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CHAPITRE XIX

Suite de Texpédition de Desaix dans la Haute-Égjpte. — Combats de Faîonm et de Samanhout.

(An VIL — 1799.)

Tan0is qa^^en Syrie les républicains unis^ saient des souvenirs guerriers aux pieux souvenirs que rappeUent les noms du Jourdain ^ de Nazareth j du Mont-Thabor ^ leurs compagnons , à plus de deux cents lieues de là , cueillaient aussi des lauriers , et foidaient un sol non moins riche en objets d^admiration.

A mesure que Ton avance dans la Haute- Egypte , on rencontre plus fréquemment des ruines de cités , des débris de monumens , tristes restes sans doute de siècles de gloire , dans lesquels se découvrent une grandeur, une

richesse et une perfection étrangères aux plus fastueux monumens de FEurope ; dès colonnes renversées, des chapiteaux brisés et mutilés ^ des ruines , moitié debout , moitié par terre , attestent la puissance des hommes et la puis-» sançe bien supérieure des années.

D^autres débris couverts de caractères inconnus semblent appartenir à des époques plus reculées encore. Qui retrouvera Pidiome dans lequel ces caractères sont écrits ? Qui rouvrira ces livres du passé fermés par la main du temps?

Le drapeau français flotta sur ces ruines vénérables : leurs échos habitués aux soupirs de Fesclavage , aux accens impérieux du despotisme y s^étonnèrent de répéter des chants républicains.

Près de ces grands tableaux de destruction ,

les bords du Nil o£Erent aux regards surpris

tout ce qu^on pourrait demander à la jeunesse

de la nature : des groupes d^arbres majestueux,

des bosquets de palmiers ^ des bois de syeo-» mores ^ jettent sur les eaux du fleuve leur om*brag« séculaire ; des arbustes moins orgueil*^ }eux ^ mais non moins briUans^ des grenadiers ^ des orangers et mille autres , formant sur les deux rives iin rideau de verdure parsemé de fleurs 9 mêlent agréablement leurs doux parfums, leurs riantes couleurs, leurs formes élégantes , et prodiguent à Phomme les fruits le^ plus délicieux. Chaque année voit les mêmes champs se couronner jusqu^à trois fois de moissons abondantes, et le stérile désert semble n^étre là que pour faire ressortir leur fertilité.

Mais , outre le despotisme , plusieurs fléaux ait£iquent tant de biens jusque dans leurs sources.

Tantèt de noirs ntitages de sauterelles oeuvrent la contrée ; elles £oanneiiit en volant une masse si épaisse , que le Mleîl ea est momen«*> tanément éclipsée Ce$ multitudeis ailées «^abat-

d'bgypte. iii

tent , et en peu de minules elles ont déroré tout espoir de récolte sur une ligne de plusieurs lieues détendue. Tantôt un vent empoisonné , le kamsin, vient porter la terreur et quelque*^ fois la mort au sein de la Haute«-Egjpte. Les animaux ne sont pas à Fabri de son influence. Malheur à- ceux qu^il surprend dans le désert ! il n^est qu^un seul moyen de salut , c^est de sVtendre la face sur le sable , afin de laisser fuir , sans le respirer, cet air pestilentiel.

Les Français se trouvèrent dans ce cas , et

les conquérans de TÉgypte , couchés le visage

contre terre , présentèrent alors sans doute un

'^spectacle bien propre à faire naître des ré*

flepi^.îons.

A ces fléaux accidentels il faut joindre. le

sable qui rétrécit journellement les bords du

Nil; déjà il a englouti des champs jadis couverts

de verdure , des habitations, des villages entiers.

Il s'avance lentement vers le Nil ; mais il s'avance

continuellement I et Ton peut craindre qu'un

jour il ne chasse ce beau fleuve de son lit.

Le vainqueur de Sédiman , après avoir fait prendre à ses troupes un repos acheté par tant de fatigues et de succès , quitta le Faïoum pour aller lever le miry * sur les villages de la province conquise. Pendant son absence, mille Mameloucks et un plus grand nombre de fellahs essayèrent de surprendre la ville , où ne se trouvaient que trois cent cinquante Français attaqués d^ophtalmie. Ces braves ne s^tonnèrent point du nombre de leurs ennemis ; ils défendirent les rues pied à pied, et se retirèrent en bon ordre dans le petit fort qui domine la ville ; de-là ils firent un feu bien nourri, qui rebuta promptement les assaillans.

Furieux de leurs pertes , ces barbares se

* On appelle ainsi les contributions annuelles payées par les paysans égyptiens aux Mameloucks ^ ce qui n'empêche pas ceux-ci de les rançonner arbitrairement de temps en temps. Ce sont alors des avanies.

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répandirent alors dans les maisons dont Pap^ parence flattait leur avidité. Bientôt des cris douloureux s^élevèrent des divers points de la ville; femmes^ enfans, vieillards,, chassés de leurs asiles ^ erraient en gémissant et se trouvaient à chaque instant renversés par les Mameloucks qui couraient au galop dii pillage d^une maison à celui d^une autre;

A ce spectacle , transportés d^indignàtion , les Français se précipitèrent hors du fort qui les protégeait, et tombèrent eh bon ordre sur Fennemi surpris; mais les Mameloucks ne tardèrent pas à se rallier. Déjà les soldats entourés de tous côtés ne songeaient plus qu'^à vendre chèrement leur vie, quand un détachement envoyé par Desaix, survenant tout-à-coup , décida par sa seule présence Mameloucks et fellahs à s^enfuir. Ils.

mirent dans la rétraite encore plus de précipitation que dans Tattaque.

Cette dernière tentative de Kn domptable

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Mourad, et les nouvelles de Farrivëe prochaine des Arabes de la Mecque et dlambo , soulevés par les proclamations virulentes du Grand-Seigneur ^ firent sentir au général Desaix Furgente nécessité de prévenir la jonction des ennemis , en rejetant les Mameloucks tout*à-fait hors de PÉgypte, ou en les détruisant. Pour arriver à ce but avec des troupes principalement composées d^infanterie, contre une cavalerie si agile et si infatigable qu^^elle reparaissait le lendemain sur les derrières de Pennemi qui Pavait vaincue la veille , il fallait balayer les deux rives du Nil ^ en présentant de chaque côté une ligne assez étendue et assez forte pour que les Mameloucks ne pussent ni la tourner ni la forcer.

Les troupes alors aux ordres du général Desaix ne pouvant suffire à une opération de ce genre , il se rendit au Caire d^ou il ramena le général Davoust et quinze cents hommes qui avaient été précédemment détachés de sa

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dirision^ et quila portèreat àtrois mille hommes d^infanterie , douce cents de cavalerie et huit pièces de caulpagne. Douze djermes (bateaux armés ) furent destinées au transport des vivres et munitions de ce corps d^armée.

Les Français se mirent en marche avec la seule crainte de ne point rencontrer les Mameloucks assez tôt au gré de leur impatience. Ils les redoutaient bien moins que les fatigues du désert, mais ils durent se résigner; car Mourad paraissait résolu à ne point engager de combat , et il était impossible de Vj forcer, puisquVvec ses cavaliers il faisait en un jour trois fois plus de chemin que n^eh pouvaient faire les Français.

Enfin, ils Fatteiguirent à Samanhout.

Quelques jours auparavant , Davoust , daus une reconnaissance , avait sabré mille à d0uz.e c^nts Bédouins , qui , voyant exécuter un mouvement rétrograde aux troupes , s^étaient per-»

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çuades que , vaincues ^ elles cherchaient leur salut dans la fuite*

Mourad avait opéré sa jonction avec les Arabes dlambo et Ae la Mecque ^ qui composaient son iufanterie* Brûlant de fanatisme , ils attaquèrent les Français avec fureur, tandis que les Mamdoucks j suivant leur habitude , eutouraient Tarmée en cherchant un point faible ; heureusement les carrés français nVtaient pas devenus plus pénétrables que par le passé. Les efforts de Tennemi furent inutiles et finirent , comme à Pordinaire , par la dé-^ route.

Desaix ayant fait marcher un corps de chasseurs pour enlever Samanhout où se trouvait Mourad , peu s'en fallut que ce bey ne se laissât prendre : il eut à peine le temps de s'enfuir. Ses Mameloueks le suivirent. Les malheureux Arabes n'ayant pas les mêmes moyens que là cavalerie de se soustraire au danger , il en fut fait un horrible carnage. Desaix poursuivit

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Pennemi jusqa^à Girgë , six lieues au-delà du champ de bataille.

Cette défaite ramena Mourad-Bey à ses premiers plans de temporisation ; mais en vain chercha-t-il à fatiguer ses infatigables ennemis par des marches et des contre-marches en sens divers j vivement pressé, il fut contraint de se jeter dans Faifreux pays de Bribes , audessus des cataractes, en Nubie. Desaix le suivit jiisqu^à Philé, île célèbre qui servait autrefois de bornes aux possessions des Romains.

Le général français dut être fier d^avoir porté les armes de sa patrie jusqu^aux lieux où s^arrétèrent les aigles des anciens maîtres du monde.

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