‹ Histoire de l'expédition de Russie (volume 2)Chapitre 155 sur 174 · LIVRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IL

désirée ardemment. Leurs vœux auraient pu avoir quelque influence sur les résolutions d'Alexandre. La possibilité de donner de la publicité à ses bulletins et à ses proclamations aurait procuré de grands avantages à Napoléon , et lui aurait donné la facilité de prêcher la liberté aux paysans (21), pour exciter une insurrection. Les domestiques, très-nombreux à Moskou , et qui appartenaient à cette classe , lui auraient servi d'intermédiaires. Mais en supposant qu'il se décidât à employer ce moyen odieux , il ne le pouvait que peu de jours avant dé quitter Moskou , parce quWe pareille insurrection (22) l'aurait privé des ressources du pays. Enfin s'il est vrai, comme on le prétend, qu'il avait fait fabriquer une grande quantité de faux assignats (a), la fuite des habitans Fempécha de les mettre en circulation.

Moskou, telle qu'elle était lorsque Napoléon s'en empara , avait conservé environ vingt mille habitans, qui, en leur accordant protection et sûreté , pouvaient lui rendre de grands services. Cette ville contenait des vivres, des fourrages et toutes les choses nécessaires à son armée en

(a) L'on sait que la Russie a du papier monnaie. Pendant le séjour do Napoléon à Moskou , il circula quelques faux assi-* gnats.

très-grande quantité. Tant que les maisons suBk sistaient, elle était comme dans la première supposition , un gage de la paix ; et les habitans qui avaient fui , aussi bien que ceux qui étaient restés dans leurs foyers , devaient la désirer vivement, dans la crainte que la ville ne fût incendiée au moment où Napoléon Tabandonnerait.

Les avantages que la fîiite des habitans de Moskou et rincendie de cette capitale ont procurés aux Russes, ont été de rompre toute communication physique et morale entre l'habitant et Napoléon ; de priver celui-ci de grandes ressources pécuniaires , de chevaux , qui lui auraient été si utiles pour remonter sa cavalerie et son artillerie , et d'une grande quantité de vivres, de fourrages, et d'objets d'habillement, d'harnachement et autres. La perte des vivres fut de peu d'importance , puisqu'il en resta beaucoup plus qu'on ne put en consommer ; celle des fourrages fit beaucoup de mal (a). L'immense butin que procura le sac d'une ville aussi considérable, fut aussi très-nuisible à l'armée,

(a) Les chevaux, prives d'avoine , ne purent se rétablir, et l'on était obligé d'aller chercher au loin le foin et la paill« dont on les nourrissait. Pendant les derniers tems du se-

Page 1