CHAPITRE VIII
Prise du Caire. — Affaire de Salahieh.
(An VI. — 1798.)
Cependant le général Dupuy cheminait au sein des ténèbres avec ses deux compagnies de grenadiers. Aucun obstacle ne se présenta sur la route ; à une heure du matin , il se trouvait dans les murs de la capitale de TÉgypte. LVffroi avait pris le dessus sur la fureuy ; la cons^ ternation régnait dans Fenceinte de la Cité sacrée : toutes les portes étaient fermées ; toutes les lumières éteintes. Les chiens dont cette ville immense est remplie, répondant par de longs hurlemens au bruit du tambour français > paraissaiient en être les seuls habitans.
Le général Dupuy avait reçu Tordre de se
porter vers le quartier des Francs, et d^y attendre Tarmee. Les guides s¥garèrent dans robscurité. Comme ses grenadiers étaient épuisés de fatigue , il fit enfoncer la porte d'une maison dans laquelle sa petite troupe se livra au repos.
Dès que le jour parut , il prit avec les négocians européens les mesures nécessaires pour dissiper la fîrayeur des habitans ; il n'eut pas de peine à réussir.
Une proclamation du général en chef acheva d'établir la confiance.
Vers Ije milieu de la journée , Bonaparte entra dans la ville. Presque toute la population se porta à sa rencontre, et vint , avec une res pectuéuse curiosité, contempler les vainqueurs des Mameloucks. Les troupes marchaient d'un pas tranquille ^ assuré ; le peuple comparait ce calme avec l'ombrageuse conduite de ses tyrans qui ne traversaient jamais les rues qu'au galop. La douceur empreint^ sur la figure des
Français, la gaieté de leur caractère, étoasoia^nt ces hommes façomiés aui- mauvais traitemens et gouvernés par le sabré. -
Il fallait orgai^iser I^dxuinistration du pays. Bonaparte institua un divan composé des neuf scheiks les plus notables de la ville , avec in*jonction de s^assembler tou& les jours à midi. Il investit le général Dupuy du commande* ment militaire de la place*
La pompeuse qualification de f^iUe-Samie avait donné aux soldats une fausse idée du Caire. Ils sVttendaient k voir une cité bien bâtie et riche en monumens ; mais leur illu* sion fut de courte durée : elle sMvanouU à Taspect d^une multitude de maisons entassées sans régularité, et si rapprochées les unes des autres que le jour en éclaire à peine les parties inférieures. Peux cent mille habitans circulaient dans des rues étroites et tortueuses. Le seul quartier des Mameloucks semblait répondre à la haute réputation dont jouit cette
capitale chez les Orientaux , qui n^en parlent jamais qu'en l'appelant grande parmi les grandes y délices de la pensée , etc. La place d'Ësbekieh , où fut établi le quartier-général , est imposante par son étendue et présente aux regards quelques bàtimens considérables environnés de murs capables de résister aux premiers chocs d'une attaque. Lorsqu'^on a visité le palais de Joseph , Paqueduc qui apporte r.eau du vieux Caire au château après lui avoir fait faire mille soixante toises de chemin 9 et le puits de Joseph taillé dans le roc à deux cent soixante-neuf pieds de profondeur, il ne reste plus rien à admirer dans la moderne capitale de TÉgypte.
Le Caire est cependant une ville opulente :
sa position en fait Tentrepôt d'un immense commerce ; plusieurs époques de l'année y voient affluer les caravanes de l'Ethiopie , de la Mecque et des Indes.
On a vu combien Bonaparte s¥tait attaché
."ij.
à p4rsufidear ♦ la. Porte quf^ peti» masnmi 4b rigéa cpatr^ \t JMatndouçkP» » œ^Vait rien d^bo^îl# envers dldi £idèle à>a j>oUtiqiia^ ili s^empirasta d^écrii^ im^ lettre trè^amioftlô au pacbii du Caire t qui avait $aivi Ibr|Jiûn«3«7 di^ns ledé»vXy il Iw 4i$ait, eatrV^itr^ cbo$Q3 ; u Je snk fâebé de !«( violence que voua n faite )» Ibrahim t«ik t^^w forçaut à quitter k Caire » pour }e suivre. $i yntw tn 4t^s le mattre ^ )» revenez, duos cette ville) vou^ j jouirra de >] la consideratiou et du rang dus au repré^ n sentant de uptre ami le âultan* i» Cette lettre fut âuivie de quek}ue9 autre» ; la Porte n^y rqioudit que plusieurs mok aprè^^ par un manifeste de^ pi»» viruletis contre la France-
Obligé d^eptretenir une armée nombreuse , Bonaparte dut , pour se procurer de Tapgept , frapper des cootributitOn» wr les Égyptiens, et suivre ^ dam la pctcepiiaa des imputa ^ la méthode vîDleole eaôplojée pAT les bey$. Lea; bieds des Maraelouoks furent ^ eh oOtre ^ &ér
qaestres ^ et une Gomnïission de trois misnibi*e^ s^occupa des moyens de réaliser les objets provenant de ces confiscations. Le général en chef essaya parfois d^apporter des adoucisseinens à des mesures aussi sévères : informé du misérable sort des femmes qui avaient appartenu aux vaincus , il prit Tarrété suivant , en date du ^27 juillet (9 thermidor) : « Le gé- » néral en chef Bonaparte ^ considérant que » les femmes des beys et dés Mameloukcs, er- » rantes aux environs de la ville , deviennent » la proie des Arabes , et mû par la compas- » sion, premier sentiment qui doit animer » rhomme , autorise toutes les femmes des » beys et des Mameloucks à rentrer en ville , » dans les maisons qui sont leur propriété , et » ' leur promet sûreté. )ï . Ces soins retinrent Bonaparte au Caire pendant quelques jours , qui suflKrent à Parmée pour se remettire de ses fatigues. Les troupes étaient distribuées soit dans la ville , soit dans
d'égypte. 83
les villages environnans. Cet intervalle de repos fut marqué par un trait d^'héroïsme qui , chez les Romains , eût valu à son auteur la couronne civique.
Quelques soldats de la brigade du général Verdier furent attaqués à Timproviste par les Arabes , dans le village d^El-Bothoun , où ils sVtaient rendus sans armes pour broyer du blé, suivant Pusage du pajs. Déjà, plusieurs avaient été massacrés et les autres aUaient subir le même sort ; le grenadier MaiUard accourt au bruit des coups de fusil ; il se précipite au milieu des ennemis; seul, par des prodiges de force et de courage , il les met en fuite et délivre ses camarades.
Uarmée avait jusqu^alors marché en corps :
elle se divisa au Caire, et recommença le cours de ses glorieux travaux.
Un exprès vint apprendre à Bonaparte que
le général Leclerc se trouvait assailli par une
multitude d^ Arabes et de fellahs , retranchés
dans le village d^Ël-^ICbanka. Aussitôt la dÎYÎ-* sion Reyniér reçut ordre d^all^jr le dëga^ ger ) mais elle n^eut pas besoin d^en tenir aux mains avec Fennemi pour atteindre oe but { dès qtie les At*abes Tape^çuretit ^ i\» prirent la fuite 9 laissant sui" le ehamp de bataille une centaine de morts dû de bltosés.
Le général Desaix eut la mission de pour*suivre Mourad^-Bey ^ qui sVtait retiré dans la Haute-Egypte après la bataille des Pyramides* Bonaparte marcha sur BelbeiS) où Ibrahim avait établi âoâ quartier^^général ^ et des co^ lonnea mobiles furent destinées à agir contre les Arabes , toujours battus et toujours rame» nés à la charge par Tespoir du butin «
Arrivé à Belbeïs , Boûapai1:a trouva la ville évacuée ^ mais dans k plaine ^ au^^lelà , on vit une multitude immense que Ton prit d^a^ bord pour un corps dWmée ; c^était la osirayane des pél^ins de la Mecque. Les Fran«* çais arrivèrent bien à propos pour elle| les
D^ÉGYi^TE. 85
Arabei» TaUîiqu^ieat ei avaient déjà massacré un grand nombre ée mardiands. Quelcjlies C^Mups de jfusii suffirent pour les mettre en déroute ^ . eans qa^âs ewseat le temp6 d^eic^ porter leur bo^in ^ qat fat rendu aux iégîtimei proi^riétaireis.
(Qes Anbes appartenaienil à uo corps d^ar«^ méa qui eseortoît les bagages , les femmes et les trésors d^lbrajuin*
BiNiapflrte^ sMtant porté en av^ant avec trdis ie0ntB honotmies qui composaiei^t toute sa pa<^ Valérie, ei ayant atteint rennemi au-delà ÂXk hoh àe Salabieh) fit faire une charge dans rûtiesiitloii dVinrêler ie eon^roi et :de dotmer le ^tempe à soa infanterie d'arriver* Quatre caats Maflidouckis ^ formant f urnere-^^ar de d'Zbra^ Ihih ^ cëdÀrent dVibor d et ïaissièrent prendre qwifiqaes eiiaitie^UK et deu^x pièces de canon ; mais retenant an^ec la rapi<&té 4e ¥4dair^ ils taffomèx^ttA les Fraaç^s et les ch«irgèrefit é' leur tour dans tous les sens.
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La mêlée devint alors terrible ; peut-être eût-elle tourné au désavantage des cavaliers français fatigués, d^une longue marche sous un ciel ardent , si les officiers qui entouraient Bonaparte ne se fussent spontanément élancés sur Pennemi. Alors on vit des luttes d^ho9ime à homme. Chaque officier, chaque hussard soutint un combat particulier. Sulkowski , aide*de-camp de Bonaparte , reçoit huit blessures; le chef d^escadron d?Estrée& tombe frappé de vingt-un coups de sabre , et les chevaux le foulent aux pieds. Lassalle , chef de brigade du vingt-deuxième, laisse échapper son sabre au milieu de la charge ; il s^élance à terre pour le ressaisir : aussitôt un des M^me* loucks les plus intrépides fond sur lui ; mais Lassalle est déjà à cheval et tue sou adversaire.
L^ennemi ne put résister au choc de cette poignée de braves ; il tourna bride précipitamment,, et courut rejoindre le convoi qui s^était enfoncé dans le désert.
Ibrahim^Bey hé songea plus dé^i*inais qà^â gagner la Syrie.
Tandis que les troupes 4e t^re marchaient de victoire en victoire , quelle était la situation de la flotte? Que se pas$ait-il sur les côtes de cette Egypte, dont Tintérieur était déjà rempli du bruit des exploits de Tarmée française? Quelle est la nouvelle que le général en chef va recevoir avant son retour au Caire?
' '• ' f;HAÏ»ItRE IX.
Coii4)at naval d'Aboukir.
(^An VI. — 1798.).
naellement autour de Farinée de terre , ayant intercepté les communications , Bonaparte avait été plus d'un mois sans recevoir de nouvelles de la flotte. Les succès de Tarmée et les , dispositions qui furent prises ayant rouvert les communications, il^ipprît, le 24 juillet, avec la plus grande inquiétude , que la flotte était encore dans la rade d'Aboukir. Aussitôt il écrivit à Tamiral, et lui renouvela Finjonction de faire voile pour Corfou. Par une étrange fatalité, Brueys persista à rester dans les mêmes parages , et à y prendre une ligne d'embos-
Mgo» Jtt anifonçâ, par une IntVfit^ g» péscduUon itBoMiparle. Lé ifénérol en cdhef , ^esscmmi les' 9i(ktB»de cette ponlîoti^ «xpédîsi' Aussit^ ifl) aide^le^eamp y aireo «pcIm de ne pas; qnfttéi? Ab^iîkîr tpi^i n^eèt ve la flotte s W éloigfoer.* Ott effioierfulinassaioné'en rM2tepa#lèpAmb«^i dlaiHeors il n^élait plus teiMps.
Op oepeut explûfiieriV>bfitiiiâ!tion 4é Bt^oeyB quV» supposant cjo'^il ]i«^ 'viûHiillHt poi«il* qaittlSF FEgjrpKÊ sanifi; s^itf e 4sm»é ><;tiè rânrmee ée ièiifrè^ éoM il n^avidrt pas >4^ ooiEiveAe» dè|>trfs ïmjg^ tei|ipfi.^'«tait dâm iine sit«iatie»if*à^ii'ai^r<'i)a^ beseni que la flotte lui offirfl iine nelârailiè;: t LVsefiére angiadseftil^dfgnidéc^le'i^ aO^t , à ifteuir lieores auprès midi, ^cmssée fxar im teni ûiTarai>)e, elle se trouvait if trbis 'heik^is^ 91 iiippra0hée ilè la flmte ' A^ n^sé ,^ -^ué^ 4^<m pensait, à lacimpie vuè>'âisltog«e^'lés^âiir2e
fis! eB|irédenèeyel fe feii' ëommekiça de^^iaift et d^autre.
, Une .H^anœuyre. aussi. hardie vcpi7h6ureuse dopiia^^dès lecommenoemeotide.ractioatÂUx Anglais rimociense avantage de nVyoiir q^^iuué partie des yajbseaux français à combattre. L^es* cadrefrançaise ^ embossée sur une seule ligoe^ he^QOup trop .étendue., laissait un vide :de quatre-vingts brasses (4oo pieds) entre chacun denQS bâtimens. Le vaisseau le Magesty- i^bt^ ¥iat à la coupejr^ et se plaça entre le Tonnant ^ P Orient ; de, plu$, une partie des vaisseaiuc anglais c^ant i^u^i à se porter entrera terré et: la , ligne française , ce que Ton nWait pas cru possiibie à. cause des bas-fonds , Fanûral Brueys put reconnaître le vice de la position qu^il avait pri^e , .et prévoir ses tristes résultats. Chacun des VjS^sseaux de Pavant-garde et dii çQlitre eut à^ç^mbattre :un nombre double de vaisseajox enneipis. Soit. à cause de son amarrinemént, soit par tout autre motif, le reste.de la^ flotte ne: prit y.^^ ne.pu^t swfis doute prendre aucune part au combat.
. Pour éviter toute coufu&Lon, nous allons donner , dans leur ordre , la liste des vaisseaux français : Le Guerrier^ de 74 canons, capitaine TruUet aine , était en tête de Tàvant-garde.
Venaient ensuite , le Conquérant de 74 9 ca{>i-^ taine Dalbarade. -— l^e Spartiate de 74 , capitaine Bmeriau • — VAquUan de 74^ Thévenar d.
— Le Peuple-Sow^erain de 74 ; Raccord. —^ Le Franklin de 80, capitaine Gillet; Blanquet- Dnchayla, contreramiral, commandant Pavent* garde. —• Z*'Orie/i^ de 130, capitaine Cas»« Qianca ; Qrueys , vice-amiral , commandant en chef. — Le Tonnant de 80 , capitaine Du Petit- Thouars. — ^X'^^r^tt.rde74)CapitaineEtienne.
— Le Mercure de 74 9 capitaine Cambon. -«- Le Guillaume-'Tell de 80 , capitaine Saulnier ; Villeneuve, contre-amiral, commandant TaF*rière-garde. — Le Généreux de 74, capitaine Lejoille. — Le, Timoleon de 74, capitaine Trullet cadets
Les frégates : la Diane de 4o, capitaine Solen;
Decrès^ contre^mîral , commandant Pe^^adre légère» «^-^ La Justice àt^^ ^capitaine Ville-* neuve* «^ L'^rthémi^ de 36 , capitaine Slaûdelet. -^ Ld Sérieuse de 36 , capitaine Martin. Cette dermere était à ravant^gardev^ttafsait partie des neuf vaisseaux qne les Anglais eer^ nerent d^abord^ et attaquèrent avee toutes leurs -foraes^
Plac3e en tête^ ie Guerrier esmya le feu de presque tons les vaisseaux anglais, qui passè-^ Fcaià sa droite et hsa gauche pour aller pren dre posilicm amtoor des nétree» Aiï bout d^une heure de^eombiift ^ la moitié de son équipage aurait été emportée par les boulets , son canon était démonté, ees Boandeuvres se trouvaient hachées, et ses mft^ brisés. Il succomba le pre* BEÔer. Le Conquéramt fSat traité de la même maniera^ et subit ie même sort. La Sérieuse , attaquée paor le XroHath d^nne force double , opposa la plus vigoureuse résistance. Percée de part en pail par les boulets , eUe coula ;
d'Egypte* ^3
itiaÎB coinEiie soBL arrière se trouvait sur uti haut fond y il ne fat point submergé, ei servit de refuge à Téquipage qui continua de se dé-^ fendre dans cette position jusqu^à ce qu^il eût obtenu une c»ipituIatioD« Le capitaine Mattin , aussi généreux qu^iiitrépide 9 se dévoua ponr ses compagnons f en offrant de rester prison--^ nier pourvu qu^on leur laissât la liberté , et qu^on les transportât à terre ; ce qui lut 94^ cepté par les Anglais et exécuté«
La nuit arriva sur ces entrefaites , et son obscurité rendit plus épouvantable le feu de douze cents pièces de canon qui tiraient sans relâcbe.. Lia commotion quelles produisaient agitait la mer comme dans une tempête»
Nos marin$ continuèrent de se battre avec' un acharnement d^autant plus admirable, que chaque vaisseau français manquait de près d^un.tie^ de son équipage, qui malheureuse^ ment se trouvait à terre au moment de Tat^ taque* Us ne poiuvaient espérer de vaincre^)
94 KXFB0IT1ON
à conserver^ et ils s^acquittèrept de ce derciîr dans toute son étendueé
Dès le commencement de Faction ^ Brueys avaitété légèrement blessé. Vers les huit heures du soir, il fût frappé d^un boulet qui lui cassa les reins. On voulut le transporter dans sa chambre pour lui donner des secours ; il s Y opposa. « Un amiral français j dit-il , doit mourir sur son banc de quart, n Quelques instans après iin^existait plus. Heureux de ne pas survivre aux malheurs que son imprudence avait causés !
Casà-Bianca fut blessé grièvement au moment où Tamiral expirait ^ et transporté au poste des blessés. Exaspéré, plutôt qu^abattu par la double perte qu^il venait de faire , Féquipage de /^Orie/»^ redoubla d'efforts et dMntrépidité. Déjà plusieurs vaisseaux ennemis , fortement endommagés , sVtaient vus forcés dVviter ce terrible adversaire. Le Bellérophon vint à son
tour tenter la fortune. En peu d^nstans'les boulets de POrient eurent abattu ses trois inâti et tué plus de la moitié de son équifMkg^ Me^ nacé d^une rumie certaine ^ A se' hiisi de ^é-r loigner ; mais déjà trop lai^fSdté pour pouvoir manœuvrer , ilfuf ^Msnkiépar lèvent sous le feu de notre «rrière-garde , dont il parcourut tout le ifùM. En passant il reçut les bordées du Tonnant , de V Heureux et du Mercure. Près de couler , les cris de son équipage annoncerent qu^il se rendait , et Ton cessa de tirer sur lui. On ne conçoit pas comment Villeneuve fit la faute de ne pas sVn emparer. Toujours dérivant , le Bellérophon dépassa enfin notre ligne et fut sauvé ^
Nos marins déployaient une ardeur toujours croissante, malgré les pertes qu^ib éprouvaient
* Cest ce méine vaisseau qui depuis reçut Napoléou ipiand il se livra aux Auglaîs.
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à chaque instant. Le contra--amiral Ducbayla tomba frappé à la figure par un coup de ini«* traflle , an moment où Pamiral anglais épron* yait le même sort. Se GroyaoL Uessé mortelle»» ment , Nelson invoqua Passistance de son chapelain* « Tirez toujours , âVcriait Pintré*pide Duchayk ^ aveuglé par sa blessure et à qui Ton annonçait qu^il ne lui restait plus que trois pièces d^artiUerie en état de servir) (ifee , notre dernier coup de canon peut être funeste à Pennemi. ■ Le capital ne à&Vjtâquilon^ Thé**- Venard, celui du Tonnani^ du Petit^^Thouars, mutilés par les boulets j ne oesâèrent d^encou*rager leurs équipages : le premier , jusqu^au moment où sa vie sV'chappa avec son sang j le second ) jusqu^à ce qu'un nouveau boulet eût, en le renversant j privé la république d^un de ses plus intrépides défenseurs. Au moment où il fut frappé y il faisait jurer à son équipage de ne pas se rendre et de jeter son corps à la mer si les Anglais venaient à prendre le vais-
d'Egypte. 97
seau à Pabordage. Le Spartiate , le Peuple^ SoMeraxn , combattaient d'une manière non moins héroïque. Les cris vwe la liberté! vive la république ! poussés même par les mourans, réveillaient Fenthousiasme et ranimaient les forces épuisées des marins.
A neuf heures du soir , le feu se manifesta sur V Orient y et eut bientôt fait tant de progrès qu'il devint impossibl de Pételndre. Les marins n'en continuèrent pas moins de tirer sur l'ennemi ; ce ne fut que lorsqu'ils se virent entourés de flammes , qu'ils se décidèrent à abandonner leur vaisseau en se jetant à la mer. Les uns périrent , d'autres furent assez heureux pour gagner la terre à la nage ; d'autres encore furent recueillis par les vaisseaux français et recommencèrent à se battre avec une nouvelle ardeur.
Qui n'a pas admiré le dévouement héroïque du jeune Casa-Bianca ? Son père y blessé griè-* vement ,' n'a pu quitter le vaisseau , et il a
voulu rester pour mourir avec son père. Celuici a employé les prières et Tautorité pater* nelle; rien n^a pu vaincre la résistance du vertueux enfant. Enfin , le malheureux capitaine parvient à placer son fils sur les débris d'un mât qui flottait près du vaisseau , et va prendre place à côté de lui. En ce moment , le feu gagne les poudres ; Y Orient saute avec un fracas épouvantable : Casa-Bianca et son fils sont engloutis par les flots.
L'explosion fut telle, que Français et Anglais furent plongés dans une stupeur qui fit cesser le combat pendant quelques minutes. Le silence qui résulta de ce relâche ne fut d'abord interrompu que par la chute des canons et des débris du vaisseau.
Bientôt le feu recommença de part et d'autre aVec une nouvelle vivacité ; mais le courage devait enfin succomber soas la force. Le Fran- Min^ après avoir perdu les deux tiers de son équipage, se rendit au moment où une mul-
tilude d^ Anglais montaient à Fabordage : le Spartiate et VAqailon avaient déjà cédé à la même nécessité. Le Tonnant alla sVchouer à la côte.
Ces succès donnaient le moyen aux Anglais d^attaquer Parrière-garde qui , jusqu^alors , ne sMtait point trouvée engagée. Le Mercure et V Heureux y échoués dans une position qui ren* dait leurs canons inutiles, furent obligés de se rendre.
Au point du jour, les couleurs nationales brillaient encore sur quelques bâtimens français. Le contre-amiral Villeneuve s^empressa d^appareiller pendant que Fescadre anglaise réparait ses avaries , et il fit voile pour Malte. Les vaisseaux anglais avaient été si maltraités , qu^il ne s^en trouva aucun en état de poursuivre les nôtres. Le Guillaume^-Tell^ le Généreux , la Diane et Isl Justice furent, de toute la flotte française , les seuls qui parvinrent à se sauver;
le resté avait été pris , brûlé ou coulé à fond ,
lOO EXPEDITION
à Pezception du Timoléon et du Tonnant^ sur lesquels le pavillon tricolore flottait encore le lendemain 3 août. Nelson , qui les avait négligés parce quêtant échoués ils ne pouvaient lui échapper ^ songea alors à en prendre possession. Uéquipage du Timoléon avait gagné la terre sur une chaloupe , après avoir mis le feu au vaisseau. Celui do Tonnant , privé de ce moyen de salut , tenta encore de se défendre ; mais enfin il fallut se soumettre à Farrét d^un destin au-dessus des volontés et du pouvoir de rhomme.
Ainsi se termina le combat d^Aboukir.
La nouvelle de cet événement remplit d^une joie immodérée les monarques de ITEurope. Il semblait que toutes les forces de la république eussent péri ds^ns les flots qui avaient englouti ses vaisseaux. Une nouvelle coalition se forma contre la France. La Turquie même , qui jusqu^alors était restée neutre, s'unit à la Russie,
son ennemie naturelle, pour entrer dans la ligue : l^urope entière prit les armes ; mais ce n^était point de la main des étrangers que la république devait recevoir le coup morteL
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