‹ Histoire de l'expédition de Russie (volume 2)Chapitre 130 sur 174 · LIVRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IL

Nous avons vu que Kutusof avait effectué sa retraite dans la nuit qui suivit la bataille de la Moskwa ; que cette retraite avait mis son infanterie dans le plus grand désordre ; que néanmoins il avait été assez heureux pour conserver Mojaïsk jusqu'au 9 au matin , ce qui lui avait permis de n'y abandonner que des blessés ; qu'il dut probablement à cette circonstance que son adversaire ne fut instruit ni du déplorable état de son armée , ni de la véritable direction de sa retraite.

Depuis Mojaïsk , Kutusof, après avoir ôté le commandement de son arrière-garde à Platof pourleconfieràMiloradowitz,seretirasurMoskou , apportant tous ses soins à rétablir l'ordre dans son infanterie, et à luirendjre une confiance qui devait être ébranlée par le revers de Bo-

léon pénétrât jusqu'à cette capitale , craignit que ce gouverneur ne mît son projet à éxecution avant qu'il n'eût effectue sa retraite , ce qui aurait pu lui devenir très-funeste ; il chercha donc à lui donner des espérances qu'il n'avait pas lui-r même. Il poussa la dissimulation jusqu'à écrire à sa fille, qui habitait Moskou , qu'elle pouvait être tranquille j qu'il livrerait une seconde bataille , s'il était nécessaire , pour défendre cette * . capitale , et qu'il avait l'espoir le mieux fondé d*obtenir la victoire. Rostopchin, trompé ou feignant de l'être, publia plusieurs proclamations pour rassurer les habitans de Moskou ; mais elles ne produisirent que peu d'effet, par les raisons que je viens de développer.

rodino. La lenteur que mit Napoléon dans sa poursuite , et la bonne contenance de Miloradowitz , qui remporta quelque avantage dans un combat contre Murât , lui permirent d'atteindre ce résultat. Le 1 2 , il s'arrêta à trois lieues de Moskou , dans un endroit où il avait fait commencer des retranchemens. Son armée ne comptait plus qu'environ cinquante mille hommes de troupes régulières (a) ; mais l'ordre y était entièrement rétabli. Le but de ces retranchemens était de persuader à Napoléon qu'il serait obligé de livrer une nouvelle bataille pour pénétrer jusqu'à Moskou ; l'on espérait que cette crainte l'engagerait à effectuer enfin sa retraite ; dans le cas contraire ^ Kutusof , convaincu qu'il ne pouvait en venir aux mains avec quelque chance de succès (6) , était décidé à abandonner Moskou. Néanmoins , afin de ne pas supporter seul la responsabilité d'une mesure dictée par l'impérieuse nécessité , mai»

{a) Une armée battue, ne se trouve pas seulement diminuée du nombre d'iiommes tués et blesses^ mais encore du nombre d'bommes démontes , et de ceux qui se sont débandés.

(b) En supposant même que Kutusofeûtea quelques cbancei de lucccS; il se serait exposé à perdre presque toute son armée s'il eût essuyé un revers si près de Moskou , parce que le soldat russe, qui est passionné pour les liqueurs, se serait ré* pandu dans les maisons abandonnées pour y boire et j piUer.

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