LIVRE H
porté des ob^acles invincibles à l'exécution de CQt ordre; leur fuite la rendait facile. Dans le même tems y il faisait évacuer les pompes y et donner la liberté à ceux des forçats que Ton n'avait point eu le tems de faire partir. On assure que ce fut à condition qu'ils concourraient à rincendie de M oskou.
I-<e 14» à environ neuf heures et demie du matin, Kutusof traversa Moskou de sa personne ; Rostopchin était encore dans son hôtel y mais préparé à partir avec une escorte de soldats de police qui l'attendaient. Une foule de gens du peuple , en partie armés , s'étaient rassemblés à sa porte ; les uns , pour le sommer de se mettre à leur tête , d'autres y pour apprendre leur sort. Au moment de partir , il fit amener deux prisonniers : le premier élait ce jeune Russe, coupable , selon lui , de trahison ; selon l'opinion la plus généralement répandue , de légèreté et d'inconséquence ; le second , un Français (o) accusé d'avoir tenu des propos répréhensibles. Il signala le premier au peuple comme un traître, et, le lui ayant livré , il fut mis en pièces (6). Il réprimanda le second , et lui donna
(a) H s'appellait Mouton , et enseignait les armes. {b) Ce jeune homme s'appelait Vériscbadin , et était fils d'un riche marchand ; Tou assura que ce furent des dragons de po-
la liberté ; c'était en quelque sorte l'envoyer à la mort; néanmoins, contre les apparences, il se sauva. Immédiatement après que le sort de ces malheureux eut été décidé, Rostopchin partit et rejoignit Kutusof.
Cependant si l'armée de Kutusof avait essuyé de grandes pertes , et si le désordre régnait dans son infanterie , la situation de l'armée de Napoléon n'était pas beaucoup meilleure ; le soldat y était dans un état d'épuisement , suite naturelle de la continuité des marches , des fatigues et des privations les plus dures. Le pain , l'eau-de-vie , si nécessaire aux troupes qui bivouaquent y manquaient presque généralement ; dans quelques régimens même il avait fallu que la chair des chevaux suppléât à celle des bestiaux. La chaussure était en si mauvais état qu'il devenait indispensable de la réparer. Les chevaux de la cavalerie , de l'artillerie et des bagages étaient épuisés. Un grand nombre de blessés et de malades marchaient à la suite des régimens , et ajoutaient à la difficulté de notre situation. Dans cet état de choses , le mal présent et le sentiment de sa propre conservation ayant détruit momentanément la répugnance
lice, de Tescorte de Rostopchin , qui lui portèrent les premiers coups.