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CHAPITRE XX

Suite de Texpédition de Desaix dans la Haute-Egjpie» — Combats divers. — Détails de mœurs.

(An VII. - 1799.)

En rejetant Mourad au-delà des cataractes j lés Français croyaient s^assurer la paisible possession de FEgypte et arriver enfin au terme de leurs travaux. Cette erreur fut de courte durée. Tous les Mameloucks niaient pas suivi leur chef dans sa fuite, n fallut de nouveaux efforts pour détruire ceux qui osèrent continuer de tenir la campagne ; il en fallut bien plus encore pour réprimer le fanatisme indomptable des habitans du désert.

Hàssan-Bey, lieutenant de Mourad, était resté dans la province du Saïd où,il travaillait

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à soulever les Arabes. Par les ordres de Desaix , Dayoust se met à sa poursuite ; il Patteint au village de Luzor, près des ruines de Thèbes *. Entraîné par son ardeur, le général français s^était porté en avant à ]a tête de deux cents cavaliers; les Mameloucks étaient en nombre égal ; la mêlée fut terrible. Hassan blessé céda le chaitip de bataille , et ne dut son salut quVu dévouement courageux de ses Mameloucks.

A Kéné ce furent des Arabes que les Français eurent à combattre. Battus une première fois, ils revinrent à la charge deux heures après avec une nouvelle fureur et succombèrent encore. Trois cents de ces malheureux ,

' Ces ruines se montrèrent tout-à-coup devant les

soldats au détour d'une montagne. L'admiration qu'ellesi inspirèrent fut telle que Tannée s'arrêta spontanément et présenta d'elle-même les armes aux vénérables restes de la ville aux cent portes.

réfugiés dans un bois de p^miers, périrent jusqu^au dernier, plutôt que d^accepter la vie que leur offrait la générosité du vainqueur.

A Aboumanah , à(Siout, même acharnement de la part des Arabes et mêmes revers. Dans ce dernier combat on vit un de ces frénétiques frapper du sabre et blesser deux Français qui le tenaient cloué contre une muraille avec leurs baïonnettes. Mais cela doit-il étonner dans des hommes pour qui le meurtre de tout ce qui n^est pas de leur religion est le chemin du paradis , et qui croient fermement qu^une fatalité inévitable préside aux destinées humaines ?

Le fait suivant, que nous empruntons au Voyage en Egypte de Denon , fera mieux connaître encore Fempire de cette croyance sur les^ Arabes.

« On amena au général Desaix un crimi- » nel ; on criait : Cest un voleur ; il a volé des )) fusils , on Pa pris sur le fait ; et nous vîmes

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» paraître un enfant de douze ans , beau » comme un ange. Blessé au bras d^un large » coup de sabre, il regardait sa blessure sans » émotion : il se présenta d^un air confiant et » naïf au général qu^il reconnut aussitôt pour » son juge. O puissance 4^ la grâce naïve ! » pas un assistant n^avait conservé de colère, n On lui demanda qui lui avait dit de voler » ces fusils ; personne : qui Pavait porté à ce » vol ; il ne savait^ le fort , Dieu : s^il avait » des parens ; une mère seulement , bien paur H (fre et aveugle. Le général lui dit que , s^il » avouait qui Pavait envoyé , on ne lui ferait » rien ; que sUl s^obstinait à se taire , il allait i> être puni comme il le méritait : je vous rai » dit ^personne ne nC a eni^oyéj Dieu seul nC a » inspiré ; puis mettatit son bonnet aux pieds » du général : voilà ma tête ^ faites-la couper.^. » Pauvre petit malheureux! dit le général, » qu^on le renvoie. Il vit que son arrêt était » prononcé ; il regarda le général , celui qui

» devait l'emmenep , et deviDant ce qu^il n'^a- » vait pu comprendre , il partit avec le sourire M de la confiance. » •

Si les Français eussent cru à la fatalité , ils •en auraient trouvé un exemple dans le nou*veau désastre quVprouva lemr marine en Egypte-r La flottille française ^ composée de la djerme P Italie et d^autres bAtim«D8 armés, avait été arrêtée à Benouth par les vents. Has*san-Bejy remis des blessures qu^il avait reçues près des ruines de Thèbes , fut informé de cet incident. Aussitôt il dirige sur la flottille trois mille Arabes récemment arrivés d^ambo.Lefeu des bàtimens ne pent qu^éclaircir leurs rangs sans les arrêter. Ils se préeipîtent tout armés dans le Nil, et s^emparent des navires de trans* port. En vain le capitaiûe de P Italie , le brave Morandi, redouble ses décharges de mitraille; le bâtiment échoue. Les Arabes s^élanoent à Tabordage. Morandi, voyant son pont couvert d^ennemis, et n^ayant plus d^spoir, met de sa

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main le feu aux poudres , et périt ^ envelop-» pant dans sa ruine les forcenés qui couvraient son bord.

Fier de cette victoire, Hassan se crut destiné à exterminer tous les Français : Tarrivée du schérif de la Mecque qui lui ramenait de noD^ breux renforts ne contribua pas peu à exalter sa confiance. Il résolut de mai»eher à Feanenû*

Au moment du désastre de Benouth , le gé^ néral Béliard se trouvait à deux journées de distance. Chargé par Desaixde poursuivre les Arabes , il prit une résolution semblable à celle de li^va chef»

JLe$ deux troupes se rencontrerant non lom du village de Benoutbr Hassan avait près de dix niiUie oombattans j les troupes de Béliard for»aiçnt à peio^ la dixième partie de ce nombre^ Los Arabes ^^ eiicore dans Tivresse de leur victoire réoente, étaient de plus enflam*mes d^un^e ardeur fanatique par la préaei¥îe du schérif et des étendards aacrés de la Mecque.

Les Français avaient juré de yen^fer leurs com-. pagnons. Le choc fut terrible.

A la vue de ses adversaires , Hassan entre dans une sorte de délire pythonique : il commande , d^un ton inspiré, à cent de ses plus braves de se jeter sur eux et de les égorger. Les tirailleurs français se réunissent pour les recevoir. Soixante de ces Séîdes tombent victimes de leur témérité.

Les deux corps s^approchent , se heurtent , et le combat se trouve engagé sur tous les points.

Les Arabes s^étaient formé une batterie des pièces trouvées sur la flottille française.. Une manœuvre aussi hardie que bien combinée rendit ces pièces à leurs premiers maîtres. Après avoir repoussé une charge des Marneloucks, les carabiniers. sMlancent au pas de charge, comme pour les poursuivre; puis, par un rapide demi-tour , ils se jettent sur la batterie , massacrent les canonniers , tournent les

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canons et lesltirent sur Tennemi épouvante.

Le succès de cette manœuvre détermina les Mam^loucks à s^enfuir : abandonnes à euxmêmes ) les Arabes se réfugièrent dans le yil-^ lage f où ils continuèrent de se défendre avec une fureur toujours croissante; la nuit survint et interrompit le combat.

Tant que dura rob6imrite% on entendit les assiégés chanter continuellement des hymnes.

ï!p*«li??irentonnait dVbord seul un verset • que ses soldats reprenaient et chantatent en chœur. Au point du jour , le général Beliard fit sommer ces insensés de mettre bas les armes : sur leur refus un assaut fut dopné et reçu avec une valeur inouie. Il resta'sans succès : la journée se passa en nouvelles tentatives qui nVû eurent pas davantage.

Le général français se vît alors dans la nécessité de prendre un parti qui répugnait à son caractère. Il ne lui restait plus qu^une caisse

de cartouches. Un antre feu dut remplacer ce-

lui du salpêtre; des brandons enflammés fnrent lances de toutes parts sur le village.

Allumé sur des points multipliés , Pincendie gagna de maisons en maisons, et forma bientôt un cercle immense au centre duquel se trouvait un vaste bâtiment fortifié, principal refuge des Arabes. Quelques-nans de ces infortunés essayèrent de traverser les flammes qui les entouraient : ils périrent. Le plus grand nombre monta au faite de la maison, dont le toit, suivant Tusage du pays, formait une plate-forme. Là ils continuèrent les chants pieux que Ton avait entendus la nuit précédente. Cependant le feu s^avançait avec une épouvantable rapidité. Déjà le village ofiîrait l'image d^un lac embrasé , et les chants continuaient encore. Peu à peu ils se firent entendre moins distinctement; ils cessèrent enfin vers le point du jour.

Les Français pénétrèrent alors dans la mai^^ son , dont les murs en pierre avaient résisté à

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Taction du feu. Ils la trouvèrent encombrée <ie cadavres informes ; quelques malheureux à demi grillés existaient encore; les moins maltraités étaient si enflés , qii'^au moindre mouvement leur peau se déchirait de toutes parts. Qui croirait qu^en cet état ils essayèrent de résister ? Si leur . but était de s"*attirer une mort prompte , il fut rempli ; la pitié lança les coups qui terminèrent leurs douleurs.

Epouvantés de la destruction de Benouth , les habitans des villages voisins avaient fui précipitamment dans le désert, abandonnant biens et femmes au vainqueur. Les Français ne furent pas peu surpris de se voir gaiement accueillis par les femmes : esclaves plutôt quVpouses , elles passèrent sans répugnance sçus l^e joug de nouveaux maîtres : il leur parut même si agréable et si nouveau d'hêtre servies et nourries , qu^elles eussent volontiers suivi Tarmée , si Ton eût voulu sVn charger. Quand

les pères et les maris , surmontant une terreur

panique, revinrent les chercher, ils ne leur firent aucuns reproches. « Cétait à nous à les défendre, dirent-ils; eUes ne sont pas plus déshonorées du contact des vainqueurs que nous des blessures quMls nous ont faites. » Et cependant ces gens étaient d^une jalousie effirénée ; mais ils voyaient dans Taccident arrivé à leurs femmes un eftet de hifiualiti.

Quelques Français firent alors une singulicte prise, celle de neuf Aimés ^ véritables bayadères de TÉgypte. Amenées au général , elles disputèrent avec grâce ce qui dans le pays est une des plus grandes faveurs, celle de découvrir leurs yeux et leur bouche. Le reste fut livré iiégligettiment, comme chose peu importante. Les gazes colorées et presque transparentes dont elles sont vêtues, Tagaçante maladresse avec laquelle elles attachaient et rattachaient leurs ceintures , laissaient entrevoir ou deviner des formes voluptueuses* Elles étaient jeunes et très-jolies , mais un peu fl<^-

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tries, ce qu^on doit attribuer à Tusage de Vea^^ de*vie qu^eHea boivent à pleins verres, comme la limonade. Trois dansèrent d^ahord au son d^une musette et d^un petit tambpur quelles avaient apportés , trois autres chantèrent ensuite , et enfin toutes réunies dansèrent esi'semble au bruit de castagnettes semblables ht de petites «cymbales , qu^elies mainiaient avec un charme qui se communiquait à tous l^eui^ mouvemens* Leur danse est extrêmement h^cive« Lorsqu'elles veulent plaire, leurs rc^ gards, leur accent ont une expression d'aban«don et d'amour irrésistible. Les Aimés soat fréquemment appelées xlans lés sérails pour instruire dans Tart de la volupté les jeunes Egyptiennes que i on va marier;

Des danses de ces honris aux combaits avec les Arabes , la iransitîoo «st mti peu bruaq^t^-^ mais telle est la gilierre : aujo^irdlhuft toNii^^ k« jouisisances ;, <leaidi0 l^utes les piriv^atioa^J

Le défaut de muniliQ^ift^ »e peifmetta^t pas

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au général Béliard de tenir la campagne, il se renferma dans Kéné, où Desàix vint le rejoindre , après avoir inutilement poursuivi les Mameloucks jusqu^à Siout*

Les combats recommencèrent avec un sur— croît d^activité. Bir-el-Bahr, Girgé , Gehémi y furent le théâtre de nouveaux succès remportés par les Français. Beniadi, Abou^ Girgé, subirent le sort de Benouth. La nécessité d'é— pargner le sang de ses guerriers et la pénurie des munitions purent seules déterminer Desaix à employer un moyen qui confondait dans la ^lus épouvantable ruiné lesinnocenset les coupables, le féroce Bédouin et Tenfant âubereeau.

Ces exemples terribles frappèrent d^une telle stupeur les Arabes de la Haute-Egypte , qu^ils se débandèrent et prirent la fuite pour ne plus reparaître. Les Mameloucks eux-mêmes cherchèrent un asile dans le désert. Un grand nombre d'entre eux , ramenés par la faim , vinrent imploreif la pitié du vainqueur.

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