LIVRE IL
La position des étrangers devint dès lors très-dangereuse , parce qu'ils furept en quelque sorte désignés à la haine du peuple ; aussi ne put-on plus, sans s'exposer (i i), parler en public une langue étrangère. Le directeur de la poste aux lettres (a) fut arrêté , et envoyé en Sibérie pour avoir , par négligence , laissé traduire , d'une gazette allemande , la proclamamation de Napoléon. Le traducteur , fils d'un riche marchand , fut emprisonné ; un article inséré dans la gazette le représentait comme un traître , et annonçait qu'il serait puni exemplairement. Ces mesures n'atteignirent point la noblesse ; elle put librement quitter Moskou ^ soit que Rostopchin n'eût pas assez de pouvoir pour l'en empêcher , soit qu'il ne crût pas que son départ produisît une grande impression ^ parce qu'elle n'habitait Moskou qu'une partie de l'année : peut-être aussi trouva-t-il avantageux d'être débarrassé de cette foule de domestiques esclaves qu'elle traînait à sa suite , et qui lui inspiraient des craintes.
des mesures très-rigoureuses contre les Français de la colonie^ parce qu'il s'en trouvait parmi eux de suspects. H s'y refusa , disant qu'il était du devoir de la police de les surveiller.
(a) En Russie , tous les emplois civils sont assimilés pour le rang à des emplois militaires. Le directeur de la poste aux lettri^s de Moskou avait rang d'officier-géaéial.
Les proclamations et les mesures de rigueur de Rostopchin n^avaient jamais trompe ni rassuré entièrement les habitans de Moskou. Là prise de Smolensk et Fincendie de cette ville , dont on accusait Napoléon , les avaient vivement affectés , moins encore à cause de Pimportance de Smolensk que par la crainte de voir ce conquérant se diriger sur leur ville. Bientôt ils avaient appris que Dorogobuj et Wiazma étaient tombés en son pouvoir , et la rapidité de sa marche le lui montrant déjà à leurs portes , ils avaient conçu de vives alarmes* Le remplacement de Barklay par Kutusof , qui possédait leur confiance , ranima leurs espé-* rances ; ils savaient que , cessant de rétrograder , on allait en venir aux mains , jiniquement pour sauver Moskou. Ils attendirent leur sort du résultat de la bataille qui allait se livrer. Les nouvelles mensongères répandues par Kutusof et Rostopchin , relativement au gain de cette bataille , n'excitèrent qu'une joie momentanée. La ' vérité sur un événement arrivé à si peu de distance fut bientôt connue , et produisit parmi les habitans une consternation générale (o).
(ayOn assure que Kutusof, mstruit des préparatifs de Ros* l^hiU; pour livrer Moskou aux flammes, en cas que Napo-»