‹ Histoire de l'expédition de Russie (volume 2)Chapitre 123 sur 174 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

puis plusieurs jours, passèrent au bivouac une nuit cruelle , sans feu , au milieu des morts , des mourans, des blessés. Au point du jour, Ton s'aperçut que les Russes avaient exécuté leur re^ traite* Peu de batailles gagnées ont produit sur Fesprit des troupes un effet aussi extraordinaire ; elles semblaient frappées de stupeur. Après avoir enduré tant de maux, de privations, de fatigues pour forcer l'ennemi à en venir à une bataille ; après avoir combattu avec tant de valeur , elles n'apercevaient pour résultat qu'un massacre épouvantable , Faccroissement de leurs misères , et plus d'incertitude que jamais relativement à la durée et au sort de la guerre.

Napoléon , ayant réuni sous le commandement de Murât les quatre corps des réserves de cavalerie , et la division Dufour (a) , du corps de Davout , lui ordonna de se mettre à la poursuite des Russes. Mortier et Davout le suivaient immédiatement. Poniato wski continua, à marcher sur la droite de là grande route de Moskou. Eugène , afin de marcher sur la gauche ,

(a) Ce général avait remplacé le général de division Fiiant^ blessé à la bataille de la Moskwa.

passa la Moskwa , un peu au dessous de son confluent avec la Kalotcha, et se dirigea sur Ruza. Ney et Junot restaient'jusqu'à nouvel ordre sur le champ de bataille (a).

Napoléon était dans l'intention d'établir son quartier général , le jour même, à Mojaïsk; il avait ordonné à ses équipages de s'y rendre, à Murât de s'établir deux lieues au-delà. Ses intentions ne purent être remplies ; un combat assez vif s'engagea entre Murât et Platof , qui couvrait cette ville avec l'arrière-garde russe. Murât ne put l'occuper, et les équipages de Napoléon , parvenus trop près des avant-postes, furent obligés de rétrograder. Cet événement, peu important en apparence, eut une grande influence sur la suite des opérations.

Napoléon, suivant son usage d'exagérer ses succès , annonça la victoire qu'il venait de remporter comme décisive ; selon le dix-huitième bulletin , qui en rendait compte , l'ennemi avait perdu quarante ou cinquante mille hommes; les Français dix mille seulement. Les Russes avaient adopté un système de déception plus

(a) Ce général venait d'être rejoint pjir la division Kno, qu'on avait détachée de son corpsàSmolensk , pour Toppoeer à Wintzingerode.

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