LIVRE IL
ment de la difficulté de supporter le bivouac par des froids rigoureux, précurseurs de froids^ insupportables , commentnourrir les troupeaux ^ principale ressource de l'armée , quand la terre serait couverte de neige? et si la retraite devait s'effectuer par la route dévastée de Smolensk , que devenir si cette ressource venait à manquer ? La prolongation du séjour de Napoléon dans Moskou , sans but raisonnable et sans utilité, ne pouvait donc que lui être funeste. Par toutes ces raisons , les mesures qu'il venait de prendre répandaient de l'inquiétude sur l'avenir; tandis que l'ordre de départ, donné le 28 septembre , avait causé une vive joie.
Plus on réfléchit sur lesi mesures que prit ce conquérant, lorsque Kutusof se fut éloigné de Moskou , et plus on est frappé d'étonnement ; il semble qu'il voulait faire croire à Alexandre et à Kutusof que son projet n'était point encore de quitter Moskou, et de songer à la retraite. Une pareille résolution, loin de leur inspirer des craintes , devait les transporter de joie. L'on ne saurait penser qu'il voulût leur persuader que son intention était de passer l'hiver à Moskou ; il était évident que cela lui aurait été impossible , quand même il aurait eu en magasin une assez grande quantité de vi-
vres et de fourrages , parce qu'il n'ayait d'antres communications avec ses munitions que par la route de Smolensk , qui se serait indubitablement trouvée interceptée, et qui d'ailleurs serait devenue impraticable par suite de la rigueur du froid et de la dévastation du pays (^). Indépendamment de toutes ces raisons, le retour de Napoléon en Lithuanie devenait urgent , ainsi que nous le verrons , et il ne pouvait pas s'exposer à rester sans communications avec la France. Rien de plus extraordinaire que de voir un conquérant , habitué à dicter les conditions de la paix à ses ennemis , prendre dans cette circonstance l'initiative des propositions de paix^ Les rapports de Kutusof , la proclamation d'Alexandre, et surtout les cendres encore fumantes de Moskou, ne devaient lui laisser aucun doute sur les résolutions des Russes. Il ne devait donc compter que sur lui et sur son armée pour se tirer de la fâcheuse position où il se trouvait. Proposer la paix dans de telles circonstances était une démarche in-^ concevable, qui aurait probablement engagé les Russes à continuer la guerre s'ils avaient alors songé à demander la paix. Napoléon don-*
{a) Depuis Tusage des armes à feu, on ne peut rester dans une position où Ton est coup^ de ses munitions.