LIVRE IL
chands étrangers furent moins à plaindre ; ils trouvèrent presque tous asile et protection près de généraux ou de simples officiers.
De tous les spectacles qu^of frit le désastre de Moskou , le plus horrible fut celui de l'incendie des hôpitaux russes ; il n'y était resté que des militaires grièvement blessés , tous ceux qui avaient pu marcher ayant fui à l'approche de l'armée française. Aussitôt que la flamme eut atteint les bâtimens où ils étaient entassés , on les vit se traîner le long des escaliers* ou se précipiter par les fenêtres en poussant des cris douloureux ; ces malheureux ne prolongeaient ainsi leur existence que de quelques instans ; ils succombaient bientôt écrasés dans leur chute , ou victimes de la faim et du manque de secours. Plus de dix mille blessés périrent ain^i.
Pendant les journées des 16, 17 et 18, l'incendie continua ses ravages avec la même violence; il diminua le 19, s'arrêta le 20, et depuis il ne se déclara que des incendies purement accidentels. Le Kremlin , préservé par son enceinte et par la précaution de n'y laisse^ pénétrer que des militaires , était resté intact.
objets de consommations. Cette pièce est de première nécessite ; aussi la plus chëtive chaumière a-t-elle une cave.
36o EXPÉDITION DE RUSSIE.
Les autres quartiers conservés étaient une partie de celui où habitaient les marchands étran* gers (fit) , ainsi que plusieurs faubourgs et parties de la ville qui les avoisinaient. Dans quelques endroits, le feu s^était arrêté faute d'alimens , presque partout par suite de la surveillance qu'exerçaient les habitans restés dans leurs maisons, et surtout les militaires qui occupaient celles qui étaient abandonnées (6). La pluie abondante qui tomba alors contribua aussi à arrêter ce fléau* Les neuf dixièmes des maisons de Moskou et plus de la moitié des églises avaient été la proie des flammes.
Dans la partie détruite , la terre était couverte de cendres , de tas de briques , de feuilles de tôles (c) , de débris fumans et de cadavres d^hommes et d^animaux défigurés par le feu ; il ne restait debout que quelques églises , des
(a) Un assez grand nombre d'entre eux étaient, ainsi que je l'ai dit, restés dans leurs maisons, et ils y avaient attirés des militaires pour se mettre sous leur protection.
{b) Les militaires , furieux des déplacemens continuels auxquels ils étaient exposés , ne permettaient plus aux habitans d'approcher des maisons qu'ils occupaient, et tuaient sans pitié ceux sur lesquels ils trouvaient des matières incendiaires.
(c) Beaucoup de maisons de Moskou étaient couvertes en tôle.