CHAPITRE XXII
Travaux de l'Institut d'Egypte.
(Ad VII et VIII.)
L^iNSTiTUT du Caire était alors en pleine activité, et chaque membre de ce grand établissement poursuivait avec ardeur la solution de quelques-uns des mystères que la nature et Tart ont entasses en Egypte. Tout ce qui se rattachait aux besoins de Farmée était aussi Tobjet des plus laborieuses recherches. Il nVst pas une seule découverte qui n^aitété obtenue ^au risque de la vie de quelqu^un de ces intrépides sa vans.
La manière dont , la plupart du temps , ib faisaient leurs observations atteste une cons-
tance à Tepreuve et une passion ardente pour tout ce qui peut concourir aux progrès des connaissances humaines. Ils bravaient comme les soldats les feux du désert , la soif et la faim ; cVtait presque toujours durant les combats , au milieu des boulets et de la mitraille, qu^ils prenaient leurs note$^ levaient des plans et dessinaient les monumens. Obligés de suivre les mouvemens des troupes , ils couraient, haletans, de champ de bataille en champ de bataille ; quelquefois , dans les mêlées, il leur fallait se mettre eux-mêmes de la partie.
Le général Antiréossy , après avoir reconnu ie lac Mensaleh et les ruines des cités qui florissaient sur ses bords, se rendit dans les val«lées des lacs de natron , dont il observa le terrain , assez solide , recouvert de graviers de différentes grosseurs , de petits ■cailloux roulés et agatisés. Il ne vit dans ces déserts que quatre espèces de plantes petites et sans vigueur , et qu'un seul insecte, la mente obscure. Ses Me-
moires nous montrent les bords des lacs de natron découpés en golfes étroîts où Peau transsude, se forme en fontaînes , et sMchappe en petits ruisseaux qui vont se réunir dans le bassin principal. Il analysa ces eaux , qui contiennent des sels , tels que murîate de soude , carbonate de soude et sulfate de soude. Il trouva deux lacs dont les eaux sont colorées par une substance végéto-animale. Il' apprit que Igs bords des lacs de natron sont fréquentés tous les ans par les Ctéouabis , tribu d'Arabes pasteurs et hospitaliers qui j campent ITiiver avec leurs troupeaux. Ils s'adonnent pendant ce temps au transport du natron, des joncs épineux et des dattes qu'ils vont chercher en caravanes dans Toasîs d'Amnon.
La vallée du fleuve sans eau fut aussi l'objet de ses observations ; il la trouva encombrée de sables , de bois pétrifiés ^ de quai:tz roulé , de pierres siliceuses , de gypses , de cristallisations quartzeuses et de jaspes ou cailloux d'Egypte.
a3S RX^isiTioif
II concfut de la ^direction de cette vallée et de celle des lacs de natron , qui en est séparée par une crête , que leur point d^attache est à Teadroit où' se trouve indiqué le lac Mœrîs.
Tandis que le plan d'Alexandrie était dressé par Lepère, Costaz analysait le sable du déser!, selon lui composé uniq.uement de grains quartzeux dWblanc mat, dontrentassement, accommodé à tous les accidens du terrain , donne à la contrée Tapparence d^un pays couvert de neige. Nouet assignait la position topographique du Caire et de plusieurs points importans de la Haute et Basse-Egypte ; observait les météores, et déterminait la position et la hauteur des pyramides. Norry décrivait la colonne de Pompée et d^autres monumens.
Bruant découvrait les causes et les remèdes de Fophtalmie régnante. Geoffroy et Savigny classaient les animaux et les plantes. BerthoUet et Descotîlz observaient les propriétés tinctoriales des végétaux. L^ingénieur Gérard pre-
nait des renseignemens sur Fagriculture et le commerce de la Haute-Egypte. Desgesette» présidait à la rédactioa de la topagrapfaîe physique et médicale de TÉgypte. Lancret et Chabrol s^occupaient des canaux et particulièrement de eeitii d^Alexandrie. Savaresi découvrait des traces de volcans dans le territoire de Lesbeh ; et Regnault décomposait le limon an Kfl j si influent dans la végétation de TE-
Chaque année après Tinondation , le sol de cette contrée est couvert d'aune couche plus ou moins'épaisse de limon. Sa couleur , d^abord noire , se change en brun jaunâtre par la dessication à Tair ; alors il se divise et présente des fentes, dans lesquelles on reconnaît que le limon a été déposé par couches horizontales, disposition ordinaire de Targile dont il offre les autres caractères il a une forte affinité pour Teau et éprouve la retraite par le feu»
Sur cent parties , le limon du Nil contient : il parties d'eau.
9 de carbone.
é 6 d'oxide de fer.
4 de silice.
4 de carbonate de magnésie.
i8 de carbonate de chaux.
48 d'alumine»
Ce limon renferme les principes qui serrent à la végétation : les cultivateurs le regardent comme un engrais suffisant dans les terres , et ils en sont tellementpersujidçs, que, lorsqu'un champ a besoin d'engrais y ils le couvrent du limon du Nil, réservant à d'autres usages le fumier qu'ils ont dans les étables ; ainsi il$font sécher les excrémens des animaux , et les brûlent au lieu de bois qui est rare en Egypte. Jusqu'ici les Oasis avaient été peu explorées. Répault présenta à l'Institut un mémoire intitulé: Recherches sur les Oasis j dont Fourier fut chargé de faire l'examen.
D^EGYPTB. %^i
Les oasis sont des portions de terre .culti- TeeS) situées comme des îles au milieu des déserts delaLjbie. Des eaux abondantes entretiennent une végétation continuelle ; on y trouve beaucoup d'arbres d'espèces variées, et les habitans y recueillent une quantité considérable de fruits.
L'histoire civile des oasis est peu féconde en événetnens. Selon. Hérodote , cinquante mille hommes de l'armée de Cambyse , chargés de faire l'inutile conquête du pays des Ammoniens , périrent dans les sables à quelque distance de la grande oasis. Nous ne parlerons point du voyage si connu d'Alexandre
au temple d'Ammon. Les successeurs de ce grand homme , les deux premiers Ptolémées , dont la gloire est durable puisqu'elle est confiée au souvenir reconnaissant des sciences et des lettres qu'ils ont aimées, firent jouir ces petites contrées , ainsi que tout le reste de l'Egypte > <lu bienfait d'une administration sage*
Quelques sièdés aprèls ^ ces batiUms isol^ lie-^ telitirent des controrerses theologtqaes. Les hepitîel:*s des Césars et des Mftrk-<>Auitèlè ettéciiitaietit les dédrets des cbnciles en issilant Ixb sectaires dans les èasisi Neslorius y expia pea^daot plusieurs aniléei le crime dWoilr triop distingué les deux natures^ dans te méihe temps qu^Eutychès était putii pour lé$ Avbir Mûfondues. Uéloignement des oasfe , qai n^ le^ d^fetidit pôîtit ab» coiltrè les dissi^bsîém èi^lésiâUsliques ^ ne les a ^ttit garatiUes dâûs des tempî^ plus tttôdef neà de ramarice oppws** sive dête beys.
Aprèd àybit expliqué d^Utie itiânfèlie Sâtatitë le phétidAfiètie dV)ptit[ue appi^ mmgè par les tttisiritis, Mô^^ê Qowmufiïqua un ttiéttioire sut là fdntaitiê de Motive. Nous a^Ofi^ suivi lè^ tiapàtté^ dans ees lieuît câèbres. Les ^b^rv*-. tiens du président de rin^itut adhè^rent de lëà faii^ eokifiMttie. Stif la tW^ ôl^idëtitatë dt| giatfe dé Buèt, prèitîuîe «èA ffeCè dek ValWè dft
D^EGIfPTE. $4^
FEgairemeiit j se tceuvént ces sources fam^ékises dans tout rOrieat^ De tout temps l^ funtaiiid de Moïse a du être d- un grand intérêt pour les Arabes de Tor <}ui habiteht les etivir4>Bs dm SinaS; des Arabes, obligés de lûnér d^Ëgypfee une partie de leur Subsistance et les objets d^îndustde étrangère^ portent eu édhiatige les. produits des maigres forêts qui cooirexit leurs montagnes* Ce transport n^a jamais pu se faire que par tarâyanes, et la ibntaine de Moïse a toujouf^ été une de leurs «taUoas. DVîUeuns, dès qu^il y a en des établissemens nàaritimed dan^ le fond du golfe, elle a été néoessaire*** meât fVéquei|téé , patce qu^eUe ^ait nne res«* sour^ indispensable, quand, aptes «itte lon-^ giie 'Sécheresse , les citernes i«e^plies^ d^eau pluviale étaient épuisées; «Mis Tépèqné à kr qtieUe elle parsât aimir excité le pln^ grand intérêt est celle de la guerre des Vénitîetis unis à^K égyptiens contre Iqs Portugais , à^rès la déeiNLV^ftè d<ù pastsage aux Indés pài^ lë eàp
de Bonne-Espérance. On sait que ces repu— blicainsy pour défendre le sceptre du com— merce qu^ils avaient conservé jusqu^alors , et qui allait leur échapper, firent construire et armer une flotte à Suez. Il n^est pas probable qt^ils aient établi des chantiers de construction à la fontaine de Moïse dont le local, ne présente aucun avantage pour cet objet; mais il parait qu'ils y formèrent un grand établissement d'aiguade. La fontaine de Moïse présente un phénomène remarquable (fhydrostatique. Les différentes sources qui la^omposent et qui. sont au noinbre de huit, sont toutes placées au sommet d'autant de petits monticules copiques, terminés chacun daQS la partie supérieure par un cratère qui sert, de bassin particulier à sa source , et d'où Peau s'écoule sur la surface conique par des rigoles naturelles.
Le bon et respectable Denon qui, malgré ses cheveux blancs , avait voulu faire partie de
D^âGYPTE. a45
la croisade sdientifique , sVtait élancé sur les pas de Desaix jusqu^aux confins de la Haute-
Egypte ; impatient de voir les monumens primitifs de la contrée , il n^avait pas attendu ses collègues. Ses paisibles conquêtes lui coûtaient autant dé fatigues et de privations quVux troupes leurs conquêtes sanglantes. Que de fois il fut interrompu dans ses recherches par les charges des Mameloucks et les fusillades des feUahs ! Mais aussi de combien de soins et d^égards il était environné par Tattention délicate des officiers et des soldats! Chacun, lorsquMl dessinait au passage les objets qui le frappaient , s^empressait de venir à son aide; il
trouvait , suivant son expression , des genoux pour lui servir de table, des corps pour lui donner de Pombre. Ce vieillard, aussi aimable que passionné pour les arts , a ainsi retracé sur ses tablettes tout ce qui s^oflFre de merveilleux le long de la vallée du Nil; son ouvrage-
2^6 ^XPEDITlOIf
est uD graeiéux itlùévairp depuis AWjiaadrie juiqu^tu^ Cataractea.
Au milieu de totia oes travaux de la science les lettres ne furent pas •oubliées. Pàrceval* GrandmaifiOD lisait ^ aux séances , des fragmens en yers traduits du Gamoëns et du Tasse.
M^i*cdl faisait passer dans notre langue TAl*ooran , ainsi que les fables araires de Locman ^ qui partagent avec celles de Pylpay le mérite d^étr^ originales. L^ fables d^Ésope'y un grapd fipmbre de celles de Phèdre et de La Fontaine n^ep sont presque que des versions ingénieuses. Marcel ajoutait à la traduction une notice siir ce fabuliste de la race des esclaves noirs à grosses lèvres et à cheveux crépus, qui fut
^ Suiveat quelques critiqmes , Looman ^ t^jlpaj^ et Esope ne seraient que le même Lomme sous des noms diffërens ; ou du moins , si c'étaient trois fabulistes distincts , il serait difficile de dire quel est celui qui précéda les Aenx autres. Nous avons suivi l'opinion la plus probable.
vendu aux Hébreux sous le règne de Salomon, et dont remploi était de garder les troupeaux de son maitirç : ç^çst 4^fit^ Cfit^e çcçupation oisive , qu^ayant reçu de Dieu, ainsi que le disent les Orientaux, le don de la sagesse , il composa ses apologues, se* pMnJ)0le6 1 et ses maximes proverbiales dont on fait monter le nombre à pins de dix mille et dont peu sont parvenues jusqu^à nous.
Les travaux de Tlnstitut du Caire sont véu" nis en un seul corps d'^ouvrage , e^ forment un des plul beaux monumens qui jamais aient été ëleves par les arts et les sciences.