LIVRE IL 33f
entre Ruza et Swenigorod ; Ney sur la route de Moskou , au-delà de Mojaïsk ; Davout et Mortier entre Ney et Fayant-garde ; Junot était encore sur le champ de bataille.
Le sort des blessés , si cruel pendant cette campagne , le devint encore plus après la bataille de la Moskwa ; ce fut une suite naturelle de leur nombre et de la dévastation du pays.
Ceux qui en eurent la force , se rendirent à pied à Fabbaye de Kolotzkoi ; d'autres y furent transportés sur des voitures de cantinières et de vi-^ vres ; il y en eut beaucoup qui suivirent leur» corps jusqu'à Mojaïsk, où ils restèrent; enfin ^ le peu de maisons conservées dans les villages qui avoisinaient le champ de bataille, en fiit rempli. Transport^, vhrres, linges, médica-* mens , la paille même , tout manquait à la fois. Plusieurs jours s'étaient écoulés, et l'on trouvait encore dans les lieux voisins du champ de bataille des blessés auxquels onn'avait pu ddn*^ ner aucun secours; ils expiraient victimes de la faim plutôt encore que de leurâ blessures; la mort les atteignait trop lentement au gré de leurs désirs ; ils enviaient le sort de ceux qu'elle avait frappés d'un seul trait (lo).
Si tel fut le sort des blessés français , on
peut se faire une idée de celui qui fut réservé aux blessés russes.
Avant que de reprendre le fil des opérations , il est indispensable de jeter un coup d'œil sur Veff et que Fapproche de Napoléon produisait à Moskou et sur les mesures qu'y prenait Tautorité.
Quelques mois avant le commencement des hostilités , Alexandre avait remplacé le gouverneur de Moskou , vieillard infirme et peu actif, par le comte Rostopchin , homme d'un caractère violent , qui passait pour avoir de la fermeté et de la résolution , et qui était connu par sa haine contre les révolutionnaires français et contre Napoléon (a). Vers la fin de mai, un Hollandais, nommé Smid, se présenta chez le prince Bagration , assurant qu'il possédait un secret pour détruire l'armée française. Bagration envoya Smid à Pétersbourg, ou il fut sans doute jugé favorablement, puisqu'on l'adressa à Rostopchin , qui devait lui donner les moyensi de mettre à exécution son secret. Smid arriva à Moskou dans le courant de juillet ; Rostop-
(a) Hostopclii]^ avait manifeste ses sentimens dans une bro* ebure ëcrite dans le style populaire , et qu'il avait publiée en 1807 ; il la fit réimprimer en 181 3, lorsque les hostilités com* niencèrent. *