LIVRE II
qu'on avait eue à s'enfoncer dans ces pays lointains , on désirait ardemment d'arriver à Moskou , seul endroit où l'on pût trouver les secours dont on avait besoin. Il semblait plus dangereux de se retirer dans l'état de dénuement où l'on se trouvait que de pousser jusqu'à cette capitale , ne dût-on la conserver que quelques jours. L'on ne se dissimulait pas la difficulté du retour , mais l'on ne voyait que le mal présent , et l'on aimait à se flatter que les Russes , effrayés de la perte de leur capitale , demanderaient la paix y et recevraient la loi du vainqueur.
Napoléon , obligé de se décider sans délai à pousser jusqu'à Moskou , ou à se retirer , prit le premier parti. Il ordonna donc à Murât (12 septembre ) de recommencer à se porter en avant ; . à Mortier , Davout , Ney et à sa garde de suivre ce mouvement , en conservant l'ordre dans lequel je les ai nommés. Eugène se dirigea sur Moskou , en passant par S wenigorod et Spaskoe , où l'on pouvait alors traverser la Moskwa à gué ; Poniatowski sur Burtzowo , pour y prendre la route de Kaluga à Moskou , qui passe par ce village. Junot vint établir son quartier général à Mojaïsk.
Napoléon , entièrement guéri de son rhume ,
quitta Mojaïsk dans raprès-midi du 12 , et transporta , le jour même , son quartier général à Tatarki, petit village situé environ à moitié chemin de Mojaïsk à Moskou ; il était persuadé que Tannée russe se retirait sur cette capitale , sans pourtant en avoir une certitude entière ; mais il espérait que le mouvement général qu41 faisait exécuter , et les rapports des reconnaissances qu^il avait fait pousser au loin sur sa droite j ne lui laisseraient bientôt plus de doute à cet égard. Le 1 3 au matin , il arrêta tout à coup la marche des corps d^armée qui suivaient la route de Moskou. Son avant-garde n^ayant rencontré la veille que de ]a cavalerie , il commença à craindre sérieusement que Kutusof ne se fût placé sur sa droite , dans la direction de Kaluga , ou qu^il ne se dirigeât sur ses communications. Ainsi , cinq jours après la bataille de la Moskwa, ayant déjà repoussé Fennemi jusqu^à dix-sept lieues du champ de bataille 9 il ignorait encore quelle était la direction de sa retraite. Ce fait paraît si extraordinaire qu'on seraittenté de le révoquer en doute, si l'on n'en trouvait la preuve dans les ordres que Napoléon adressa alors à ses généraux. Vers les dix heures du matin , ayant enfin acquis la certitude que l'armée russe était devant lui et