LIVRE IL
couvrait Moskou, il ordonna aux corps qu'il avait arrêtés de se remettre en marche, et le jour même son avant-garde n'ayant éprouvé aucune résistance , pénétra jusqu'à trois lieues de Moskou , dans ce lieu où Kutusof avait fait cornm^icer des retranchemens. Le 1 4 9 le mouvement de l'armée continua , et dans le même ordre que les jours précédens. Murât, n'ayant presque point éprouvé de résistance, couronna à une heure la butte des Moineaux , d'où l'on découvre Moskou ( 1 2) à une demî-lieue devant soi.
Cette immense capitale , bâtie sur un terrain inégal , est traversée par la Moskwa ; les édifices publics , les palais , et surtout les églises avec leurs dômes de différentes couleurs , mêlés partout à la verdure des arbres , lui donnaient un aspect magnifique et des plus remarquables ; sa vue causa des transports de joie ; c'était celle que font éclater les marins en arrivant au port après un long et périlleux voyage. Une nombreuse cavalerie semblait vouloir en disputer l'entrée , lorsque Miloradovritz envoya proposer à Murat une suspension d'armes ; le prétexte était le désir que l'on épargnât Moskou, le but réel de gagner quelques heures pour en faire partir un grand nombre de traîneurs qui y étaient res-
tés , et de sauver des convois que l'avant-garde française aurait pu atteindre. Cette suspension devait aussi servir à dégager la cavalerie russe , dont la retraite au travers de Moskou n'aurait pu s'effectuer sans perte. Murât , pénétré de l'importance de cette ville , gage de la paix future , et la seule ressource de l'armée , accepta sans hésiter. Il suivit donc l'arrièrç-garde russe , qui se retirait lentement pour gagner du tems (a).
Après avoir traversé le faubourg de Smolensk, on trouve la Moskwa , qui borde la ville de ce côté , et sur laquelle était un pont en bois que les Russes avaient coupé. Murât fut obligé de la traverser à gué ; il était alors trois heures de l'après-midi ; sa troupe marchait en bon ordre 9 et il lui avait défendu j sous les peines les plus sévères, de se livrer au pillage. Napoléon arriva sur ces entrefaites ; la joie se peignait sur son visage , parce qu'il ne doutait pas que l'occupation de Moskou ne fût suivie d'une paix selon ses désirs.
Tout était préparé pour l'occupation de cette capitale ; Mortier devait en être le gouverneur , Durosnel le commandant, et Lesseps était des-
(o) Murât n'avait d'autre infanterie que la division Dufour, qui , comme nous l'avons dit , avait été mise sous ses ordres le lendemain de la bataille de la Moskwa.