LIVRE IL
mens (19) , échappes à la fureur de Fincendie , furent d'un grand secours , et l'on parvint à les pourvoir de toutes les choses nécessaires ; malheureusement ils ne purent contenir tous les malades ; l'on se vit contraint d'en placer dans des édifices publics que l'on ne put préparer pour leur nouvelle destination, et l'on vit se renouveler les scènes désolantes de Smolensk. Pendant que l'on prenait toutes ces mesures , Lesseps adressa , au nom de Napoléon , une proclamation aux habitans de Moskou et des pays environnans ; il engageait les premiers à rentrer dans leurs foyers , leur promettant protection et sûreté ; les seconds à apporter leurs denrées à Moskou comme par le passé (a).
Cette proclamation semble inconcevable , car on ne saurait penser qu'elle ait eu pour but une cruelle ironie. En effet , les maisons n'existaient plus , ou étaient occupées par des militaires qui
(a) Une partie des paysans des villages , au lieu de fuir comme ils Tavaient fait jusqu'alors^ étaient restés dans leurs foyers ; cela tint sans doute à ce que leur fuite présenta plus de difficultés, à cause de leur grand nombre, car les environs de Moskou sont très-peuplés ; peut-<être aussi à ce qu'une partie fut surprise , Varmée s'étant étendue dans toutes les directions , après s'être emparé de Moskou. Il est probable aussi qu'ayant plus d'aisance, ils quittaient plus difficilement leurs pénates.
s'étaient appropriés , au moins momentanément , ce qu'elles contenaient, et, en supposant même que les habitans fugitifs eussent pu retrouver un asile dans Moskou, ils auraient été réduits à y vivre de maraude ; mais ces obstacles n'étaient pas les seuls ; les habitans avaient fui au loin , et n'auraient point obtenu des Russes la permission de retourner dans une ville occupée par Napoléon ; d'ailleurs , les routes n'offraient ni sûreté ni moyens d'existence. Cette dernière raison seule aurait suffi pour empêcher ceux des paysans qui étaien t restés dans les campagnes d'apporter des denrées à Moskou , si un obstacle plus grand encore ne s'y fût opposé ; ils n'avaient ni denrées ni moyens de transport ; on leur avait pris l'un et l'autre. Des magasins d'habillement, d'équipement et de vivres , qui auraient été si utiles à l'armée , avaient été la proie des flammes ; mais l'on trouva dans le Kremlin cent cinquante bouches à feu (o) , un grand nombre de projectiles et soixante mille fusils , et dans un magasin à
{a) Plusieurs de ces bouches à feu étaient hors de service , d'autres avaient des calibres qui n'ëtaient plus en usage. H y eu avait deux de dimensions eïtraordînaîres , et qui avaient s»ns doute été fondues pour servir d'omemens, plutôt que dans un but d'utilité. On ne trouva point d'affûts.