LIVRE IL
était réduite Tarmée de Kutiusof (a). Le monarque russe ne se proposait pas uniquement de prévenir le découragement chez ses sujets, en leur faisant voir que la situation de ses armées était beaucoup plus favorable en réalité qu^en apparence; mais aussi d^éclairer FËurope , et de ne point la laisser dans Fincertitude relativement à ses intentions futures. Rien n'était plus nécessaire à Fégard de la Suède et de la Turquie , qui avaient conservé leur indépendance ; de l'Autriche et de la Prusse , qui désiraient et pouvaient espérer de la recouvrer
» courage à cehii qui la porte partout y obtiendra une paix du- » rable , non-seulement pour elle-même , mais encore pour les » malheureuses nations que le tyran a forcé de combattre pour y> sa querelle. Il est noble , il est digne d'un grand peuple de y> rendre le bien pour le mal.
» Dieu puissant Ma cause pour laquelle nous combattons » n'est-elle pas juste ? Jette un oeil de miséricorde sur ta sainte » église ! conserve à ce peuple son courage et sa constance ! » Puisse-t-il triompher de son adversaire et du tien ! puisse-t-il T9 être dans tes mains Tinstrument de sa destruction ! et en se » délivrant luh-méme , racheter la liberté et l^ii^dépendaneedes » natipns et des rois. »
(a) C'était l'infanterie russe qui avait fait les plus grand^ pertes ; la cavalerie avait perdu beaucoup moins , et les chevaux qu'eUe avait conservés étaient en bon état. U est entenda que cette comparaison n'a lieu que proportion gardée du nooir bre des combattans que contenait chaque arme.
si Napoléon essuyait des revers. Cela étaîl moins important à Tégard des autres puissances , qui obéissaient aveuglément à Napoléon^ ou qui lui faisaient une guerre acharnée.
La Suède persévéra dans son aUiance avec PAngleterre et la Russie ; elle savait que si cette dernière puissance succombait, c^en était fait de la liberté de FEurope. La Ttirquie sembla un moment indécise; ce fut la proclamation d^ Alexandre qui apporta à Constantinople la nouvelle de Tentrée de Napoléon à Moskou ; la version française n^ parvint que plus tard. Le jour même où le sultan apprit cette nouvelle, fl tint trois divans pour discuter s^W fallait re* commencer la guerre avec la Russie , ou continuer à s^en tenir à l'exécution du traité qu'il avait ratifié avec tant de peine. Après avoir balancé long-tems , il prit enfin le dernier parti, soit que la proclamation d'Alexandre l'eût convaincu que la situation de Napoléon était loin d'être aussi favorable que ses succès semblaient Tannoncer, ou que l'ambition *de ce conquérant, dont il avait déjà éprouvé les effets (a), lui causât des craintes.
(a) Mahmoud se souvenait qu'aux conférences cTErlort}! Napoléon avait consenti à ce que la Russie réunît à son empire la Moldavie et la Talachie.