LIVRE II. Sol
La bataille commença tout à coup , vers les six heures du matin , par une canonnade terrible qui s^engagea d'abord près du bois , entre Fartillerie des trois redans et celle qui lui était opposée ; puis, immédiatement après , à la gauche , et enfin au centre. Pendant ce tems, les troupes marchaient pour exécuter ce qui avait été ordonné. Davout , ayant laissé Friant en réserve , s'avança à la rencontre des Russes avec les divisions Dessaix et Compans ; la première , suivait le bord du bois , la deuxième marchait dans rintérieur. Cette marche n'offrait point de difficultés , parce que le bois est d'abord trèsclair, et qu'à la hauteur des redans ce ne sont pour ainsi dire que des broussailles (a). Bientôt il s'engagea un feu très-vif de mousqueterie , pendant lequel un régiment de la division Compans se précipita sur le redan le plus rapproché du bois, et l'enleva ; mais il ne put s'y maintenir. Ney s'avançait alors suivi de Junot ; aussi-
(a) Toutes les fois qu'une division marche , elle est suivie de son artillerie , quand il y a possibilité ; cette artillerie se trouve placée tantôt à droite , tantôt à gauche ; quelquefois elle est distribuée entre les brigades ; enfin le lieutenant-général la place selon les circonstances. Dans le cas particulier oii l'on se trouvait, Fartillerie de Dessaix, ne pouvant le suivre dans le bois , était réunie à c^e de Compans , sur la gauche de ce général.
3o2 EXPÉDITION DE RUSSIE.
tôt en présence, il attaqae les trois redans, et, secondé par la division Compans , il s'en empare ; Bagration , qui parvint à les reprendre en faisant soutenir son infanterie par une charge de cuirassiers ^ ne les conserva qu'un moment ; une brigade du corps de Nansouty repoussa les cuirassiers ; Ney s'empara de nouveau des redans , et , appuyant à gauche , se disposa à attaquer le village de Séménowska , qu'il avait débordé, tandis que Compans et Des^ saix gagnaient du terrain sur sa droite é
Murât , dont la cavalerie était dispersée sur toute la ligne , assista de sa personne à l'attaque des redans. Jusqu'à ce moment , le plan de Napoléon recevait son exécution , quoique lentement , et malgré la résistance opiniâtre de l'ennemi : il était alors huit heures du matin.
Eugène , après s'être emparé du village de Borodino , malgré la résistance opiniâtre des chasseurs de la garde russe , se contentait d'occuper ce village ^ et passait sur la rive droite de la Kalotcha avec la plus grande partie de ses forces (à).
(a) Eugène passa sur dçs ponts, qui avaient été construits au-dessus de Borodino. U ne laissa sur la rive gauche de ce ruisseau qu'une division d'infanterie et sa cavalerie légère.