CONCLUSION
CoMMSNCBB SOUS d^heureux auspices , tra-»
versée par des événemens inouis et soutenue par une constance de courage non moins extraordinaire j ainsi se termina Texpédition d'^Égypte , belle encore dans ses malheurs et admirable jusque dans ses revers. Jamais peutêtre le monde n^a contemplé un spectacle aussi merveilleux ; aucun peuple dans aucun temps n^a fourni Fexemple d^un semblable prodige. Trente mille hommes franchissent les mers et viennent , d^une zone tempérée sous un ciel brûlant , conquérir un vaste territoire, soumettre une population nombreuse, relever les sciences, les arts et la liberté qui rampent dans la poussière au milieu des débris et des ruines. Us n^ont pas seulement à
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vaincre les fléaux du climat, la milice intrépide des beys , les belliqueux habitans du dé-^ sert ; il leur faut encore combattre les préjugés religieux et triompher des habitudes sociales. Cette petite armée , abandonnée à eUe-mé me après Tincendie de sa flotte, tient en respect tout un empire , gouverne pendant près de trois ans des peuples ennemis , leur donne des institutions et leur enseigne Pindustrie. Dans Ce court espace de temps , victorieuse des obstacles intérieurs , elle s^lance à travers les déserts jusqu^en Syrie , et surpasse dans la Palestine les miracles des Croisades. C^est peu : deux armées formidables veulent lui enlever sa conquête : Pune descend sur le rivage de la Méditerranée , et culbutée aussitôt, périt dans les flots qui Pont apportée; Tautre sWance par. terre avec un appareil menaçant; son poids seul semble devoir écraser les Français, et son poids ne sert qu'à Fengloutir au milieu des sables. Comment donc ces braves ont-ils
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été réduits à céder le prix de leurs travaux ? Il a fallu pour cela employer le poignard d^uo assassin ; Torgueilleuse incapacité d^un chef a ^ait le reste. En vain l'Europe et FAsie envoient en même temps leurs légions contre les vainqueurs de rÉgypte : supposez Bonaparte ou Kléber à la tête des Français, au lieu de Menou; et la plage d'Aboukir va se retrouver , et les champs d'Héliopolis vont reparaître.
Que reste-t-il de cette brillante conquête ?
un livre admirable. Que disons^nous ? U en reste pour les enfans de la patrie un sujet d'émulation éternelle et le glorieux témoignage de leur puissance. L'épée de nos soldats a tracé sur le front des pyramides ces mots ineffaçables : « Rien n'est impossible à des Français. y>
Le séjour des Européens en Egypte a eu encore un avantage qui doit diminuer les re** grets d'avoir perdu cette belle contrée : ils ont réveillé parmi ses habitans le goût du travail
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' fet de Paifànce, Pidée quMl vaut mieux obéir à
' des lois immuables qu^aux caprices des hom-
' mes. Le flambeau des lumières a été entrevu
au milieu des ténèbres, et FEgypte commence déjà à remonter au rang des nations.
Les voyageurs qui avaient visité ce pays avant la conquête , ne le reconnaissent plus à présent : ils trouvent , au sein des villes et même dans les campagnes , les traces du commerce et de Tindustrie ; tout a pris le riant aspect de la civilisation renaissante.
Pourquoi faut-il qu^un nouveau despote soit venu , non pas arrêter, mais diriger à son profit ce mouvement imprimé par notre influence ? L^avarice de Méhémet-Ali a fait de FEgypte un vaste domaine qui s^exploite pour son compte , et les Égyptiens ne sont que ses fermiers. Après avoir exterminé le reste des Mameloucks, ce satrape insolent se regarde comme le propriétaire de la contrée ; mais en excitant les peuples au travail pour sVnrichir^
il les force à exercer leur intelligence ; et quand les hommes pensent^ le règne des tyrans est bien près de sa fin ! Sa cupidité couve les principes de sa ruine. Pourquoi ne serait-il pas permis de Pespérer ? Secouant enfin un sommeil de vingt siècles , TEgypte sera tôt ou tard un Etat constitue : les Français y ont semé ]es lumières , et elle recueillera la liberté*