CHAPITRE XXXI
Promotion de Menou au grade de général en chef de Tarmée. — Débarquement des Anglais et arrivée des Turcs. — Bataille de Ganope. — Mort de M ourad-Bey. — Capitulation d^s Français. — Évacuation de l'Egypte.
(AnIX. — 1801.)
A l'^epoque 4e la mort de Kleber, Menou se trouvai! le plus jmcîeii général diyisioanaire de Tarinée : d^aprè$ le$ règlement militaires ,. runciauoete lai doimait des droite au com* HAndemefltC enchef et les autres généraux cjrure»t d^pir le lui offrir m^^lgré Topifiion peu favwable qu^il^ ftv^kïit de sa ca|)acité. U»i9 grande bravoiH'e personnelle était la setde qualité de Bfieoou , et œ mérita il le partageait avec toute Tarmée, Néanmoins il aocejpta le
commandement et ne parut pas effrayé de Timmense responsabilité qu^il assumait sur sa tête. Cette assurance était d'un augure bien sinistre. On eut bientôt lieu de reconnaître que le jugement quW avait porté du nouveau généralissime était malheureusement trop fondé.
Dès les premiers temps de Farrivée des Français en Egypte, Menou avait embrasse la religion mahométane et reçu , en se faisant circoncire, le prénom d^ Abdallah. Cette abjuration ridicule, sans lui gagner le cœur des musulmans, lui avait attiré la désapprobation de ses compagnons dWmés. Pendant une grande partie de la guerre, confiné dans la province assez tranquille de Rosette, il avait nourri , dans le silence et Tobscurité , les sentimens de jalousie et d^ambition qui le dominaient, estait surtout au héros d^Héliopolis quMl portait envie. A peine Teut-il remplacé dans le commandement suprême, qu^il abusa
d'kgyptb. 349
de son autorité pour susciter aux amis de Kléber une multitude de petites persécutions: c^ était attaquer toute Tarmée. A ce principal motif de mécontentement s^en joignirent bientôt beaucoup d^aiitres : sous prétexte de prévenir les dilapidations, il bouleversa les administrations et chassa ou changea les employés lés plus habiles et les plus intègres. Dans le même temps il prohibait plusieurs coutunies chères aux* Egyptiens , ou consacrées par le Koran , sans égard aux motifs pour lesquels Bonaparte et Kléber les avaient religieusement respectées. Ce nVtait pas tout : tantôt, sur des bruits absurdes, il détachait des colonnes à la subsistance desquelles il nVvait point pourvu y et qui se trouvaient forcées de piller pour vivre; tantôt, négligeant des bruits mieux fondés, il laissait des partis arabes dévaster les campagnes. ' Plusieurs mois sMcoulèrent delà sorte ; Français et Egyptiens étaient également mécontens. Menou, qui n ignorait pas cette disposition des
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esprits , jugea à propos de retirer aux amis de Kléber les» emplois qvt^iU possédaient à juste litre t pour se faire des parlisaiispar unenouh velle distribution. Celte dernière mesure eut le résultat iiiévitable de semer la division entre les dépossédés et les nouyeaiix posscissents* L^ eboses en vinrent an point que Ton eut à redôoter une guerre de Français à Français 9Xt milieu d^un p^ys ennemi. U fut miensie gestion de renfermer Menon dans la forteresse (£a 6aire, et de confier le commandeoient à dc^ maiins pins habiles.
Sur cei entre£siites un bâtiment ^ venn de F ranee y apporta dea dépêches du ganverne^ meni conisnlaire qui eonfirmaietit h» pronlo* tion de Menou. Dès^lovs toute atteinte à son autoirité y touAe infraction à se» or'dres , der*** naient des actes» de rébellien centre le goo-^ iitntmeml firaliçais. H fal!mt se résigne^ et attendre daùBS le silence el la Mumissî«n ^ tristes» eflSets de Timpéritiie du généraèen ehef.
D^BGYPTE. 35i
Cependant PAngleterre arait décide la Subliine**Piiirle à faire de nouveaux effbrt$,contre les Français; elle-^^néme devait prendre une part active à Feixpediition.f en fournissant une flotte ek une nombreuse armée de terre^Menou, quoiqise prévemi de ees préparatifs menaçaoïs, négligea néanmoins tous les moyens de résisrtaiice qui: âaiesit en son pouvoir i dans Taveu;glé crojamce qu'ils ne aenraient pas dirigés contre loi, et diOÈs TeUpérancef non moins insenisée peut-être , de se trouver bientôt à la t^te d^une armée considérable envojnée par k g o u r g rn emgntfranfaâs* H ne daigna pas même faihe fortifier les. points natoreUeitient exposés^ * Il est vrai que Bonaparte n^avait point ou-* blié Tarmée à laquelle il devait une partie de sa gioire } maisi les effodrts c/m^ par ses ordres , fit le eontre^^oandara} Ganlbeaume^ pour débarquer des troupes; en Egypte ne piurent tromper la vigflaace des croisières britanniques y et resterai sans soocès.
. 352 EXt»EDItION
Toul-à-coup Timprévoyant Menou apprit qu^une escadre anglaise avait paru devant Alexandrie le i" mars (iSoi). Il ne put se rérsoudre encore à adopter Fidée d^une descente, et tourna même en dérision les craintes des autres généraux à cet égard. Il fallut bien se rendre à Pévidence, cependant , quand un nouveau courrier vint lui annoncer le débarquement des Anglais à Aboukir, malgré les héroïques efforts de la faible garnison d^Alexandrie, commandée parPintrépide et habile Priant. Le combat avait duré trois heures y pendant lesquelles seize cents Français avaient lutté contre douze mille Anglais protégés par le feu d^une multitude de chaloupes canonnières.
Menou reconnut alors la faute qu^il avait commise, en nMmitant pas Bonaparte et Kléber qui, dans des circonstances pareilles, sMtaient rapidement portés , avec toutes leurs forces , vers les points menacés ; il dirigea sur Alexan-^
1>*éGYPTÉ. 553.
drie lès troupes qui se trouvaient au Caire ; mais le mal était désormais irréparable , et la nouvelle d'un second échec , éprouvé par les généraux Lanusse et Priant , vint changer sa présomption en pusillanimité.
•On assemble un conseil de guerre. Tous les généraux français sont convaincus de la nécessité de tenter un coup décisif contré les Anglais , avant qu'ils aient fait leur jonction avec Tarmée turque qui s'avance par la Syrie. C'était vouloir mourir au champ d'honneur :
on marche à l'ennemi.
Les Français combattirent à Canope comme à Aboukir , comme à Héliopolis, comme à tant d'autres lieux illustrés par leurs exploits. Ils ne comptaient que huit mille trois cents combattans contre seize mille deux cents ennemis protégés par des retràncheméns garnis d'une formidable artillerie. Le désavantage du nombre ^ celui de la position semblaient avoir ir-'
rite leur courage , et si les dispositions mili-<
taires du général en chef Toussent secondé, la victoire ornait d^une nouvelle couronne les drapeaux de la république.
Il en fut autrement.
A la première faute de faire attaquer les redoutes par des corps faibles et isolés que reunemi écrasa Pun après Pàutre , Menou joignit bientôt celle de jeter intempestivement au milieu de Faction toute sa cavalerie de réserve. En vain , le général Roize , qui la commandait , voulut opposer quelques représenta* tions; elles furent vaines. « Mes amis^ dit alors ce brave à sa troupe, on nous envoie à la gloire et à la mort : marchons I » Ils s^élancent : la première et la seconde lignes anglaises sont rompues. Roize et ses compagnons pénètrent jusque dans le camp ennemi; mais arrivés là, ils se trouvent embarrassés dans les cordes qui assujettissent les tentes , et périssent après avoir fait des prodiges de valeur. Dans cette action, un officier de dragons.
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ayant mis pied à terre y se précipita dans la tente où se trouvait le général Abercix)i»by y et accabla ce chef de tant de coups^ que troi^ jours après il en mourut. Assurément , si Ton eut fait précéder et accompagner cette charge brillante de mouvemcns d^infantetie bjep dirigés y elle eût produit un résultat plus décisif que la trouée qui signala son impétuosité et qui fut bientôt fermée. La destructign d^une aussi vaillante réserve entrains la retraite de Tarmée française.
Après la défaite j Menou se renferma dans Alexandrie 9 malgré les cpnseils des autres gé* nérau;^ qui voulaient continuer dVgir activement contre les Anglais. VeS^X immédiat de cette mesure irréfléchie fut de séparer les forces de Tannée française dans le moment où il importait le plus de les réunir ; mais le fatal moment était arrivé.
La capitale de FEgypte succomba la pre-* mière, Béliard y commandait. Ayant appris
Farrivée de Tarmée turque , il se porta à sst rencontre j il avait obtenu déjà sur elle quelques avantages , quand la nécessité de défen— dre le Caire contre les Anglais , le rappela précipitamment dans cette ville , où il se vit aussitôt assiégé par les armées ottomane et anglaise réunies , et sommé de se rendre.
Par Finconcevable incurie du général en chef, les vivres , les munitions de guerre manquaient dans la place. Pour comble de malheur , les Français venaient de faire une perte irréparable : Mourad était mort de la peste à Bénisouef , au moment où il s^était mis en mouvement pour rejoindre ses alliés. Le Bey, chez lequel les hautes vertus naturelles n^avaient pu être étouflFées par une éducationbarbare , était Tobjet de Pamour et de Tadmiration de ses Mameloucks : ils donnèrent , à sa mort , les marques de la plus profonde douleur. Ses armes furent brisées sur son tombeau ; nul d^entre eux ne se jugea digne de les
D^ÊGYPTE. 357
porter, Osman-Bey-El-Tambardji , élu pour lui succéder, ne put suivre la politique de son prédécesseur envers les Français. A Paspect des troupes innombrables qui pénétraient en Egypte , il crut , dans Fintérêt des siens , devoir se réunir au corps d^armée commandé par le capitan-pacha. Il informa le général Béliard de sa résolution, en lui promettant toutefois de ne point agir contre ses anciens alliés. Osman - Tamburdji tint parole. Mais Tabsence de ses secours, au moment d^une pareille crise, était un coup trop sensible : cette nouvelle, arrivée au Caire quelque temps avant la sommation des ennemis, doublait les embarras des Français.
Dans cette position délicate , Béliard réunit en conseil Télite des officiers qui se trouvaient alors au Caire , et leur soumit Timportante question de sa conduite future. Les membres de rassemblée exprimèrent tour à tour leur opinion. Les uns voulaient qu^on attendit ,
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pour prendre un parti , que les instructions de Menou fussent arrivées : le général Don* zelot fut dVvis.qu^on se jetât dans la Hautes- Egypte afin dY faire la guerre à la manière des Mameloucks : le chef de brigade Dupas proposa comme une mesure toute française de marcher à Tennemi au lieu de Fattendre :
« Croyez.-moi , sVcria-t -il , guerriers de Bo- 1^ naparte et de Kléber ^ abandonnons nos re-*- » tranchemens , allons affronter Fennemi dans » les siens ; c^est là que la gloire nous attend » encore. » Le premier mouvement du conseil fut de se laisser aller à une opinion si gé^ néreuse j mais bientôt quelques membres se lèvent et prouvent jusqu^à Févidence que ce n^est là qu^une erreur du courage* Cinq mille soldats peuvent-ils espérer de forcer dans leur camp ces multitudes d^Osmanlis dont le fana* tisme cette fois s^appuie sur la discipline de quinze mille hommes de troupes anglaises?
Il y aurait plus que de Timprudence à le ten^^
D^ÉGYPTB. 359
ter. Quant au projet de campagne dans la Haute->Ëgypte , lors même qu'il serait prati«cable dans un pays ennemi , sous un ciel dévorant, à quel résultat conduirait-il ? à se faire pousser de jour en jour vers le fond de la contrée 9 jusqu^à ce qu^enfin , acculés aux cataractes , les Français n^eussent plus d^autre asile que le désert , d^autre perspective que la misère , la faim , le désespoir et la plus horrible des morts. Les mêmes membres pensent que > dans Fimpossibilité d^une défense avantageuse , le devoir du chef est de conserver à la république cinq mille braves , si toutefois leur salut ne doit coûter aucun sacrifice à Thonneur.
Ces «onseils dictés par la sagesse finirent par ramener presque toutes les opinions , et Fon ne songea qu^à profiter du temps où Ton pouvait encore exiger plutôt qu^obtenir une capitulation honorable. En conséquence , Béliard envoya un parlementaire à Hutchinson
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qui s^empressa d^ouTrir PoreiUe aux proposi-* tioDS des Français : des commissaires nommés de part et dVutre se réunirent dans un lieu interifiédiaire , et procédèrent sans délais à la rédaction des articles d^une capitulation où rien ne fut écrit qui ne fût digne de la répu-^ blique et de ses soldats :
a Convention pour r évacuation de i^ Egypte » parle corps de troupes de V armée française *» et auxiliaire aux ordres du général de diifi- » sien . Béliard^ conclue entré les citoyens » Donzelot y général de brigade , Morandy i> général de brigade^ Tarayre^ chef de brigade, » de la part du général de division, Béliard; n et M. le général major HopCj de la part de » son excellence le gênerai en chefdeJT armée » anglaise ; Osman-Bey , de la part de son » altesse le suprême visir, et Isaac-Beyj de la vt part de son altesse le capitan^paçha. »>
n Les commissaires ci-dessus nommés sVtant.
}\ réunis d^ins un lieu de conférence entre les
d'Egypte, 36i
» deux armées , après rechange de leurs pou- » voirs respectifs , sont convenus des articles » suivans :
» Article ±^', Les corps de Tarmée française }i de terre et de mer, les troupes auxiliaires » aux ordres du général de division Béliard, » évacueront la ville du Caire , la citadelle , » les forts Boulacq et Gizeh et toute la partie i> de rÉgypte qu'ils occupent en ce moment.
)> 2®. Les corps de Tarmée française et les » troupes auxiliaires se retireront par terre à » Rosette en suivant la rive gauche du Nil » avec armes, bagages, artillerie de campagne, » caissons , munitions , pour y être embarqués, » et de là transportés dans les ports français )) de la Méditerranée avec leurs armes , artil- I) lerie , caissons , munitions , bagages , effets , » aux frais des puissances alliées» L'embar- » quement desdits corps de troupes françaises 1) et auxiliaires devra se faire aussitôt qu^il >) sera possible de Peffectuer, mais au plus
» tard dans cinquante jours à dater de la ra- » tification de la présente convention ; ii est » d^aiUeurs convenu que lesdits corps seront » transportés. dans lesdits ports du continent iè français par la voie la plus prompte et la > plus directe.
» 3e. A dater de la signature et ratification » de la présente convention, les hostilités » cesseront de part et dVutre ; il sera remis » aux armées alliées le fort Sulkouski et la I» porte des Pyramides de la place de Gizeb.
I» La ligne des armées respectives sera déter- N minée par des commissaires nommés à cet » efiet ) et il sera donné les ordres les plus 1» précis pour qu^elle ne soit pas dépassée , )) afin d^éviter les rixes particulières, et s^il en » survenait , elles seraient terminées à Tamia- » ble.
» 4** Douze jours après la ratification de la » présente convention , la ville du Caire , la 1» citadelle , les forts et la ville de Boulacq se-
D^BGYPTE. 363
» ront évacues par les Français et auxiliaires f ^ qui se retireront à la ferme d^Ibrahîm-Bey j )) île de Raoudah et dépendances, le fort de )► Lequoy et Gizeh, d^où elles partiront le plus » tôt possible , et au plus tard dans cinq jours )> pour se rendre au point de rembarquement.
» Les générant des armées anglaise et otto- » mane s^engagent en conséquence à faire M fournir, à leurs frais, aux troupes françaises >» et auxiliaires , les moyens de transport par w eau pour porter les bagages , vivres et effets )i au point de rembarquement : tous ces » moyens de transport par eau seront mis le B plus tôt possible à la disposition des troupes » françaises à Gizeh.
D 5«» Les journées de marche et de camjf pement de Farmée française et des auxiliai- » res seront réglées par les généraux des » armées respectives , ou par des officiers 79 dVtat'-mâjor nommés de part et d^autre; » mais il est clairement entendu que, Suivant
w cet article, les journées de inarche et de , » campement seront fixées par les généraux » des armées combinées; en conséquence, » lesdits corps de. troupes françaises et auxi- » liaires seront accompagnés dans leur marche )> par des commissaires anglais et ottomans , » chargés de faire fournir les vivres néces- >.i saires pendant la route et les séjours.
» 6*. Les hagages, munitions et autres ob- » jets voyageant par eau seront escortés par » des détachemens français et par des cha- » loupes armées des puissances alliées.
» 7®. Il sera fourni aux troupes françaises >) et auxiliaires et aux employés à leur suite )) les subsistances militaires , à leur départ de » Gizeh jusqu'^au moment de rembarquement, » conformément .aux réglemens des armées » françaises , et du jour de rembarquement » jusqu'au débarquement en France , confor- )) mément aux réglemens maritimes de FAn-»»
» gleterre,
tf EGYPTE. 365
)> 8«. Il sera fourni par les commandans des
1» troupes britannique et ottomane j tant de I) terre que de mer, les bàtimens nécessaires, )> bons et commodes, pour les transports dans » les ports delà France, de la Méditerranée, des » troupes françaises et auxiliaires , et de tous » les ingénieurs et autres employés à la suite » de Farmée. Tout, à cet égard, ainsi que D pour les vivres , sera réglé paï* des eommis- )> saires nomniés à cet effet par le général de )> division Béliard , et par les commandans }> en chef des armées alliées , tant de mer que )) de terre. Aussitôt la ratification de la pré- » sente , ces commissaires se rendront à Ro- )) sette et à Aboukir, pour y faire prépare?
» tout ce qui est nécessaire à rembarquement. » 9*. Les puissances alliées fourniront » quatre bàtimens , et plus s'^il est possible , » préparés pour transporter les chevaux, les ï> futaiUes pour Teau , et les fourrages néces-^ » saires jusqu^à leur débarquement.
566 EXPBDltiQN
p io^. Il sera fourni aux corp^ de Tarmee )> française et auxiliaires , par les puissances n alliées , une escorte de bâtimens de g^aerre » suffisante pour garantir leur sûreté et assurer » leur retour en France. Lorsque les troupes » seront embarquées y les puissances alliées » promettent et s^engagent à ce que^ jusqu^à M leur arrivée sur Ip continent de la républi- )> que français^, elles ne seront nuHeuient in- » quiétées; comme, de son côté, le général n Béliard et le corps de troupes sous ses or^ >i dres promettent de ne commettre aucune }) hostilité pendant ledit temps j ni contre 1^ M flotte , ni contre les pays de S. M. Britaoni» j» que 9 de la Sublime Porte ou de leurs aUiés, )» Xes bâtimens qui transporteront et escorte-* I) rout lesdits corps de troupes ou autres fran- » çais y ne sVrréteront à aucune autre côte w que celle de la France , à moins d'aune né- )> cessité absolue. Les coms^andans des trpu^ » pes française y anglaise et ottomane , pren^
D^SGYPTE. 367
» nent réciproquement les mêmes engagemeos i> que ci-dessus ^ pour le temps que les troupes I» françaises resteront sur le territoire de » TEgy pte , depuis la ratification de la présente }» convention jusquVu moment de leur em^- » barquement. Le général de division Béliard, )» commandant les troupes françaises et auxi* » liaires , de la part de son gouvernement y n promet que les b^timens d^escorte et de » transport ne seront pas retenus dans les ports 1» de France , après Tentier débarquement » des troupes 9 et que les capitaines pourront » s^y procurer à leurs frais , et de gré à gré, » les vivres dont ils auront besoin pour leur » retour. Le général Béliard s^engage en outre » de la part de son gou vernement, à ce que les- » dits bàtimens ne seront point inquiétés jus- » qu^à leur retour dans les port sdes puissan- )> ces alliées, pourvu qu^ils n entreprennent » et ne servent à aucune opération militaire. )) il. Toutes les administrations, les mem-
» bres de la commission des sciences et arts y » enfin tous les individus attachés aux corps » de Farmée française, jouiront des mêmes » avantages que les militaires. Tous les mem- » bres desdites administrations et de la com- » mission des sciences et arts emporteront en » outre avec eux, non-seulement tous les )) papiers qui regardent leur gestion, mais » encore les papiers particuliers , ainsi que les )) autres objets qui les concernent.
» 12®. Tout habitant de TÉgypte, de quel- » que nation quMl soit , qui voudra suivre i) Tarmée française , sera libre de le faire , » sans qu^après son départ, sa famille soit » inquiétée ou ses biens séquestrés.
« i3«. Aucun habitant de TEgypte, de )» quelque religion qu^il soit, ne pourra^ être » inquiété dans sa personne ni dans ses biens » pour les liaisons qu^il aurait eues avec lesFran- 1» çais pendant leur occupation de PEgypte , » pourvu qu^il se conforme aux lois du pays^
H §4^. Les malades qui ne poorrout pas » supporter le transporl seront admis à un » hôpital f où ils seront soignés par des offi-^ h eîers de santé et employés français jusqu^à » leur parfaite guérison : alors ils seront reti-^ » voyés en France les uns et les autféd, aux » mêmes conditions que les* corps de troupes. ^ Les* commandans des troupes déB armées >» alliées s^engagetit à faire fournir, stnt des » demandes en rè^le^ tous les objets qm se-^ » vont nécessaires à Cet hôpital ^ sauf leâ avan- » ces à être remborun^es par le gôuveï^ne-^ » méHt français^
>; i5^. Au moiiient de k remise des tilies » et forts désignés dains la présenté conven-» » tion , il sera noimné deB eômmisdaiire^ pour » meeveir FartiUerie , les niunitions 5 ma^-^ » sÎBS, papiers^ arehiyes> plans: et autres » effe4s pubKcs^f que les Français la^isseraient 2> aux puissaoees aliiéesi
» &&>. Il sei^ fournFv AossitM q«er possiMe ,
n par le commandanl des troupes de mer de5 » puissances alliées, un aviso pour conduire » à Toulon un officier et un commissaire des » guerres , chargés de porter au gouverne- » ment français la présente convention.
1) 17®. Toutes les difficultés ou toutes les » contestations qui pourraient sVlever sur » . Texécution de la présente convention , se- » , ront terminées à Tamiable par tes commis* )» saires nommés de part et d^aulre.
» ±S^. Aussitôt la ratification de la pré— » sente convention, tous les prisonniers an— » glais et ottomans qui se trouvent au Caire , » seront mis en. liberté, de même que les u commandans en chef des puissances alliées » mettront en liberté les prisonniers français ^^ qui se trouvent dans leurs camps respectifs.
i> 19e. Un officier supérieur de Parmée an- » glaise, un officier supérieur de S. A. le capi- )> tan-pacha, seront échangés contre des ota- )> ges de pareils nombre et grades des troupes
D^EGYPTB. 37!
» Françaises , pour servir de garantie à Texé- » cution du présent traite. Aussitôt que le dé- » barquement des troupes sera effectué dans w les ports de France , les otages seront réci- » proquement rendus.
» 20®. La présente convention sera^ par un ») officier français , portée et communiquée au i> général en chef Menou, à Alexandrie, et il » sera libre de Faccepter pour les troupes » françaises et auxiliaires de terre et de mer >i qui se trouvent avec lui dans cette place , H pourvu que son acceptation soit notifiée au » général commandant les troupes anglaises n devant Alexandrie, dans dix jours, à compter » de celui où la communication lui aura été )) faite.
» 2i«. La présente convention sera ratifiée » par les commandans eu chef des troupes »> et armées respectives , vingt-quatre heures » après la signature.
j) Fait quadruple, au camp des conféren*
3^2 EXPKDITIOW
,, rences entre les deux années, le 8 messidor ,, an IX, à midi ( 27 juin 1801 ) , ou le 16 du M mois de safar 1216.
» Donzelot, général de brigade-, Morand, » général de brigade; Tara/re , cbef de bri- » gade ; John Hope , brigadier général ; » Osman-Bey, haac-Bey.
„ Approuvé : /• Héty Hutchinson, général
» en chef.
» Approuvé de la part de lord Kekh : Ja-
» mes Stevenson , capitaine royal Na^-
,. Nous avons approuvé les articles de la „ présente convention, pour l'évacuation • de „ rÉgypte , et sa remise à la Porte-Ottomane : » Hadgi Jussuf-Zia , visir.
,, Nous avons approuvé les articles de la » présente convention , pour l'évacuation de » rÉgypte, et sa remise à la Porte^Ottoraane : „ Hussein-Pacha, Capitan-Derfa.
» Approuvé et ratifié la présente con- », vention , le 9 messidor an IX de 1» Bé-
d'^ecypte. 373
» publique française ( 28 juin i8oâ. ) )) Le général de division, Béliard. 1»
On le voit^Tesprit du traité d^El-Arich aralt présidé à la icapitulation du Caire ; mais celleci devait s'^accomplir sans obstacle.
Les troupes ne voulurent pas quitter la province sans emporter les dépouilles héroïques de Kléber; on les tira du tombeau;
foÎ! lorsque ces restes glorieux sortirent de la ca-
pitale de llSgypte, le canon français les salua :
;i^ les Anglais et les Turcs , instruits du motif de
ces explosions, y répondirent par plusieurs salves d^artillerie. Ombre sublime ! vous êtesvous réveillée à ce bruit accoutumé ? Avezvous vu vos amis et vos ennemis confondre leurs hommages devant votre mémoire im-
jfli mortelle ?
^1( Mais quel spectacle se présente sur la rive
^\ droite dii Nil ! le corps dVrmée descend vers les plages de la Méditerranée , et partout sur sou passage accourent les habitans : déjà op-
primés par les Osmanlis, ils laissent éclater leurs regrets en recevant les adieux des soldats : <c Nous sommes bien sûrs , sVcrient-ils , que j> vous reviendrez un jour, parce que cVst la » faute de votre général en chef, si vous êtes » forcés de nous quitter à présent. » Près de huit mille Orientaux , profitant du douzième article de la convention , suivirent les troupes et s^embarquèrent avec elles à Aboukir, le 9 août ( 2i thermidor ). Telle était la haute opinion que le caractère français avait inspirée que , malgré Tinimitié des cultes religieux , ces émigrés se montrèrent empressés à venir chercher un asile dans la patrie lointaine de leurs dominateurs.
Le général Menou entra dans un violent accès de rage en apprenant la nouvelle de la capitulation du Caire , et jura qu'il ne la ratifierait jamais. Il osa même dans un ordre du jour attaquer Thonneur des braves officiers qui, en la souscrivant, avaient conservé à la
D^BGYPTK. 37&
France quatre à cinq miUe de ses enfans les plus dévoués. Lui-même cependant allait se trouver dans la nécessité de se soumettre à des conditions moins avantageuses. Environné chaque jour plus étroitement, sans vivres ni autres munitions, il passait toutes les journées à chercher sur les flots de la Méditerranée les secours promis par Bonaparte et refusés par les destins. Dans cette attente plus que douteuse , il négligeait de s^opposer aux progrès de Fennemi. Si les généraux de division , Priant, Songis et Rampon , n^eussent obvié à son incurie , la garnison d^Âlexandrie n^aurait quitté cette place que pour passer sur les pontons anglais. Par un singulier mélange de présomption et de faiblesse , cet homme disait vouloir soutenir seul Fhonneur de Tannée d'Orient, et faisait précisément tout le contraire de ce qu'il fallait faire pour s^tteindre ce but.
Cependant l'armée anglo-turque resserrait
de plus en plus la place. Les assiégea n s, en élargissant les ouvertures de quelques digues ^ étaient parvenus à joindre le lac Marcotis an lac Madieh et à inonder tout Tespace de terrain qui les séparait. Par cette opération, on ne pouvait plus communiquer avec Alexandrie que par les éminences du bord de la mer. La surface des deux lacs était couverte de cha-^ loupes canonnières dont le nombre fut encore augmenté à Tarrivée de Hutchinson. Ce gé^ laéral après la prise du Caire, ne songea plus qu^à forcer les Français dans leur dernier asile. Pendant que ses embarcations déposaient des troupes à la colonne de Pompée où étaient les retranchemens extérieurs, il occupait la majeure partie des assiégés par une fausse attaque sur le camp de Nécropolis *. En vain
* Néorepolis , ville des Morts. C'est une vaste enceinte couverte de tombeaux. On en trouve partotit de semblables en Egypte dans le voiâinàge des grandes cites.
chercha-t-on à porter Vattention de Meaow sur la véritable attaque , il laissa enlever le fort Marabou , dont les généreux défenseurs furent obligés de capituler. Par ces succès, les assiégeans se trouvaient maîtres de tous les points de communication : la place était com* plètement bloquée. Encore peu de jours , et le défaut de munitions de guerre et de bouche allait livrer les Français à la merci de Tennemî : pour comble de malheur^ des symptômes de peste s^taient manifestés. Dans cette extrémité, les généraux français tinrent conseil en Tab— 5ence de leur chef, et décidèrent qtfii n'y avait pas un instant à perdre pour traiter à des conditions honorables. On fit part de cett^ décision à Menou , qui reçut fort mal le général Bampon , chargé de la lui communiquer.
Le général Darmagnac revint à la charge.
« Quoi ! vous aussi ! vous que j'ai fait général ! lui dît Meoou furieux. — Reprenez votre brevet, répondit Darmagnac; je ne suis plus
général , si vous avez cru par-là m^isoler de- Phonneur et de Tintérêt de Farmée. »
Après de longues hésitations , Menou consentit enfin à demander un armistice durant lequel on devait traiter d^une capitulation.
Plusieurs projets furent tour à tour discutés dans le conseil , adoptés par la presque unanimité des voix ^ mais rejetés par le chef de Farmée anglaise. Menou se montrait exigeant : il ne voulait pas sentir que , par sa faute , il s'était mis presque à la discrétion de Fennemi, et qu^il était dominé par les événemens pour n'avoir pas su les dominer. OflFensé de ses irrésolutions , et croyant peut-être qu'elles n'avaient pour but que de gagner du temps ^ Hut-. chinson répondit aux dernières propositions des Français par la lettre suivante :
« Monsieur le général , si vous êtes de bonne foi y vous accepterez les articles suivans :
» Art. 1". L'armée française que vous commande;^ sera transportée en France avec ar-.
d'Egypte. 379
mes , bagages , et seulement onze pièces de campagne.
» 2. La place sera remise au bout de dix jours ; Tembarcation aura lieu dans les dix jours suivans, et le départ aussitôt que la flotte sera prête.
» 3. Quant à la commission des sciences et arts , elle n'emportera aucun des monumens publics, ni manuscrits arabes, ni cartes et dessins , ni mémoires , ni collections , et elle les laissera à la' disposition des généraux et commandans anglais.
)) 4- Les détails d'exécution seront les mêmes que pour la convention du Caire. )»
Le ton de cette lettre s'éloignait de toutes les convenances; le conseil en fut vivement blessé ; mais les circonstances étaient trop impérieuses pour qu'on pût long-temps s'occuper de petits intérêts d'amour-propre. Hutchinson n'avait accordé que quelques heures de réflexion ; tout se disposait dans son camp
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pour une attaque générale : lesmouiens étaieal précieux.
Une discussion extrêmement vive eut lieu dans le conseil. Quelques membres s^élevèrent avec plus dMnergie que de prudence contre tout accommodement ; leur opposition amena même des scènes déplorables; néanr moins , le résultat de cette scène orageuse fut Pacceptation des articles proposés.
En conséquence , le 1 5 iructidor ( 2 septembre ) , le général Menou signa une capitulation que nous croyons inutile de transcrire 5 parce que la lettre du général anglais et la convention du Caire suffisent pour la faire connaître : toutes les conditions en sont fondées sur ces deux pièces.
La nouvelle du prochain petour en France fut accueillie par Parmée avec un calme silencieux qui n^était pas pourtant de Pindifférence. Ces braves étaient accoutumés à se frayer une route autrement que par Aes traî-
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les ; mais la nécessité parlait , et ils avaient la conscience d^avoir fait leur devoir j dévores par ce désir intérieur qui , sur les terres lointaines , ramène toujours la pensée de Thomme vers la douce patrie, ils renfermèrent dans leurs cœurs les indices d^une joie achetée si cher : ils cachèrent leur bonheur à Tennemi comme une honte ; et tandis que les Anglais et même les Turcs admiraient les efforts d^une résistance héroïquement prolongée y les troupes françaises ne savaient si elles devaient gé'*' mir devoir échappé à une destruction inévitable.
Les savans de Pexpédition enfermés dans Alexandrie ne supportèrent point patienunent la clause qui les dépouillait du fruit de tant de travaux. A peine cet article fut-il connu , qu'ails récriminèrent contre le pouvoir abusif qui disposait de leurs propriétés sans même les consulter. Menou , obligé de reconnaître lar justice de leur réclamation y insista auprès
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du chef de Parmée anglaise , pour que celte étrange condition fût résiliée ; mais une si belle proie excitait la convoitise britannique, et Hutchinson ne voulut rien entendre. Indignés d^une pareille prétention , les savans députèrent vers le général ennemi trois de leurs collègues chargés de lui déclarer que, s'^il persistait à exiger leurs dessins, manuscrits et collections, ils les jetteraient à la mer et dénonceraient à l'Europe Podieuse violence qui frappait avec eux le monde civilisé. Ces menaces intimidèrent enfin Hutchinson : il révoqua la mesure spoliatrice, et les savans sauvèrent parPénergie de leur caractère le précieux trésor de connaissances qu'ils avaient acquis au milieu des dangers.
Sur ces entrefaîtes , les choses se disposaient des deux côtés pour Pexécution de la capitulation î le transport des troupes s'eflFectua par convois ; elles furent toutes embarquées avant latin de septembre, àPexception des malades.
d'égyptb.
î Menou monta le dernier sur le navire qui de-
vait le prendre : il sentait qu^il était séparé
< de Tarmée par sa conduite 9 et semblait rougir
de se mettre à la tête des braves qui , sans lui , nVussent jamais reçu leurs passe-ports pour la France que des mains de la victoire*