LIVRE IL
Tîapoléon fit retourner plusieurs cadavres par des officiers de sa suite pour examiner de quels coups ils avaient ëté frappes ; presque tous l'avaient été par le boulet. Il revint à son quartiergénéral , qui était encore en arrière de la redoute enlevée le 5 , et vers les quatre heures de Faprès-midi il se mit en marche pour se rapprocher de son avant-garde. Peu avant son départ, un cri se fit entendre : Aïkv armes/ ooilà les Kosaqxus ! On fut bientôt prêt à les recevoir, mais ilâ neparurent point ; des f ourrageurs qu'ils avaient poursuivis , et qui étaient revenus bride abattue , avaient causé cette alerte. Napoléon , depuis le départ de Smolensk , était en garde contre ces sortes de surprises; il ne marchait qu'escorté par un nombreux détachement de cavalerie de sa garde ; son quartier- général était toujours entouré par les grenadiers et chasseurs à pied de cette garde , et lorsqu'il était obligé de s'établir en plein champ , ces deux régimens formaient un carré , au milieu duquel on dressait ses tentes. Le 9 , l'avant-garde française s'empara de Mojaïsk, à la suite d'un combat de cavalerie , et Napoléon y transporta aussitôt son quartier-générale Cette ville , abandonnée par ses habitans , comme toutes celles dont on s'était emparé depuis le départ de Smo-
lensk , n'avait éprouvé que quelques incendies partiels : plus de dix mille blessés , que les Russes n'avaient point eu le tems d'évacuer , remplissaient les maisons , les églises, et étaient entassés sur la place qui se trouve au milieu de la ville. L'horreur de ce spectacle fut encore augmentée par la nécessité de chasser les blessés russes des maisons et des églises , pour y placer les blessés français , qui arrivèrent en foule aussitôt que la ville'fut tombée en notre pouvoir. Cependant le revers de Borodino avait eu sur l'armée russe un résultat plus funeste que l'apparence n'aurait dû le faire craindre. La retraite effectuée sur une seule route, pendant une seule nuit , immédiatement après une bataille aussi terrible , mit l'infanterie dans un tel desordre , qu'elle ne formait plus qu'une masse confuse incapable de combattre. La bonne contenance de l'arrière-garde , et la résistance qu'elle opposa avant que d'abandonner Mojaïsk , ne permirent pas à Napoléon de soupçonner la vérité ; il en aurait été instruit par les rapports d'un grand nombre de prisonniers qui seraient tombés en son pouvoir s'il se fût emparé de Mojaïsk le 8 au soir (a).
(a) Kutusof , ayant pu disposer de la nuit du 8 au 9 , et d«