CHAPITRE XVIIL
Siège de Saint-Jean-d'Acre. — Bataille du Mont-Thabor. -^ Rentrée de l'armée française en Egypte.
(An VIL -17990
SAiNT-JËAM-'O^AcRtt eçt bàtîe sur une langue 4e terre qui ^^avance dans la Méditerranée.
Leç trois quarts de son enceinte sont baignés par les flots. Du côté de la terre, la place est couverte par de$ fortifications assez faibles en apparence , maïs que leur peu dVtendue rend faciles à défendre.
Dès le premier jour de Tarrivée de Bonaparte , et tandis qu'ail formait Tinvestissement de la ville , un événement désastreux arrivé à la flottille qui lui apportait des munitions et
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des pièces de siège ^ dut lui faire pre^^entijr le maurais succès de son entreprise» Cette flot-^ tille fut enlevée par la croisière anglaise devant GaïiFa. Uàrtilletie quWle portait servit à fortifier les remparts d^Acre^ et fut tournée contre ceux mêmes qu^elle eût dû fiecondel*.
Cependant le général en chef 9 habitué par une longue expérience à tout elpérer de la va*leur française , n^en résolut pas moins de pousser le siège avec toute la vigueur possible*
On avait trouvé Pennemi posté dans les nombreux jardins qui environnent Acre. La fusillade des tirailleurs de Tavant-garde suffit pour le contraindre à se renfermer dans la place* Bonaparte fit en même têtnps occuper les villages dç' Saffet v Nazareth , Chefamer^ qui dominent la route de Daitias par où les assiégés eussent pu communiquer avec les partisane qu^ils' avaient dans la dampagne.
Ces précautions étant prises, on travailla vivement à Pouverture de la tranchée et à Vé^
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tablissement des batteries ; mais les assièges ^ habilement diriges par Phelippeaux ( émigré français ) , opposèrent tant d'obstacles à ces travaux, que Parmée eut bientôt reconnu qu'il n'en serait pas du siège d'Acre comme de celui de la ville de Jaffa prise en trois jours.
Les soldats employèrent leurs loisirs et leur industrie à se faire des logemens dans le sol dont ils occupaient la surface En peu de temps ils eurent creusé une multitude d'habitations souterraines où l'agréable se trouvait joint à l'utile. Dans l'intérieur de ces habitations, des lits de feuilles et d'herbes sèches, des bancs de gazon , s'ofiraient à la fatigue. Au dehors, des fleurs et des arbustes, recueillis dans les jardins de la ville , couvra^ient les terres éparses retirées des fouilles. Deux ruisseaux fournissaient une eau abondante et limpide, l'un à la droite et l'autre à la gauche de ce camp souterrain. Les magasins de vivres trouvés dans Jaffa , Caïffà , Nazareth et autres
lietiX) suppléaient aux convois attendus d^Égypte. Enfin Parmée nMprouvait la privation d'^aucim des objets nécessaires à la vie.
Les travaux du siège étaient poussés avec toute l'activité que comportait la pénurie des moyens d'attaque. En vain les assiégés avaient, le 26 mars, tenté une sortie dans Fintention de détruire les ouvrages commencés. Assaillis avant d'avoir eu le temps de se développer , ils s'étaient vus forcés de rentrer précipitamment dans la place.
Douze pièces de campagne et quatre obusiers élevés en batterie, commencèrent, le 28, à battre une tour qui se trouvait an milieu de la ligne de défense ennemie. A trois heures du soir la brèche parut praticable et les grenadiers demandèrent l'assaut avec tant d'instance que l'on fut obligé de céder à leurs vœux. Ils s'élancent; mais, à leur grand étonnement, ils trouvent à dix pieds de la brèche un fossé de quinze pieds de largei^r j revêtu d'une bonne
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contrescarpe , dont Texistence n^avait même pas ét^ soupçoDnéel Cet obstacle inattendu ne fait que ralentir le mouvem^it des Français sans diminuer leur ardeur. Des échelles sont placées; las grenadier^ descendent dans le fossé; quelques-^ùns arrivent à la brèche. A leur approché , un mouretoent de tert»etir sVtait emparé des assiégés. Déjà ils abandonnaient la tour pour fuir vers le port ; mais , ne se voyant point poursuivis , ils reviennent sur leurs pas y ramenés par Djezzar. *
Les grenadiers niaient pu profiter de ce premier mouvement qu'il importait tant de saisir. Arrivés à la brèche, ils Fa vaîeût trouvée de dix pieds de hauteur , et les troupes commandées pour les soutenir s'étiiient arrêtées devant le ftital fossé, faute de moyens pour le franchir. Foudroyés par le feu de la place , écrasés par une pluie de pierres , de grenades et de matières enflammées qu'on leur lançait du hâUt delà tour, ils rentrèrent, en frémissant de
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dépit , datis le chemin couvert. De quelle hor*** rible surprise furent-ils frappés en voyant leS Osmanlis sortir alors de leurs retranohemens pour venir couper la tête aux morts et aux bles^ ses restés dans le fossé , afin de mériter ainsi la récompense accordée à tout soldat turc qui apporte la tête d'^un ennemi [ Les Français profitèrent de cette excursion imprudente pour vensrer la mort de leurs camarades. Peu des barbares descendus dans le fossé parvinrent à regagner la place ; mais Passant fut manqué.
Bonaparte ^ convaincu par cette expérience de l'impossibilité d'enlever la ville de vive force , fit reprendre les travaux avec un surcroît d'activité.
Si cet engagement diminua quelque chose de la présomption des Français , il produisit un effet tout différent sur DjeMar et ses Turcsi Fière de sa résistance , la gàrnisoiï commença k faire des sorties, «toujours repôossées, il est vrai , mais dans lesquelles \t% assiégés , conduit*
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par des Anglais , réussirent quelquefois à en>traver les opérations des assiégeans.
Cependant les émissaires de Dje2;zar semaient For et les proclamations dans toute la Syrie pour susciter de nouveaux ennemis aux Français. Des rassemblemens nombreux se forniaient à Sour ( Pancienne Ty r ) , à Tabarié et principalement à Naplouse. Abdallah, pacha de Damas , généralissime de Farmée turque , levait des troupes et annonçait le projet d^exterminer les chiens de mécréans qui assiégeaient Saint-Jean-d^Acre.
Informé de ces mouvemens par les Druzes ^ peuplade chrétienne du mont Liban , amie des Français , Bonaparte envoie le général Junot en reconnaissance. Cet officier se porte sur Nazareth où des partis ennemis sMtaient montrés. De-là il marche sur Loubî. Tout-à-coup il est assailli par trois mille cavaliers. Junot n'avait avec lui que cinq oents hommes. Il en blesse ou en tue six cents à Fennemi, lui enlève
cin^ drapeaux et revient prendre position à Nazareth.
A la nouvelle de cette brillante affaire , le général en chef donne ordre à Kléber d'^aller avec sa division rejoindre Junot à Nazareth.
Les deux généraux réunis rencontrèrent Farmée turque , forte de huit mille hommes , à un quart de lieue de Loubi. Attaqué avec intrépidité , Fennemi abandonne le village et est f ejeté au-delà du Jourdain. Le brave Junot eut dans Faction deux chevaux et un dromadaire tués sous lui , et ses habits furent criblés de balles.
Dans son rapport, Kléber informait le général en chef qu^une armée ennemie , forte de trente à trente-cinq mille hommes , composée de Mameloucks , de janissaires, d^ Arabes, de Samaritains, de Naplouzins , etc., sMtait rassemblée dans la plaine de Fouli , à quatre lieues de Nazareth , d'où elle infestait les environs. Il ajoutait que le capitaine Simon,
bloqué avec cinquante hommes dans le fort de Saffet par une nuée d^ Arabes , avait besoin d^étre promptement secouru , et terminait en annonçant son dessein de se porter sur les derrière3-de Pennemi pour tenter de surprendre son camp.
C<9 rapport convainquit Bonaparte de la nécessité de frapper un coup décisif qui éloi-^ gnàt cette multitude de son camp , et lui ôtàt Fenvie de se mesurer avec les Français. Des renforts furent envoyés à Kléber. Murât eut ordre d^aller % en toute hâte , avec mille hommes d^infanterie et une pièce de canon, occuper le pont dlacoub , seul point par où l'ennemi pût opérer sa retraite au-delà du Jourdain.
Le général en chef se mit lui-mémé en marche avec la division Bon et la cavalerie , ne laissant devant Acre que les divisions Lannes et Reynier.
Arrivé sur des hauteurs qui dominent les plaines de Fouli, Bonaparte aperçoit, à trois
lieues de distance, au pied du MoDt**Thabor^ la division Klëber déjà aux prises avec toute l'armée turque. Deux mille Français, cernés de toutes parts , combattaient vingt-^Jnq mille hommes de cavalerie et dix mille d^infanterie» A cet aspect, les Soldats conduits par Bonaparte voulurent s'élancer au secours dé leurs cotn-« pagnons. Il modère leur impétuosité et fait sed préparatifs pour le combat. Son petit corps d'armée est divisé en deux carrés dont la di-* rection , combinée avec la position de la division Kléber, doit enfermer l'ennemi au centre dun triangle.
Au moment d'attaquer, Bonaparte fait tirer un coup de canon dont le bruit porte aux combattans des émotions -opposées. Les Turcs s'étonnent et l'incertitude ralentit leurs mouvemens ; les Français devinent que le général en chef approche ; w* C'est Bonaparte ! » s'é-
erient-ils tous ensemble , et de rang en rang
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circule un firémissement de joie et d^espérance i ce nom semble doubler leur force.
Kleber profite de Penthousiasme de ses soldats: prenant aussitôt Poffensiye ^ il aborde Fouli au pas de charge et passe au fil de Pépée les Musulmans qui défendaient ce village.
En cet instant les deux colonnes arrivent sur Fennemi ; le choc est si violent , que cette masse énorme, écrasée sur tous les points , se débande et prend la fuite dans le plus grand désordre.
Arrêtés par Murât qui occupait le pont dla-r coub, les fuyards se jettent dans le Jourdain et le plus grand nombre y trouve la mort.
Dans cette journée, la division Kléber, composée de deux mille hommes, se battit seule depuis six heures du matin juscpi'à une heure après midi, contre toute Tarmée turque. Plus de quatre mille cadavres entouraient le terrain sur lequel elle avait combattu.
Les annales militaires des nations offrent
peu d^exemples d^un aussi beau fait d^armes.
Bonaparte , que Ton a voulu représenter quelquefois comme jaloux de la gloire de ses lieutenans, donna , dans son rapport au gouvernement français , tout Fhonneur de cette mémorable journée à Kléber. On a pu voir cependant par notre récit que les savantes dispositions du général en chef déterminèrent la victoire que Fintrépidité du premier avait commencée»
L^armée bivouaqua sur le champ de bataille , au pied du Mont-Thabor dont le nom , jusquMors consacré par la piété , le fut désormais par la victoire»
Les Français, dans cette excursion , n^avaient cessé de fouler une terre sillonnée fde grands souvenirs. A chaque pas on rencontrait les traces des siècles écoulés : tantôt la mémoire des patriarches hébreux se ranimait dans la pensée ^ tantôt celle des rois du peuple juif; ici était encore empreinte la do-^
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nûiiatioii romaine , la tout attestait les exploits des conquérans du Saint-Sépulcre , et leurs ombres cheyaleresques semblaient se lever joyeuses de saluer les héritiers de leur bra-* Youre. Les collines , les vallons ^ les torrens et jusqu^aux moindres rochers, chaque objet parlait aux cœurs des Français ; rien n^était muet; ce fut Famé pénétrée d^émotions profondes que les troupes rentrèrent au camp devant Acre.
he résultat de la journée du Montr-Thabor fut la prise d^immenses magasins de vivres et la dispersion totale des partisans de Djezzari qui ne reparurent plus.
La nouvelle de Farrivée à JalBPa de trois frégates françaises chargées de pièces et de niu** nitions de siège acheta de répandre la ji^ie parmi les Français : ils crurent toucher au momf nt de voir tomber les mur$ davaivZ lesquels ils s^étonnaient d^étre arjétés.
Cependant les travaux étaient poussés de
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part et d^autre avec uae vigueur toujours crois-*sainte : des fortifications nouvelles sMlevaient comme par enchautement derrière les fortifia cations que Partillerie française venait de ren-^ verser. Tantôt les assiégeant parvenaient à ^e loger momentanément sur la brèche et en étaient repôUssés par lés habiles dispositions de Phelippeaut; tantôt Tenuemi faisait des sorties qu^il payait toujours cher, mais dans lesquelles il parvenait quelquefois à détruire des ouvrages qui avaient coûté plusieurs jours de travail. Le temps s^éçoulait sans «imener le résultat déôisif. Les munitions des Français sèpuisaient au point que le général en chef axait acooi*dé une prime pour chaque projectile ennen^i que les soldats ramassaient. Cétait un singulier spectacle de voir nos guerriers sorir de leurs habitations souterraines , à cha-
que volée de canon tirée des remparts , et couiir ^près les boulets.
I4 7 msti p on aperçut du bord de la tner
un grand nombre de voiles à Thorizon. Aus-* sitôt Fardente imagination des Français lear persuade que cVst une flotte amie qui vient chasser les Anglais et attaquer la place par mer, tandis qu^eux-mémes Pattaqueront par terre : allégresse universelle ! Elle ne fut pas de longue durée ; la flotte signalée apportait aux assiégés de nouveaux renforts et des vivres.
Bonaparte eut à peine reconnu les vaisseaux turcs qu^il résolut de donner on assaut général à la place , avant quMls y eussent débarqué les secours attendus par les assiégés. On attaque sur tous les points à la fois avec la plis grande impétuosité. Généraux, officiers ît soldats rivalisent d^effbrts et combattent sir la brèche. La tour est prise , les Français Ty logent, la nuit arrive, et le carnage est stspendu.
Au point du jour , le combat recommeice avec plus de fureur que la veille. L'artilferi^
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française pratique une nouvelle brèche, et deux cents grenadiers précédés par Tintrépide général Rambaud pénétrèrent enfin dans la place en poussant des cris de victoire.
Les Turcs retranchés sur les côtés de la brèche , revenus de leur première surprise , commencent alors une fusillade terrible qui prend les assaillans en flanc et à revers , et couvre le terrain de morts et de blessés. Du palais de Djezzar , des maisons voisines et des barricades qui encombrent les rues , part un feu non moins meurtrier. Les troupes hésitent et font un mouvement rétrograde. Le général Lannes s^élance à la tête des guides pour les soutenir. Déjà il avait rallié la colonne et la reportait au combat ; mais les Turcs et les marins de la flotte anglaise venaient de quitter leurs vaisseaux. Ds arrivent en masse et couvrent la brèche. Le général Lannes est renversé par un coup de feu ; ses soldats remportent. Il était nuit ; les Français épuisés de
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fatigue et de besoin se battaient depuis le point da jonr. De noayeanx renforts dé troupes fraîches arrivaient à chaqne instant à Pen* nemi. Il fallut ordonner la retraite.
On a vu que denx cents grenadiers avaient pénétré dans la place ; se trouvant coupés et privés de tousmojens de retraite, ils se jetérent dans une mosquée , résolus de périr les armes à la main plutôt que de se rendre aux Turcs. Déjà fe brave Rambaud avait succombé, déjà le féroce Djezzar faisait diriger sur eux des canons chargés à mitraille. Heureusement Sydney-Smith survint et leur sauva la vie en les faisant ses prisonniers par capitulation.
Les pertes que les Français avaient éprouvées dans cet assaut , ]es renforts survenus aux assiégés , Ceux qu^ils pouvaient recevoir à chaque instant par la mer, les ravages que la peste exerçait dans le camp, tout se réunissait pour mettre en doute la possibilité d'entrer de vive force à Saint- Jean- d'Acre; mais la prise de
cette ville était d'^un si grand poids daûs les destinées futures de FEgypte , que Bonaparte ne put se résoudre à s^en éloignéi* sans avoir fait de nouvelles tentatives. Chaque jour était marqué par un assaut infVuctueux ; chaque
jour, le sang des braves rougissait là terre. Rambaud avait péri ; le général Bon succomba à son tour, et quantité d^autres officiers distingués et de valeureuiç soldats épi^ovërent le même sort. Enfin le général en chef , forcé de se rendre à Pévidence, annonça, le 17 mai, la levée du siège par un ordre du jour dans lequel, après avoir cherché à retrempei* le moral des soldats par le souvenir de leurs ex«ploits , il présentait la prise d^Acre comme une chose de peu d^importance. Mais les efforts inouis qu^il avait faits attestaient le contraire , et depuis , sur son rocher de Sainte-Hélène , il disait : a Si j^avais enlevé Saint-^ean-d^Acre, » j^opérais une révolution dans TOrient. Les » plus petites circonstances conduisent les
)^ plus grands érénemens. Saurais atteint I» Constantinople et les Indes ; jVusse changé y la face du monde. » Cette assertion n'aurait rien d^exagéré si , comme Passure M. de Forbin , soixante mille Druses nVttendaient que la prise de cette place pour se réunir à Farmée républicaine.
Quelques jours ayant la levée du siège , un parlementaire avait apporté aux Français une proclamation du grand visir, dans, laquelle la bonne foi britannique avait rais son empreinte. Le ministre ottoman cherchait à persuader aux soldats que le Directoire ne les avait envoyés en Egypte que pour se débarrasser d^eux : il leur offrait des passe-ports et toutes sortes de sûretés pour retourner en France.
Le silence du mépris fut la seule réponse qu^obtinrent de pareilles offi*es.
La retraite de Parmée fut marquée par des mesures terribles , mais sans doute nécessaires. Les flammes dévorèrent un grand nombre de
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villages; on fit sauter les fortifications de plusieurs places de guerre ; on incendia des magasins de grains et de fourrages ; la plaine qui sépare Acre de Jaffa était toute en feu.
Que ne pouvons-nous passer sous silence Tévénement dont cette Jaffa fut témoin , évé-^ nement que la postérité jugera de diverses manières, et qui, si ce ne fut point un crime , est du moins un malheur à jamais déplorable !
La peste sMtait déclarée au camp devant Acre ; lors du départ , une cinquantaine de soldats se mouraient en proie à cette épidémie : quel que fut le danger de leur voisinage , on n'hésita pas à les transporter à la suite de Farmée : ils furent traînés ainsi jusqu'à Jaffa. Là se présentait le désert et son immense solitude ; ils devaient infailliblement y périr d'une lente agonie : l'existence de dix mille Français était compromise parle contact de ces malheureux.
Tout le monde sentait avec douleur qu'on serait forcé de les abandonner; ils allaient
tomber vivatis entre les mains des Turcis; eette perspective faisait frémir. Le général en chef résolut de les soustraire à Phorreur des supplices en hâtant polir eux le bienfait de la mort ; mais ce dessein , qui n^eût peut-être pas répugné à Tantiquité , révoltait les idées mo.deraes ^ et Bonaparte essuya un noble refus de la part de Desgenettes , «hef des médecins de Tarmée. Il eut alors recours à d^autres em^ ployés qui se montrèrent moins indociles:
une préparation d^opium fut mise en usage^ et quelques-uns des pestiférés passèrent au néant avec le sentiment du sommeil '• Epouvan-^ tablé nécessité! fruit afireux de la guerre] notre ame s^ndigne au souvenir de cette action , et icependant si ces tristes victimes pouviaient sortir de la tombe et élevier la voix , elles ne désavoueraient point un tnépas qui, en
^ fPlusiears eurent une crise salntaii^ qui les sauva; ils fbreot &its prisoaniens par Itis Anglais.
sauvant leurs frères , les dérobait elles-mêmes à Tignominie des tortures !
Uarrace contÎDua sans obstacle sa marche rétrograde : le i4 juin elle arriva au Caire. Les habitans Faccueillirent avec des acclamatioos dont la souî^fee était peut-être plus dans la crainte que dans Tamitié. Mais qui pourrait exprimer la joie , Tenthousiasme des Français restés dans cet^p ville , qui , sur la foi d'aune perfide r^nomtaé^ » avaient cru leurs compagno;ns,eps0velis dans les sables de la Syrie? QuMls^ont. forts et doux les liens par lesquels s^unisjBçnt des guerriers qui ^ séparés de leur patrie 9 ont couri] les mêmes dangers et mois*soqné les m^piçs palmes sur des terres lointaines ! Qu^0l|e e^t étroite la double fraternité des périls çt de la gloire I L^armée française , au milieu d^rÉgypte^ présentait Timage d\ne famille fîxilée.
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