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CHAPITRE *VI

Bataille dea Pyramidest (An yi. — 1798.)

Le 23 juillet ( 5 thermidor ) , au moment où le Soleil paraissait sur rhorizon, Parmée aperçut les Pyraniides. A Taspect de ces masses anti-* ques qai se dessinaient au loin sur un ciel bleuâtre, elle s'arrêta saisie de respect et dVdmiration. « Soldats, sMcria Bonaparte , vous 1» allez combattre les dominateurs de TËgypte ; » songez que du haut de ces monumens , quai> rante siècles vous contemplent ! » Et le plus noble enthousiasme animait sa figure ! L'armée lui répondit par la victoire.

Mourad a appelé tous les beys à la défense de la yille sacrée ; six mille Mameloucks n'^at-

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tendent que le signal da combat , et leurs armes réfléchissant les rayons du soleil étincèlent aux yeux ^es Français. Mourad est furieux de Féchec que les siens ont essuyé à Chebreis : il veut les remplir de son courage ou du moins de sa colère ; il parcourt les rangs ; il exhorte chacun à bien faire son devoir et à soutenir la réputation des Mameloucks ; il leur peint les Français isolés dans un pays ennemi , harassés de fatigues et succombant sous les assauts de la faim et de la soif; il suffira de se précipiter en masse sur ces fantassins débiles pour les renverser et leur passer sur le corps.

Et cependant comme il y va de sa puissance, de ses richesses, il n^a rien négligé pour s^assurer la victoire \ il a pris une bonne position en avant du Nil , entre les villages de Gizeh et d^mbabeh ; des retranchemens défendent sa gauche et quarante pièces de canon sont prêtes à porter la mort dans les rangs

français. Les janissaires du pacha et une multitude innombrable de fellahs composent Finfanterie ennemie. Mourad a fait dresser sa tente sous un sycomore gigantesque, au centre de son armée.

Dès que Bonaparte eut reconnu la position de Pennemi , il rangea ses troupes de la même manière qu^à Chebreis par divisions en carré , qui se flanquaient mutuellement. Celles des généraux Desaix et Reynier reçurent ordre de se poster sur la droite y entre Embabeh et Giseh , afin de couper aux vaincus la retraite vers la Haute-Egypte.

Mourad -»Bey sentit les conséquences de ce mouvement, et fit aussitôt avancer un groupe d^élite qui fondit impétueusement sur les deux divisions : les soldats Fattendirent en silence ; lorsquMl fut à la distance de cinquante pas, ils le foudroyèrent par une grêle de balles et de mitraille qui dans un instant joncha le champ de bataille dliommes et de chevaux.

Les MameloucJcs , qui s'hélaient séparés pour charger les deux divisions à la fois j se réu* nirent alors contre le carré de Desaix, Fentourèrent et le pressèrent avec une nouvelle fureur ; ils voltigeaient sans ordre autour de ce trapè&e dont les décharges terribles les étendaienit par centaines^ Tous leurs efforts échouèrent contre un rempart de fer et de flamme.

Dans leur desespoir, ils voulurent se jeter svr la division Reynier ; mais ce mouvement les mit entre le feu des deux carrés. LWtil^ lerie et la mousqueterie en firent un. carnage horrible. Quoique leur désordre fût au comble 9 ils recommeneèrent à changer avec le méme^ acharnement : un grand nombre vini:ent ^x;pirer sm les baïonnettes.

«Mo^rad-Bey lança hors des retranchemens un, npuveau corps pour soutenir, le premier.

Bonaparte, saisit le moment. : il (M^onne au généra Bon , à la gauche de la ligne j de se

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porter à PatU^fue des ouvrages^ et «a ^nérsà Vîal de sVtftbtir antre les r^etranchemens eMle eorpâ qui venait dVn sortir.

Les Mamdoucks, qui araient attaqué les divisions Desaix et Reynier, se voyant coupest par la division Me»ou (que commandait alors k général Vial) , se portèrent ^u grand galop sur Btl-Kil, petit village occupé par quelques troupes du général Desaix, sous les ordres du chef de bataillon Dorsenne; mais ils y furenjt si chaudement accueillis , quMis tqur^ nèrent luri^e et regagneront la plaine. Lem?

intrépidité y éclata par de nouvelles charges. Vains efforts! ceux qui ne succombèreiM pas fusenit obligés de se disperser.

Cependant le général Bon exécute; Fordire

qù- il a reçu : sa divisrân formée en trois co-*

lonnes d^attaque- marche sur les- retranche^

mens. Les MameleHicks l^i opiposent d.^abord

un feu d^artillerie bien nourri, et efisuite se

décident à la charge : ils s^élancenit avec une

telle furie, que les colonnes ont à peine le temps de se former en bataillon carré. La rage déréglée de Fennemi échoue de nouveau contre ce bastion vivant , dont toutes les faces vomissent la mort. Au milieu dès balles et de la mitraille , les Mameloucks n^ont plus dVùtre salut que dans la fuite ; ils dirigent leurs agiles chevaux vers leur gauche. Bonaparte Favait prévu. Sur le passage se trouve la division Vial. Ils sont forcés de passer à cinq pas d^un bataillon de carabiniers qui en fait une effroyable boucherie. Un grand nombre se jettent épouvantés dans le Nil et sY noient.

En même temps les retranchemens étaient enlevés; le général Bon sVtablissait dans le village d^Embabeh, et privait les Mameloucks de leur point d'^appui principal.

Durant la lutte des deux armées, aucun nuage n^obscurcit les rayons du soleil , aucun souffle ne troubla le calme de Pair. Les Py-

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ramides, séjour de la mort, semblaient, par leur imposante masse , commander le silence et le repos*

Il fallut céder. Monrad •* Bey , trop sûr de Pimpuîssance de ses efforts, s^éloigna préciipitamment du champ de bataille , et longeant le fleuve , prit le chemin de la Haute-Egypte , sans même oser sWréter à Giseh , lieu de sa résidence habituelle. Son collègue Ibrahim- Bey avait eu la prudence de rester sur la rive droite du Nil avec les Mameloucks de sa mai* son ; de-là il activait le feu de quelques che* becks placés vers le milieu du fleuve. Loraque la bataille fut perdue , il brûla plusieurs bà* timens de la flottille , qui auraient pu faciliter le passage des Français.

Cette journée coûta aux ennemis plus de trois mille cavaliers d- élite , quarante • pièces de canon et quatre cents chameaux chargés de bagages. La presque totalité de la milice à pied , acculée au Nil , s^était précipitée dans

le fleifve^ et y avait trouve la mort. Plusieurs des bey s et Mourad lai - même furent blessés en combattant vaillamment. Pour se former une idée du butin immêtise ^ue firent les vainqueurs ^ il suffit dé ^savoir que les Marne-» loucks étaient. couverts d^armureë d^un gralid prîx^ et que tdus portaient sur.cfuxdesboui'ses plus ou moins garnies de pièces d^or^ .

Li bataille des Pyramides eit moœs re-« marqUable par le grand idéploieiHcnl deis forces ou pai* rbaJuli^ dès manoeuvres, que par ses rés«iHats im'lneïiâes et par le saug^ froid' q6e les';F£ançaisr opptosèrent à Timfpé^ tuosilé de leiu^ adversaires. Dealers iièus eûmes la mesure des M^^melout^ks, et ils eu-» rent la nôtre. Chose nti^ obez des Frstâenis 1 pendaM une^Jouixioe entière ^ les •d^rlâ^ns demaurèl^ent bi^us te choc de o«tt# tméë 4iê cavalievs saii9 se Jbisisër^uii tinmieUt ëMpëtVè^ au désir de fondée istir ^nx s dlès tei^'^^à^éJ^ reiott par leur hësdîque iûipàssibitir^^^ ; àiis^l

n^eurent-elles à regretter qu'âne quarantaine de morts; le nombre des blessés ne s'éleva pas à cent vingt ; la perte aurait été bien plus grande si les soldats eussent cédé à cette impulsion de fureur guerrière (|ui avait fait les succès d'talie.

L'ennemi fut poursuivi par-ddà Giseh ; mais^ après tant de fatigues, le repos était nécessaire. Les troupes bivouaquèrent j partie dans ce village , partie dans celui d'Ëmbabeh. L'état*-major se logea dans une maison de Mourad-Bey , qui donna aux Français une haute idée du luxe asiatique.

Le lendemain y au soir, Bonaparte reçut à son quartier-général une députation des négocians étrangers établis au Caire. Il apprit ce qui se passait dans la ville. Les Mameloucks échappés au carnage , en la traversant rapidement , y avaient jeté la nouvelle de la victoire des Français. D'abord la consternation régna partout ; mais bientôt' l'effroi s'était

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changé en fureur. Le départ des Mameloucks d^Ibrahim-Bey , qui se réfugiaient dans le désert , avait été le signal des plus grands désordres. La populace pilla les maisons des beys, et , «^irritant de plus en plus par ses propres excès, elle menaçait de piller également et même de réduire en cendres le quartier habité par les Européens. Bonaparte rassura la députation; il donna ordre au général Dupuy de partir sur-le-champ avec deux compagnies de grenadiers^ et d^aller prendre possession du Caire.

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