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CHAPITRE XXIII

Bataille d'Aboukir.

(AnVII. — 1799O

Quoique Fexp édition de Syrie et celle de la Haute - Egypte eussent lieu dans le même temps, nous ayons cru devoir, en faire deux corps de narration entièrement séparés , sans nous astreindre à suivre Tordre chronologique qui nous eût à chaque instant fait parcourir une distance immense , en nous transportant des ruines de Thèbes aux remparts de Saint- Jean-d'Acre , des cataractes du Nil aux rives du Jourdain.

L'ordre des événemens nous ramène vers Bonaparte non loin des murs d'Alexandrie^

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OÙ il va remporter une yictoîre digne da fortdateur de celte ville célèbire.

A son retour de Syrie, Bonaparte avait trouvé les Egyptiens dans Pattente du débarquement prochain d'aune armée turque. Les bruits qui en couraient acquérant de jpur en jour plus de consistance , le général en chef dut prendre ses mesures pour la bien recevoir.

En conséquence des ordres furent donnés pour mettreen état de défense les forts qui se trouvent entre Alexandrie et Rosette, la plage qui sVtend de Tune à Tautre de ces deux villes étant , selon' toutes les probabilités , le point de débarquement que choisiraient les Turcs.

Les généraux Destaing et Lagratige furent dirigés contre les Mameloilcks, dont les mouve*mens annonçaient Tintention de se rapprocher des côtes que de vait envahir Parmée duGrarid-i' Seigneur. Junot et Cambis occupèrent , Vnxï le fort d'El-Arich, Tautre celui de Katieh.

Menou commandait à Rosette^ MarmonI à

Îl50 EXpéDlTlOIf

A,l^9[|^lldrie dP9( h g?rpii}pa yf^p^l; tf être reo-forcée. Kléber ëtaît ck^vgé 4e la défeii^ des ç0|;(^ cpû fiMt^iid«iit df Rosiette à ElttArich. Enfin le général Lanusse poursuivait la des^ tru^tJQq des Arabes soulevés par Fange El- Mohdhjt et que la mort de Timposteur n^a-»vait pas désabusés*

Les choses étaient ep cet état , lorsque Boi* naparte apprit que Tindomptabl^ Mqurad-Bej , surnommé par les Français le Fabius df ^Egypte , avait reparu vers les pyramides , après avoir échappé à la poursuite du général Destfiing. Aussitôt il s^ transporta sur Iq point indiqué} mais Mourad avait déjà fui dans le désert n sa retraite habituelle. Le général en ch»f se disposait à retourner au Caire f quand il reçut \in courrier porteur de dépêches qui lui anûaiiçaient le débarquement d^une nombreuse armée turque snrla côte d^Aboukir.

La flotte ennemie avait été signalée à Ale:tanr drie dès le i ^ juillet. Elle se composait de plus

de cent I^àttpieii^ i ta^f anglais qu^ tttr<9* Ma^inqni ^Vtoit *wpre#sé (Tony^iyer 4es exprès à

tpw Içs gépér99](, pourlf^W cjem*pder Itç* 9ecpiirs dispoQibleif . Dç^tfiing loi fuyant an^eq^ six cents homme3 1 le gouyeruçui" d^AleiRYidrie résolut d'aller civec dovi^Q Pfln^ $old^ts fofi'r po$ei* a^ df barquemeat ; 19^^ ^ p^lne ^Vtfiit-

il ipî^ ep n^rcbç 1 cpf^n ^i^prè* çpvoyp par \f^

Gpmn^ad^t du fpr* d'AbPuWr» Qodard, Irtî

apprit qu^ le d^b^rq^en^^n^ avart eu UeB>

Qpdard spUiqitait de^ repfprts , et prpiruettmt de lepir jii^qy^^ )a d^rui^r^ §:i;tréjpit?,Mari»OP t

wut devoir éviter de se çpmtpeUre av?q uu

çopemi sisuperiepr en upfpbre > et r? Qtr^ dans Alejj^andrie» Malheureusement il crut au9si sans doute que Godard était en mesure de résister j puisqu'^il ne lui envoya pas de secours^ Cette confiance eut des suites funestes, qui pouvaient le devenir bien plus encçare.

Ljsi gafuison d^Abppkir étai^ dç t^pis cçn^ hpmme$. Aprè^ spi|:aptç hi^ures de combat,

attaquée par mer et par terre , et réduite i trente-cinq combattans , elle fut contrainte à mettre bas les armes. Si les Français ne périrent pas jusqu^au dernier, ils le durent à Sjdnéy-Smith qui les arracha à la fureur des Turcs irrités de leur opiniâtre résistance.

Toutes ces nouvelles parrinrent en même temps au général en chef. Aussitôt il expédia de tous côtés des ordres pour rassembler une armée à Ramanieh. Ce fut à cette occasion que Desaix se rapprocha de la Basse-Egypte pour couvrir le Cairel Heureusement les Turcs, effrayés sans doute devoir à combattre les vainqueurs des Mameloucks ^ , songèrent

plutôt à se fortifier dans la presqu'île d'^Abou-

*■ Avant FarriTée des Français , les Turcs et les Mameloucks se livraient de fréquens combats y pour la possession de l'Egypte. Ceux-ci y presque toujours vainqueurs j étaient de beaucoup inférieurs en nombre à leurs ennemis. Mourad lui-même, qui , forcé par la nécessité,

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kir, qu^à profiter du premier moment de trouble qu'^avait causé leur présence , en se portant sur Alexandrie ou dans Fintérieur des terres. Tandis que Mustapha-pacha , généralissime de Parmée ottomane , élevait une double ligne de retranche mens, Bonaparte faisait ses préparatifs, et embrassait toute Pétendue des positions ennemies de ce coup-d^œil qui commanda si long-temps à la victoire.

Arrivé le 24 juillet à Alexandrie , il ménagea peu le général Marmont dans les reproches quMl lui adressa pour ne pas s^ètre opposé au débarquement. Sur ce que Marmont objectait qu^il nVvait que douze cents hommes , et que les troupes. turquess^élevaient àdix-huit mille : a Eh bien ! s^écria Bonaparte , avec vos douze

appelait dans ce moment les Turcs de tous &e& vœux y en avait été long-temps la terreur* Il ne tarda point k comprendre combien lui seraient funestes de pareils auxiliaires.

5l54 EXt^EDlTlOlf

)» oettto hommes je serais allé ju^cjpi^à Gonstaa- Il titM>ple* n

Ce fui le lendemaiti ^ a5 juillet ^ qu^eui lieu cette mémorable bataille ^ qtû devait venger ^ sans le réparer , le désastre d^Aboukir ; oVtait sur ee métiie rivage , témoin de Théroisme et du malheur dés marine français.

L^armée i^^avança en bon ordre contre lès retranchemens. Les généraux Lannes et Ramnpon eommandatent^ Vikn k ^uche^ Tautre la droite. Murât marchait au centre a^rec toute la cavalerie.

Situé à Fettrémité d^une pk*esqu^ile fort étiroite , Aboukir ù^était ^ pour les Français ^ accessible que du côté de la terre , puisqu'ils nW^ent point de murine à opposer à la for-^ midable flotte anglo-turque qui avait jeté' Fancre à une lieue et demie en mer.

LWmée ottomane s'était couverte dV^e double ligne de retranchemens ^ dont Pipne r^ à demS-lieue du fort d'Aboukir, avait pour

' plrîiibipàu)t (ioitits d^appui , à son eictténiité de droite un mamelôti rëtranbhé fctir le bord de là met , un hattieAU à son centre , et des chaloupes tiàikontitèt^» à son autre esttrémité^^

L^atili*è ligne, moitis distante du corps de la placée , idffi^ait des mojehs de défense pkis re^ dontà1>tes. Elle s'éteddait dé Tuu à loutre rî-^ Tàge komme la première ; ^ais , plus i^essérrée, elle ^tait g^atiiie d^un plus grand nombre de poitit^ fùtt\&éi^ an centre desqiiiels s^éleTaîft une rédoiitë couverte de banons.

L'armée française s'avança d'abord avec une imposante tentent; ïiiàis à peine fot-ellé à portée des retranchemens , quHine colonne , dirigée par le général t)esiaing, se précipita

. soudain sur le mamelon (|ui appuyait la droite de la première ligne, tandis que Murât, forçant tous les obstacles , s'élançait rapidement pour couper la retraite à l'ennemi. Ce mouvement eut» tout le succès qu'on en pouvait at-

tendre : deux mille Turcs furent tués ou contraints de se jeter dans la mer.

Après le succès de cette manœuvre habile qui ne dura que quelques minutes et ne coûta pas un homme aux assaillans , le général Destaing se porta sur le hameau que le général Lannes attaquait de front. En vain Mustapha détacha-t-il un renfort considérable de la seconde ligne 9 pour s^opposer à ce mouvement : le renfort fut culbuté par Murât , et le hameau enlevé. La première ligne tomba ainsi au pouvoir des Français.

La secondeligne ennemie présentait, comme nous Pavons dit, plus de difficultés, et Ton devait s^attendreque les Turcs la défendraient en désespérés, puisqu'ils se trouvaient dans une position à ne pouvoir échapper à la mort que par la victoire.

Bonaparte résolut dVttirer , par des charges vigoureuses , Fattention des ennemis sur les deux extrémités de leur ligne , tandis qu'une

forte réserve épierait le moment d''enlever la redoute du centre , principal point de défense des Ottomans.

Oux-ci n^attendirent pas dans leurs retranchemens Fattaque des Français : ils vinrent à leur rencontre avec intrépidité.

La droite de Fennemi fut d^abord repoussée par Murât ; mais la cavalerie que cet intrépide général commandait^ se trouvant engagée entre le feu des chaloupes canonnières et celui de la redoute , se vit dans la nécessité de faire ui^ mouvement rétrograde qui donna aux Turcs Taudace de revenir à la charge. Repoussés de nouveau, ce double mouvement se renouvela plusieurs fois , sans que la cavalerie française pût parvenir à passer la ligne de feu que lui opposaient à la fois la redoute, les chaloupes et les retranchemens.

A la gauche, le combat n^était pas moins animé. Les Turcs avaient d^abord attaqué avec

plus de courage que d^ordre; bientôt exaspérés

par leurs pertes, ils abandonnèrent les fusils dont ils étaient armés , pour se jeter, le sabre et le pistolet à la main , sur des ennemis dont le courage impassible semblait irriter leur fureur.

L^ipfanterie française parvint, quoique arec difficulté, à repousser ces frénétiques : mais ar«* rivée devant les retranchemens , elle fut à son tdur, comme la cavalerie, obligée, parle feu de la redoute^ de faire un mouvement rétrograde,, laissant trente à quarante officiers et soldats sur le champ de bataille. Le général Fugière, qui commandait la colonne , eut le bras em-* porté par un boulet. Transporté près de Bonaparte ^ il lui fit entendre ces paroles prophétiques : w Général ^ peut-être un jour envierez- vous mon sort : je meurs au champ d^honneur *, n

Les attaques des Français étaient donc res—

• Ce httLve survécut à sa blessure et est mort en léii^ GonuntnidAttt la snecursale das invalides, à Avignén.

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tées sans résultat positif, quand on vit les Tares donner un nouvel exemple du féroce usage dont nous arons fait mention dans le récit du siège de âaint-*Jean-<-d^Aere. Ils dès-» cendirent en tumulte de la redoute et des re* tranehemens pour venir couper la tâte aux morts et aux blessés français.

Murât saisit Tinstant de cette excursion im-* prudente : s^élançant avec sa cavalerie entre la redoute ei les barbares , il parvient enfin à franchir les formidables retranchemens.

La colonne du général Fugière reprend à son tour FofFensive , impatiente de venger son valeureux chef. €eux des ennemis qai tenaient la plaine , eftayés de voir derrière eux là cavalerie de Mfurai: , se troublent et ne font plus aucune molle résistance.

Bonaparte a senti que le Moment dMÎsif est arrivé. Il jette au combat sa réserve qui s^étance sur la redoute avec une ardeur jusqu^alors à peine contenue. Redoute et relranckemens ,

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tout est rapidement emporté. Leurs défenseurs , à .qui. un article du Coran défend, de capituler avec les chrétiens, périssent tous, soit dans les flots de la mer y soit sous le fer du vainqueur.

. Uinfatigable Murât, poursuivant et sabrant tout ce qui se présentait devant lui , se. porte entre le village et le fort d^Aboukir. Mustapha était dans le village avec quelques janissaires; se. voyant perdu, le malheureux généralissime veut au moins ne pas mourir sans vengeance ; il se précipite sur Murât , et le blesse légèrement . au bras d^un coup de pistolet. Murât riposte par un coup de sabre qui tranche deux doigts de la. main droite de son ennemi : il le fait saisir et Tenvoicà .Bonaparte. Les janissaires, au nombre de deux cents , mettent bas les armes. Voilà tous les prisonniers que Ton fît dans cette journée.

L^armée turque avant la bataille comptait dix-huit mille hommes. Le fort d^Aboukir en

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contenait cinq mille qui sY étaient réfugiés. Ce fut donc treize mille ' ennemis qui périrent. La perte des Français fut de deux* cents tués et sept cents blessés.

Jamais peut-être victoire aussi complète, aussi importante dans ses résultats , ne coûta moins aux vainqueurs. Il n^est pas douteux que le moindre échec arrivé à Tannée française n^eùt été lé signal de son extermination. Les Arabes, les Mameloucks, les Egyptiens mécontens, se seraient réunis aux Turcs, et pas un Français n^eût échappé à leurs coups.

Le fort d'^Aboukir tenait encore. L'investissement en fut aussitôt formé. Cinq mille psmanlis s^ trouvaient entassés sans vivres , sans espoir de secours ,' et pendant huit jours ils osèrent se défendre ; enfin exténués de besoin, couverts de blessures, ayant vu couler sous le canon des Français les chaloupe» anglaises qui leur apportaient des vivres , ils jetèrent leurs "armes et vinrent se prosterner

^érî EXPEDITION

Alix pied^ des Muégeaoa mu leMr ileioiicidaiit éti pain^ L^humanité trop peu preroyante du sôMtit fràtiçais fut autei funeste que sa valeur à beaucoup de ces malheureux : un g^rand in^itelyre mourut d^excès de nourriture*

Voilà quelle (va Tissue de oeUe expëditioa dùtit rAng^lêterre et la Turquie attendaienl un tout autre résultat. La baitaille d^Aboukir courdùtia gk>rieciÈeti»ent lès travaux de Bonaparte en Egypte. Après la victoire^ Kleber, dans un transport d^admiration ^ le pressa dans ses btas et Itii dit : « Oéi^éraU tous êtes grand êomtne le mo%ide ! »

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