LIVRE IL 34f
venir se présenta dans toute son horreur, et ce qui restait d^habitans se décida à fuir , convaincu que la ruine de Moskou était assurée , soit qu'elle tombât au pouvoir de Napoléon , soit que les Russes Fincendiassent pour priver ce conquérant des ressources et des richesses qu'elle contenait (a). Toutefois la nécessité retint des individus des dernières classes de la société , et il resta quelques domestiques dans la plupart des palais , des hôtels et des maisons les plus considérables. Il y eut aussi quelques marchands étrangers qui prirentlamême résolution , ne pouvant se décider à abandonner tout ce qu'ils possédaient, ni se persuader que les Russes Youlussent faire un aussi grand sacrifice , ou que Napoléon se conduisît avec tant de barbarie.
Moskou fut alors livré à une confusion et à un désordre extrême ; des groupes de gens du peuple , auxquels on avait distribué de vieilles armes , et qui croyaient , dans leur simplicité , que le gouverneur allait se mettre à leui: tête pour marcher à la rencontre de l'ennemi , parcouraient la ville, pillant les marchands
, {a) On leur avait persuadé que Napoléon avait détruit toutes les \illes dont il s'était emparé depuis Smolensk , et qu'il réservait à Moskou le même sort.
d'eau-de-vie , maltraitant les étrangers (û). Une foule de traîneurs , de soldats blesses , d'habitans qui fuyaient, (6) remplissaient les rues ; celles qui se trouvaient dans la direction de la retraite de Kutusof étaient en outre couvertes de troupes de différentes armes, d'artillerie , de bagages, qui effectuaient leur retraite. La crainte était le seul sentiment qui dirigeât les habitans , la seule puissance qui exerçât une ininfluence ; elle avait remplacé celle des lois et des magistrats.
Rostopchin, aussitôt après son entrevue avec Kutusof, fit distribuer à des soldats de police les matières incendiaires qu'il avait fait préparer. Ils reçurent l'ordre de rester déguisés dans Moskou pour livrer cette ville aux flammes aussitôt qu'elle serait tombée au pouvoir des Français. La présence des habitans aurait ap-
(a) Le peuple moskowite est naturellement doux et difficile à émouvoir -y néanmoins , excité en quelque sorte par Pautorité , il se porta , peu avant l'arrivée des Français, à quelques «xcès. n maltraita en plein jour , au milieu des rues, un assez grand nom]>rc d'étrangers ; quelques-uns même en moururent ', mais par un hasard singulier , aucuns de ces derniers nY'taicnt Français.
(ù) La location d*un cheval et d'une petite Toiture de paysan coûtaient six fois plus que n'en aurait coûté l'acquisition quelques mois auparavant.