LIVRE II
sait que Napoléon n'oserait point pénétrer (17) jusqu'à Moskou , et les rapports de Kutusof donnaient lieu de l'espérer. Cet espoir s'étant évanoui , Kutusof et Rostopchin ^ dans l'entrevue qu'ils eurent le 1 3 septembre , tombèrent d'accord d'incendier cette capitale (a) ; et la noblesse avait été si peu prévenue de ce qui se préparait dans le cas où Napoléon s'emparerait de Moskou, que plusieurs personnes de cet ordre , qui ignoraient la véritable situation des choses , ne s'enfuirent que la veille de l'arrivée de Napoléon , et avec une précipitation qu'attestait assez tout ce qu'ils avaient abandonné de précieux dans leurs maisons.
Plusieurs des mesures que prit Rostopchin semblent blâmables : il serait cependant injuste de juger froidement la conduite d'un homme revêtu d'une grande autorité dans des circonstances aussi critiques et aussi difficiles. L'on doit se souvenir qu'il fit lui-même mettre le feu à ses deux maisons de campagne (18) , et que celle de Moskou aur^t éprouvé le même sort sans une circonstance imprévue ; il est donc naturel de penser que ce qu'il y eut de blâmable
(a) Alexandre approuva tacitement, dans le tems, la conduite de Rostopchin et de Kutusof, puisqu'il ne la blâma pas ; ainsi il jugea que Fincendie de Moskou avait été utile.
dans sa conduite doit être attribué au zèle à^nm patriotisme trop ardent.
L'incendie apaisé , Napoléon revint s'établir au Kremlin ( 20 septembre ) ; il donna des ordres rigoureux pour arrêter le pillage , et autorisa néanmoins les différens corps qui étaient cantonnés dans Moskou et dans le voisinage à envoyer , chacun à leur tour , des détachemens à la maraude dans cette ville , pour y faire des provisions de vivres ; mais les maisons qui étaient restées intactes étant toutes occupées par des militaires , leurs recherches ne purent s'exercer que dans les caves. Mortier , Durosnel et Lesseps entrèrent dans l'exercice de leurs fonctions, ce qui n'avait point été possible jusqu'alors , à cause de l'affreux désordre qui avait régné. On divisa la ville en vingt quartiers qui eurent chacun un commandant , et l'on organisa une municipalité : l'on ne put la composer que d'étrangers , encore n'acceptèrent-ils ces fonctions qu'à regret et après en avoir été vivement sollicités: L'espoir d'adoucir le sort de ce qui restait d'habitans à Moskou les décida, quoiqu'ils craignissent d'encourir ainsi le ressentiment des Russes. L'on établit des hôpitaux pour cette quantité de blessés et de malades qui suivaient l'armée. Plusieurs de ces établisse-