‹ Histoire de l'expédition de Russie (volume 2)Chapitre 140 sur 174 · LIVRE II. 36i · texte numérisé non relu

LIVRE II. 36i

pans de murailles, des débris de péristyles , des arbres à demi consumés , et un grand nombre de cheminées qui , d^une certaine distance , semblaient é^re de hautes colonnes isolées (a). Tel fut le sort de Moskou! après avoir essuyé d'affreuses calamités par les guerres civiles et les invasions des Tatars et des Polonais , elle éprouva un sort non moins affreux dans cette guerre contre la nation la plus civilisée de FEu rope. L'état et les particuliers firent des pertes énormes ; la plus sensible et la plus difficilement réparable fut celle d'un grand nombre de fabriques et de manufactures ; quelquesunes étaient les seules de leur espèce qui fussent dans l'empire.

Entraîné par l'intérêt du sujet , je suis entré , en ce qui a rapport à la prise et à Fincendie de Moskou , dans plus de détails que ne le comportait le plan que je me suis tracé , et pourtant je n'ai point encore fait connaître les motifs qui avaient déterminé la conduite que tînt Rostopchin. A défaut de certitude , je vais

(a) A Moskou , les maisons un peu grandes ont pluâeurs poêles, mais une seule cheminée, qui est verticale, bâtie en brique , et. très-solidement. Le poêle principal est placé sous cette cheminée -, les autres poêles communiquent avec elle an moyen de tuyaux de terre cuite.

grands sacrifices (i6) : il fut contraint de condescendre à ses désirs en plusieurs points. J'ignore quelle part elle eut dans la nomination de Rostopchin à l'emploi de gouverneur de Moskou , mais ce fut par son influence qu'Alexandre f contre son opinion personnelle , nomma Kutusof généralissime. Après la bataille de la Moskwa , la position des Russes devint si critique , et les événemens se précipitèrent avec tant de rapidité, que Kutusof et Rostopchin n'eurent pas même le tems de consulter Alexandre ; ils furent contraints de se décider d'eux'-mémes , ne prenant, conseil que des circonstances. Lorsque Rc»si:opchin connut le résultat de la bataille de la Moskwa , il se mit en mesure de pouvoir incendier Moskou ^ en cas que cette capitale tombât au pouvoir de Napoléon {a) , et pourtant il ne désespérait point encore de son salut. Bagration (6), avec lequel il était uni par les liens de l'amitié , pen-

(a) Le bruit de cette résolution transpira^ mais rien d'officiel à ce sujet ne fut communiqué ; il est seulement probable que Rostopcbin confia son projet et fit part de ses préparatifs à quelques personnes qui étaient dans son intimité.

{b) Bagration , après avoir été blessé à la bataille de la Moskwa , s'était rendu à Moskou ; il en partit le jour oii Napoléon y entra , et mourut le 24 septembre , à Sima.

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