‹ Histoire de l'expédition d'Egypte et de SyrieChapitre 2 sur 32 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Départ de Toulon. — Prise de Malte. — Arrivée de la

flotte française devant Alexandrie.

(An VI. — 1798.)

Le général en chef arriva le 8 mai à Tou*- Ion. Sa présence imprima une nouvelle activité aux préparatifs du départ. La flotte n^attendait qu^un vent favorable pour lever Fancre ] et Parmée , incertaine sur sa destination y avait les yeux tournés vers son général , lorsqu'une proclamation vint annoncer aux guerriers de la république des périls nouveaux et de nouveaux lauriers. « Soldats 9 leur disait M Bonaparte , vous êtes une des ailes de Parn mée d'Angleterre ; vous avez fait la guerre » de montagnes , de plaines ^ de sièges; il

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» TOUS reste à faire la gaenre maritime. »

Après les aroir exhortés à runion et à la con* fiance 9 il terminait ainsi : ic Le génie de la » liberté qui a rendu , dès sa naissance j la n République Farbitre del^urope, veut qu^elle » le soit des mers et des nations les plus loin- » taines. » Ces paroles électrisèrent Parmée ; elles farent accueillies avec enthousiasme.

Tous ignoraient encore vers quels parages devait se tourner la proue ; nul ne s^en inquiétait; c^était assez poiu- eux de suivre Bomapar|e. « Il est avec nous ^ s^écriaient-^ils ^ »» , ppu$ allon3 à la victoire ! »

Les . vaisseaux composant Tavant-garde de la flotte appareillère^Dt le ig mai (3o floréal): Vçscadre entière les suivit à peu de distance. Le vent était assez violent; Tagitation des flots exposait les bâtimens à s'entrechoquer; il arriva plqsieurs accidens qui heureusement n'eurent point de suites funestes.

Bonaparte, avec une partie de Pétat-^major

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général derarmée^ se trouvait sur le ^aisâéiâu V Orient monté par le viceramiral Brueys qui commandait la flotte. Treize vaisseaux 4^ ligne , deux autres armés en flûtes , huit frégates, soixante -dix-huit bâtimiens de guerre moins considérables, corvettes, bricks, chaloupes canonnières, telles étaienJt les forces qui protégeaient les quatre cents navireai de transport sur lesqiiels voguaient joyeusement les vainqueurs de FEurope. Le vice ^amiral >avait.sous ses ordres lés contrer-amiraux^ Villeneuve , Decrès , Blanqiiet-Ducheila ; le chef de division Gantheaume était chef de Fétatpmajor naval ; et dix mille bdmnies fermaient Teffectif total des équipages de guerrei.

Les bàtîmens sortis sutocessivemetit die Ton-' Jeu ayant gagné la pleine mer et se trouvant à'ia hauteur de G^oes, 4e géfnéral en chef fit le signal de mlliemeM. Tout« 4a flotté, réuniipi âlof« »ti|avir du vaisseau amiral V formait uâe -masse si considérable qu^cïle offrait Faspecl

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à^une yiUe au milieu des ondes. Le même cri : « Voilà Venise ! i> échappa à tous ceux qui connaissaient cette reine détrônée des mers. L^armée naviguait depuis plusieurs jours ; on s^attendait à chaque instant à voir arriver les Anglais ; de continuelles alertes troublaient la sécurité du voyage. Les voiles qu'on apercevait dans le lointain étaient autant de motifs d^inquiétude ; plusieurs bàtimens , sortis des ports de Fltalie pour rallier la flotte , ne se joignirent à eUe qu^après Favoir jetée dans les plus vives inquiétudes. On vit successivement arriver les convois de Gênes ^ d^Ajaocio , de Civitta-Vecchia, et leur approche fut à chaque fois le signal des alarmes. Un combat naval pouvait faire échouer Pexpédit ion. La fortune veillait sans doute sur elle , j^uisque nos vaisseaux échappèrent à la vigilance de la croisière anglaise : Fennemi sillonnait la Méditerranée dans tous les sens j il ne put nous rencontrer. Une fois même Nelson n^était sé>-

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paré de la flotte que par une distance de six lieues; une brume favorable la déroba à sa vue ; et , après yingt-un jours de navigation , elle découvrit les rivages de File de Malte et ses fortifications. Toute la côte était hérissée de batteries; on voyait de distance en dis-* tance des fortins situés sur des éminences escarpées. A gauche se présentait Feutrée du grand port, et le fort Saint-Ange avec le terrible appareil de ses fossés , de ses canons et de ses hautes murailles.

L^ile de Malte, située entre Toulon et Alexandrie , offrait une position intermédiaire dont il était important de s^assurer pour le succès de Fexpédition. Bonaparte avait reçu du gouvernement Finj onction secrète de s^en rendre maître. Mais une longue résistance donnait aux Anglais le temps dVrriver. La voie des négociations parut moins chanceuse ; le général en chef fit demander au grand*maitre Feutrée du port pour notre armée navale.

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La réponse fut que les statuts de Tordre s^opposâient à ce (ju^il entrât plus de quatre bàUmens à la fois. Peu accoutumé aux refus ^ Bouapât-te se décida à user de violence. Il répliqua cependaiit au grand-maitre , et s^efforça de justifier soto agression : « L'ordre avait longi) temps favorisé le^ ennemis de la république » en foumisisant des matelots aux Anglais y en D ravitaillant leurs vaisseaux et en violant en h leur faveur les statuts invoqués contre lui 1» général de Tarmée de la république ; l'ordre » avait, au mépriis des décrets du gouverne- )> ment français, nommé aux, commanderies wqùi venaient à vaquet en France, quoi- » V|u'ellés y fussent iabolies. » Bonaparte articulait encore d^autres griefs : rien n'est innocëtït chez ceux qu'on veut dépouiller.

Qu'on juge de l'impression que celte lettre dut produire ! Le trouble et la confusion régnent dahs le cdnsteîl de Tordre. Que résoudre? A quel parti s'arrêter? Un petit nombre de

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chevaliers , pris au dépourvu ; taie poprulation inerte ; quatre mille hommes envirpn dé milice régulière mais non aguerrie , pourrontils garder huit tieues de côtes contre la flotte formidahle qui menacé Pîle sur tous lés points? Mais faut-il don'C eëder sans combat ? Les rfetrànchemens , éoùtre lesquels vint se briser l'orgueil des Ottomans , se rendront- ils à la première softiittàtiob? Nôft^ Fhônneur Teihporte : 1^ cotasèil , àpr'és imé séance orageuse , se détermine à opposer t^ôus les moyens de résistance et à sauver du moins la gloire de Tordre. . •

Mais les Français avaient tm parti dans la ville 9 et cette division lui fut fatale. Lé l!è juin ( 22 prairial ) , au point du jour, les trtfupés opérèrent leur descente : elles s'emparèrent sans effort de Pile de Gose et des batteries de Marsa - Sirocco. Les divisions Vatibois et Lannes prirent terre près de Malte. En vain le bailli Tommassi voulut se maintenir âabs

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les retranchemens du Niciar. Abandonné da petit nombre de milices qu'ail avait rassemblées, tourné par deux compagnies de carabiniers, il faillit d^étre fait prisonnier et eut de la peine à rentrer dans la ville. A neuf heures, le général Vaubois prit possession de la Cité vieille , qui ouvrit ses portes sans attendre que les Français eussent tiré un coup de fusil. A dix heures, la campagne et tous les forts de la côte étaient en notre pouvoir.

Durant la nuit , à la clarté des feux allumés dans la ville , on put voir, du haut des vaisseaux , Pagitation qui régnait parmi les assiégés. La populace mutinée s^assembla en tumulte autour du lieu où se tenait le conseil ; des crismenaçans se firent entendre ; le grandmaître fut sommé par ces énergumènes de capituler. Cest à quoi il fallut se résigner pour éviter des malheurs plus terribles. En conséquence le feu des forts cessa le lendemain, et des négociateurs furent envoyés à

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Bonaparte pour traiter de la reddition de la place.

A la tête de cette députation se trouvait le commandeur Bosredon - Ransègat y de la langue française ' , qui, ta veille, avait été jeté dans un cachot pour avoir refusé, d^armer son bras contre ses compatriotes. Cet exemple honorable n^avàit point été imité par tou^ les autres chevaliers de la même langue ; plu-' sieurs furent pris dans les forts les armes à la main. Bonaparte ne leur épargna point les témoignages de son indignation : « Puisque » vous avez pu prendre les armes contre » votre patrie, leur dit -il, il fallait savoir » mourir ; allez , retournez dans la place , » tandis qu^élle ne m^appartient pas encore ;

* L'ordre de Malte est divisé en plusieurs langues (ou classes), dans cbacune desquelles sont compris tous les clieyaUers de la même nation ; ainsi Ton dit langue française , espagnole, allemande, italienne, etc.

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» je ne veux point de vous pour mes prison^

)» niers. »

La convention fut conclue . et signée le

12 juin. Les chevaliers renoncèrent à tous

leurs droits sur Malte et les îles de Gose et de

Comino. On promit en dédommagement au

grand*^maitre une principauté en Allemagne,

et cent mille écus de pension en attendant

Pexécution de cette promesse. Les chevaliers

français , reçus avant 1 79a, eurent la faculté de

rentrer en France avec sept cents livres de pension.

Ainsi tomba, par un coup de main, cette

aristocratie militaire qui avait jeté un si grand éclat, et dont la base reposait sur des siècles. La politique seule peut justifier la surprise qui causa sa ruine. Si une institution plus que féodale devait jamais être regrettée, ce serait ^ seulement aujourd'hui que les Grecs sont égorgés sans pitié par leurs féroces oppresseurs ; sans doute des infortunés n'auraient pas

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imploré en vain le poste avancé delà chré-^ tienté.

Le général en chef fit son entrée dans ta ville à la tête d^une partie de Farmée. Plusieurs bâtimens de guerre ^ douze cents pièces de canon ) quarante mille fu^s^ quinze cents milliers de poudre 9 et trois millions de francs formant le trésor de Saint-Jean^ furent les fruits de cette conquête. Bonaparte admirait la beauté des fortifications taillées dans le roc , qui défendent la place ^ et s^étonnait lui-*méme de la facilité avec laquelle il s^en était emparé. « Oui , dit Cafarelli à qui il communiquait ses » réflexions , il faut avouer que nous sommes » bien heureux qu'il se soit trouvé du monde » dans cette ville pour nous en ouvrir les por<* » tes. » Malte reçut un gouvernement organisé d'après les principes de la république. La servitude fut abolie , Tégalité proclamée. L'âe adopta les couleurs françaises* Le premier soin du général fut de briser les fers des esclaves

turcs et arabes ; il youlait se faire précéder en Egypte par une renommée de générosité et de clémence. La joie de ces malheureux serait di£Bcile à peindre ; pour s'en former une idée, il faut savoir que leur gouvernement ne les rachète jamais , et qu'ils n'avaient devant les yeux que la perspective d'une captivité éternelle.

Bonaparte chercha aussi à s'assurer un point d'appui dans l'Albanie et l'Epire : avant de continuer sa route , il dépécha un de ses aidesde-camp vers le fameux Ali, pacha de Janina , qui jusqu'alors avait montré des dispositions favorables envers la république française. L'émissaire du général en chef était chargé de concerter avec le Musulman, un plan de soulèvement de plusieurs provinces de la Grèce; par malheur le pacha était alors hors de son gouvernement , occupé à combattre Passavan- Pglow. n avait été joindre les Turcs au camp sous Widin, avec un contingent de quinze

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mille hommes; cVtait lui qui commandait dans cette partie toutes les forces de la Porte Ottomane. L^absence d^Ali contraria les projets de Bonaparte : les négociations ne purent être entamées , et tout se réduisit à quelques lettres sans résultat.

Le 19 juin la flotté remit à la voile. Le général Vaubois resta à Malte avec quatre mille hommes, et pour s^assurer de la fidélité des habitans, on envoya à Paris les enfans des plus riches familles ; leur éducation fut le prétexte de ce déplacement; le but réel était devoir des otages.

Un vent favorable faisait voler le reste de Tarmée à sa destination ; après treize jours de navigation, on cria : terre ! Bientôt on aperçut, dans un lointain confus, les monumens d^une vaste cité; leur forme parut nouvelle aux soldats ; des minarets , des colonnes , de nombreux tombeaux dans des enceintes spacieuses, d^immenses débris en monceaux , fout

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excitait leur curiosité et attachait leurs regards; au seia des remparts ^ une végétation qui por-» tait des caractères particuliers et révélait une nature différente : hors des murs , un désert sans bornes, une solitude de sable où Pœil plongeait avec effroi sans rencontrer une plante pour le reposer; les soldats se demandaient quelle pouvait être cette ville, cette contrée ? Ils étaient sur la côte d^Egjpte, ils voyaient Alexandrie.

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