait un .peuple de pervers et de scé- M lérats.

» Un de leurs . principes diaboliques «^ de » souffler partout le feu de la discorde , de » . mettre la désunion parmi les souverains, de » troubler les empires^ et dVxciter les sujets à y la révolte par des écrits mensongers et so- )> phistiques , dans lesquels ils disent avec imh pudenoe : Nous sommes frères et amis ; les )> mêmes intérêts nous unissent, et nous avons i> les mêmes opinions religieuses.

)> Ensuite viennent de futiles promesses ou » des menaces inquiétantes ; en un mot , ils » ont appris à distiller le crime et à se servir » habilement de la fraude et du parjure. Ils se » sont enfoncés dans une mer de vices et d^er- » reurs ; ils se sont réunis sous les drapeaux

d'egypte. i63

)» du démon, et ils ne se plaisent que dans le » désordre, ne suivant que les inspirations p de Penfer. Leur conscience n'est jamais » troublée par les remords et la crainte de 1» faire le mal.

)> Aucun dogme, aucune opinion religieuse » ne les réunit; ils regardent le larcin et le » pillage comme un butin légal , la ca- » lomnie comme la plus belle éloquence, et I) ils ont détruit tous les habitans de la France, » qui n'ont pas voulu adopter leurs nouveaux » et absurdes principes.

jp Toutes les nations européennes ont été » alarmées de leur audace et de leurs forfaits, » . et alors ils se sont mis à aboyer comme des » chiens, à hurler comme des loups, et, dans )> leur rage , ils se sont jetés sur tous les roy au- » mes et sur toutes les républiques , pour dé*- » truireleur» gouvernemens et leur religion^ » pour enlever leurs fenimes et leurs enfans. » Des rivières de sang ont abreuvé la terre,

li*

t64 EXPEDITION

» et les Françàii» ont eriHn réussi dans leurs » eriminels desseiqs, vis-à<-vis de qudques » nations qui ont été forcées de se soumetire. » O vous ddnc, défenseurs de rislàmisnie !

» O vous, héros protecteurs de la foi! O vous, » adorateurs d^n soûl Dieu,. qui croyez à la M mission de Mahomet, fils d^Abd-Allah, réu- >» nissez^YOUs et lùarchez au combat sôus la )> protectioh du Très-Haut ! Oes chiens enra- » gés s^îmuginent sans doute que le peuple h vrai croyant ressemble à ces ii^âdèles qu^ils )) ont combattus, qu^ils ont trompés, et à qui M ils ont fait adopter leurs faux principes. Mais )) ils ighorént , les maudits, que Ftslamisnie est » gràvé dans nos cœurs et quHl circule dans f> nés veines dvec notve sang. îSoui serait-ril pos« )> sible d'^abatdonnâr notre sainte religion , )) api^ès iivoii^ ^té éel^i? es de sa divine lumière ? » Non , non! Dieu ne permettra pas que ndus rt soyons un instant ébranlés; nous serons 64^** » les k la fol que rious avons jurée. Le T^'ès-

d'égypte. i65

1^ Haut a dit dans ieî livre de la Téritë : Les vrais }> croyons ne prendront jamais les incrédules » pour amis. Soyez doue sijfr Vos gâ^rdes ; mé- » fiez-^Tons des piég«s et des embu«;h^S qu'ils >i vùus tendent^ et iie soje^ èffr^iy^s in dé leur y^ nortibre, ni de leurs Véteméns bidéu^s. Le » lidn ne se tti^t poiist m peine du nombre >i dé renards qui méditent de Passaillir , » et le fauotffi ne s^effraie pdint d^un essàiiïi » d@ eotbe^t qui croassent contre lai.

)* 'Grâce au clei, vos sabres sont Iranchatts^ Vf vos ftèch^i^ sont aigttës, vos lancer sont per- >i captes , vos eanons re^emblent à la fou(ïi*cî, » et toutes sortes d'armes liieûrtrîères , nra- » niées par d^ab^ksr cavalî*ers , sauront bien- » tôt àiteiiîdré Tîtifidèle et }e précipiter dans )i les flamfn)e9 dé Tènfer. N'en doutézî pas , le » éiel est ppur VousÈ, fœil de Dieu veilje a » votre conservation et à votre gloire. AVefe la » puissante protection du prophète , ces sÉr- )> mées d'alliées se dissiperont devant vous- et

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» seront exterminées. Cette heure va bientôt M sonner.

» Gloire au Seigneur des mondes ! »

Bonaparte apprécia d^un coup-d^œil tous les dangers de sa position , et dès-lors Pexpëdition de Syrie fut résolue. Il savait dès long--temps que le pacha de Saint^Jean-d^ Acre rassemblait des forces, et comme il avait échoué dans toutes ses tentatives de négociations avec ce chef musulman , il roulait, depuis quelques mois , le projet dVller dissiper dans son berceau Forage qui menaçait sa conquête. Dans cette vue , il avait pris des dispositions pour s'assurer de Fisthme de Suez. Par son ordre un fort sVlevaît à Catieh, aux confins de TÉgypte et de la Syrie, non loin de ]a Méditerranée , tandis que lé général Bon s'emparait du port de Suez , sur la mer Rouge , à Pautre extrémité de Fisthme.

Dans le même temps , le général en chef faisait construire des fortifications au Caire , à

d^ègyptk; 167

Alexandrie , à Damiette et dans les principales TÎHes qui étaient an pouvoir des Français : un petit nombre de soldats, protégés par ces retranchemens, devaient suffire pour maintenir la population^ durant une expédition loin*taines

Le firman da Grande-Seigneur vint justifier ees mesures, et Bonaparte eut lieu de s^ap- . plaudir de sa prévoyance. Il écrivit, néanmoins encore à Djezzar, pour rengagera fairecause commune avec lui contre les Mameloucks; le pacha ne voulut pas même que Penvoyé français quittât le vaisseau qui Pavait amené, et il ne lui donna que quelques heures pour s^éloi-* gner de Saint-Jean-d^Acre'.

' Cette mission avait été confiée au capitaine Btean voisin. L'importance que Bonaparte attachait a sa réussite se montra dans le mauvais accueil qu'il fit à son émissaire , lorsque celui-ci vint lui apprendre que le pacha ^ ne lui avait pas même permis de descendre à terre. L'adjudant-

Pendant que le$ préparatifs de rex]}édition 4e Sytie 3^ poussaient ^vqc aetmte^ Bônjpparte fit un voyages à Sunz, daD$ le dessein de reo<ipapaj[tr4$ rancieii canal qui joignait la mer Rouge à la Méditerraïiée. Plusieurs iheuibres de rinstitut raccompagnèrent dans cette exploration. Ils trouVètekit eu effet les traces d^im cabal à deux lieues et detnie au nord de Suez; ils suivirent son lit durant Tespaèe de quatre hetires, jusqù^aux lacs Amiûers, où il écl^appe à Tinvestigation s son' existence se révèle de nouveau dans Toasis d!Houareb • à ^elques lieues de Bélbeïs. Les sables immenses et toujours mouvans du désert ont enseveli les

général Beauvais qui avait rendu de grands services à

l'armée » encourut la disgrâce de Bonaparte pour avoir easajé de prendre la défense du «apitaine. Ceç 4çuz militi^ir^, r^fivojés ep Fnmceàcette occasion yfu^e;ip^t pris par Içs furcs ^a^ la tra^vewée ef çidçra^is 4wx §fpt-

:iiJ^J*

aufr^ y<estigfi$ <ie ce nic^nUmdnt des anoiens vi^SLiîxfiS 4^ TE^gj^pte. Lé^ pav^lnâ qui étaient ayçc 9oa9)par|:^ s^aoooTdèr^t à rapporter la conjfeçtioii 4^ oes ii;^vaviic au temps des califes F/ajCimî^jes ; m^s riosuJËsaoce des recherches i|i^ Jew pcTînit pà^ d# de'cider si réellement le canal aya^ ^wi de coilimmiiafttioii entre Iç^ 4ÇUT P^e^^.

JSiQmp^r^e profitA 4^ son voyage po^r yisii^F Içs 4P^r^m ^^ 4ft>wr^; c^est là^ s^Tvant la tra^ditiojipi 4^ pitys^ q^e le législateur des Hé-*» b^ejïT^ fijt j^liîi: 4^uQ rocher d^s'eauiryivèfifet lir][|pide$* l^ ç^uéral fVliuçais, après avoir ttra^ v^Fsé la i^f r ïtoti^e ^ p^r ua gu^ pcalicable à iqaree i>asse, g^iga^i cet/ endfQit situé k trois qiigrts diB Umi^ 4^ U 0ôte; U yit huit souroèa s^4ph*pp«P^^ ^« fcottillpTObR^ du ^ouimet de quelques montictfle^ 4ç sahlé 3 T^au en pst po^ table j quoique un peu saumàtre.

A son retour, comme la marée haute couvrait le gué où il avait passé le n^atin , il re-

*T0 EXPElTITrON

monta vers le fond du golfe potiT trouver u»

autre passage. Les guides ayant mal calculé la hauteur du flux, Bonaparte était submergé , si un de ses soldats ne Feût pris sur ses épaules , et ne Feût emporté rapidement ; peu s'en fallut qu'il ne subit le sort du Pharaon dont jadis cette mer engloutit les armées.

Sur ces entrefaites, Ibrahîm-Bey etDjézzar se préparaient à reconquérir l'Egypte : ils appelaient, au nom du sultan, toutes les populations d'alentour à la défense de l'Islamisme , et déjà même leur avant-gardè s'était avancée jusqu'au fort d'El-Arich, à quelques lieues de Catieh. Bonaparte n'eut pas plutôt reçu cette nouvelle qu'il reprit le chemin du Caire. Il réunit dans cette ville les forces nécessaires à son projet , et marcha sans délai vers un en-nemi qui croyait le surprendre.

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