LIVRE IL
tX établit ensuite son quartier général dans une des maisons du faubourg.
Jusqu^à la nuit on maintint Tordre parmi les troupes; plus tard, cela devint impossible. On ne put empêcher des hommes exténués de besoin de se procurer des secours qu^ils avaient sous la main ; les officiers même donnaient Fexempie de la désobéissance. Une foule de militaires se répandirent donc dans Moskou pour y chercher des alimens , et, trouvant les maisons abandonnées , beaucoup se livrèrent au pillage ; ils rencontraient souvent des traîneurs russes , que Fappât des liqueurs et du butin avait retenus en grand nombre. Ces rencontres occa* sionaient quelquefois des fusillades, mais de courte durée , car ni les uns ni les autres n'avaient pour but de combattre (a).
Tandis que Moskou subissait ainsi les conséquences de la fuite de ses magistrats et de ses habitans , des incendies éclataient sur différens points. Le feu se manifesta, vers la chute du Jour, d'abord au Bazar et à la Bourse, bientôt après à la Banque , et dans d'autres lieux encore. On essaya de l'éteindre , mais le manque
(a) Le lendemain , on fit fouiller la ville par des patrouilles ^ et Ton y fit prisonnier^'au delà de six mille hommes. u ai
de pompes empêcha d'y parvenir. Napoléon crut que ces incendies résultaient d'accidens qu'on ne pouvait entièrement prévenir dans une ville presque déserte , et il n'y fit que peu d'attention. Le i5, dès le matin, il se rendit au Kremlin , et s'y établit avec sa suite dans le palais des czars. L'infanterie de la vieille garde faisait le service près de sa personne , et dans le Kremlin. Murât s'avança sur la route de Riazan, par laquelle on supposait que Kutusof s'était retiré, car Napoléon n'en avait point la certitude. Poniatowski le rejoignit, et fut mis sous ses ordres pour appuyer ses opérations.
Eugène s'établit dans la partie de la ville qui avoisine la route de Pétersbourg. Davout et Ney conservèrent leur position.
Cependant les incendies se multipliaient avec une si étonnante rapidité, qu'il n'était plus possible de les considérer comme des accidens ordinaires ; leur véritable cause fut bientôt connue. Des incendiaires furent pris en flagrant délit ; plusieurs furent tués sur la place , d'autres livrés à une commission militaire que Napoléon institua pour les juger. Ils dirent qu'ils n'avaient agi que par les ordres de Rostopchin , furent condaninés à être fusillés et exécutés sur-le-champ. Leurs cadavres, exposés dans les