‹ Histoire de l'expédition de Russie (volume 2)Chapitre 113 sur 174 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

che pesante ; son yisage était large , son teint blafard, ses cheveux noirs et lisses, ses yeux gris fauve et recouverts d'un sourcil épais ; il avait de belles dents, et son profil grec , comme celui de la plupart des Corses , ne donnait presque aucune idée de son visage vu de face. Ses regards étaient pénétrans ; ses traits semblaient inmiobiles , son air était taciturne : deux seules passions se peignaient vivement sur son visage , la joie et la colère (a). Il parlait dW ton sec et brusque (6) , par phrases concises et entrecoupées. On apercevait quelquefois dans sa conversation des traces de son origine étrangère , que le tems n'avait point encore effacées. Il portait habituellement Funiforme d'un de& corps de sa garde , et un chapeau à trois cornes ,. bas de forme , tel qu'on les portait avant la ré-^ volution. Sa tournure toute particulière et son chapeau unique dans l'armée le. faisaient reconnaître de très-loin (b)*

(o) La contrariété lui àccasîoiurit de» accès- de colère quelquefois si violens , qu'i) en. perdait momentanément Ip raison* lia )oie se peignait sur son visaig€ par un sourire très-grâcieux.

(b) Lorsque le tems exigeait qu'il portât une redingote sur son habit , c'était toujours une redingote grise. H avait comménlcë à prendre cette habitude, lors de ses première^ campagnes dltfldie.

Napoléon avait réglé les dispositions générales ainsi qu'il suit : la bataille devait commen* cer par un feu violent d'artillerie dirigé contre les redans, le village et la grande batterie. Pen* dant ce tems , Poniatowski devait suivre la vieille route de Smolensk jusqu'à la hauteur desrcdans, et de lày se diriger à gauche au travers du bois, pour tourner l'ennemi. Davout et Ney étaient chargés de l'attaque des redans-v Eugène devait attendre que cette attaque fût commencée pour enlever le village de Boradino , se maintenir dans ce village , et passer ensuite la Kalôtcha avec la plus grande partie de ses forces , afin d'attaquer la grande batterie. Des quatre corps de cavalerie , celui de Grouchy suivait les mouvemens d'Eugène v celui de Nansouty ceux de Davout , celui de Latour-Maubourg çcu^'de Ney^> et Montbnm devait prendre position le long du ravin qui se rend du bois à la Kalotdia^ la droite devant Séménowska. Ces corps devaient recevoir des ordres ultérieurs y selon les circonstances. La garde restait en réserve derrière le centre-

L'on voit que Napoléon refusait entièrement son aile gauche , et n'attaquait que la partie de la position de Kutusof , comprise entre Bqrodino et le bois ; mais c'était surtout sur les points

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OÙ se trouvaient les trois redans qu'il dirigeait ses principaux efforts ; il espérait s'en emparer rapidement , culbuter les troupes qui les défendaient , et les repousser jusqu'à la grande route ayant que celles qui occupaient le reste de la position eussent pu effectuer leur retraite. Ainsi une partie de l'armëe de Kutusof , renfermée dans l'angle formé par la Kalotcha et la Moskwa , aurait été contrainte de mettre bas les armes. Ce plan était bien conçu et offrait de grandes ichances de succès , puisque les corps de l'armée de Kutusof qui se trouvaient à droite de la route de Moskou ne> pouvaient entrer en action au commencemehjt de la bataille. Napoléon pouvait donc enlever le point décisif, tailler en pièces ou mettre en déroute les troupes qui le défendaient, décider enfin le sort de la journée avant que lé général russe eût pu uti- User ces corps. Au point du jour, Napoléon fat inçtmit que l'ennemi avait conservé ses posi-* lions; -ainsi l'on allait eniG[ju en venir aux mdoas. Oh lut dans chaque corps la ^proclamation dis^ tribuée lia veille; elle était conçue en cester^ mes'^a): i

(a) Napolëon avmt enwf ë sa prockmatîon aux oommandans de corps d'armée ; ceux-ci en avaient fait faire des copies pour les chefs de rëgimens , qui en firent faire des copies pour

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ajouter les dix mille hommes de milice de Mos-t kou. Je ne parle point des troupes irrégulières , qui sont de peu d^utilité un )Our de bataille (à). Indépendamment de l'avantage du nombre , Napoléon avait une supériorité incontestable en grosse cavalerie:; son ^fanterie était composée de soldats i éprouvés par la guerre^ les fatigues, les privations , tandis que celle de son adversaire contenait \m grand nombre de re^ crues. X'armée française comptait cinq cent ' quatre - vingt - jSjépt bouches à feù , v celle des Russes plus de six^^cents (6). .

(a) Les corps.qpi f^mppsai^t Yarça^e de Napol^oo-, avaieiU| compte deux cent qùatre-.vingt raille hommes au commencernent des hostilités. Bi Ion en retranene trente-cinq miUe, fditee qu'âvaîèht^ëéJ âr«efté épd^é^és'^êMéiàrîé Pmo,'lial* borde, Dombrowski et Doum^rc^.^ctueUe^eBit dëtachtoy U en résistera que ces cprps avaie^it ger^U cent yingt-<;ioiq mille hommes depuis cette ëpoque, quoiqu'une partie des tjroupes <Juî les compdsaiétit n'eût pias èncoi^ecDinbâtlu.li^armëe russe n'étfdfi diinintiëeqQa de quaranie^liuit mille six cents hbmnie^ depuis le comp^^cemçnt des hpstitil^s ,. puisque les CQf;ps qi|i la composaient n'avaient .compté alors que cent cihquantehùit mille six cents hommes; mafs elle avait reçu de nom^ breu^ renfort^ , tandis que ceux dirigés sur l'armée de Napo^ lépn,; n'avaient pu l'atteindre à camuse de la rapidité de sa marche. ... ;.

(^) Aucune armée n'avait jusqu'alors, proportion gardée du nombre de ses combattans, traîné une aussi grande quantitt d'artillerie.

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