‹ Histoire de l'expédition de Russie (volume 2)Chapitre 154 sur 174 · LIVRE IL 39Î · texte numérisé non relu

LIVRE IL 39Î

nait ainsi à Kutusof la facilité de lui tendre un piège si grossier , pour le retenir à Moskou , que le général russe n'avait pas voulu essayer de l'employer ; mais l'occasion lui étant présentée par Napoléon lui-même , il la saisit.

On ne peut raisonnablement se rendre compte des motifs qui guidèrent Napoléon.

Voici pourtant ce qui paraît probable. L'on sait qu'il se persuadait facilement ce qu'il désirait , même contre les apparences , quelquefois contre l'évidence. Il s'était persuadé qu'aussitôt que Moskou serait tombé en son pouvoir, Alexandre implorerait la paix : l'événement ne détruisit pas entièrement ses espérances ; il s'imagina que la seule crainte de subir des conditions trop dures avait empêché ce souverain d'entrer en négociations. Il se décida donc à le prévenir , en se montrant disposé à être moins rigoureux que , selon lui , il ne devait le craindre.

L'incendie de Moskou et la fuite de seshabitans ayant eu une grande influence sur la suite des opérations , je crois nécessaire d'examiner quels avantages les Russes en ont retirés. L'opinion assez généralement reçue qu'ils doivent leur salut à la destruction de cette capitale , augmente l'intérêt de cet examen , que le sujet conmiande d'ailleurs impérieusement.

J^examinerai d^abord les ressources que Moskou aurait procurées à Napoléon , sans la fuite des hàbitans ; ensuite celles qu^il y aurait trouvées , malgré cette fuite , sans Fincendie. Il sera facile alors de faire voir quels avantages les Russes ont retirés de Fincendie de Moskou, et de la fuite de ses hàbitans.

Dans la première supposition, Napoléon (a) aurait levé de fortes contributions sur les ha-* bitans , et en aurait obtenu par voie de réquisition , tout ce qui était nécessaire à son armée en vivres, fourrages, habillement, harnachement et matériel d^hôpitaux ; il aurait remonté sa cavalerie et son artillerie avec les chevaux qu'il aurait trouvés en grand nombre, tant dans la ville que dans les environs (b). Il se serait procuré facilement des espions , ce qui lui avait été impossible jusqu'alors ; Moskou serait devenu entre ses mains un gage de la paix , et les hàbitans de cette capitale l'auraient

(a) Je n'ai pas besoin de dire que Napolëon aurait maintenu parmi les troupes une discipline sëvère , et défendu , sous les peines les plus graves , de se permettre ni violence ni dëprédatkms contre Thabitant.

{b) L'on se souvient qu'une partie des hàbitans des environs de la capitale étaient restés dans leurs foyers ; ainsi il est indubitable qu'ils y seraient restés presque tous , si ceux de Moskou leur en avaient donné l'exemple.

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