‹ Histoire de l'expédition de Russie (volume 2)Chapitre 19 sur 174 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

de rejoindre leurs corps, se réunissaient par bandes , se choisissaient des chefs et se cantonnaient dans les villages et dans les châteaux , où ils se gardaient militairement. Ce désordre porta un coup sensible à la discipline ; mais il en résulta d'autres maux encore ; l'armée éprouva une grande diminution , et cette quantité de traîneurs qu'elle laissait en arrière lui ôtait , en dévastant le pays , des ressources précieuses. Les villages et les châteaux situés sur la route éprouvaient le même sort ; le soldat ne se contentait pas d'y prendre ce qui était nécessaire à sa sub* sistance , il maltraitait l'habitant , s^emparait de tout ce dont il pouvait tirer quelque avantage , et brisait ce qu'il ne pouvait emporter : il semblait que la dévastation fût un adoucissement à ses maux. On eût sans doute pu l'empêcher de se porter à d'aussi grands excès en faisant quelques exemples , ainsi que cela se pratique ordinairement ; néanmoins , dans la position où l'on se trouvait , on n'aurait jamais pu le contenir entièrement , parce que , ne recevant pas de distributions , et l'habitant ne pouvant le nourrir, il était obligé de fouiller les maisons pour y chercher des vivres. Telle fut la manière dont nous traitâmes les Lithuaniens , qui noua avaient attendus comme leurs libérateurs.

La fuite des fonctionnaires publics, la pénu-^ rie de fourrages occasionée par Taridité de Tannée qui venait de s'écouler et Fépoque à laquelle Napoléon avait commencé les hostilités , furent autant de circonstances qui augmentèrent le»

difficultés de cette guerre. La rigueur du climat ne lui permettait pas de pénétrer en Russie au commencement de l'hiver , comme il avait fait en Autriche et en Prusse ; mais s'il eût commencé les hostilités en mai , il aurait gagné deux mois pour ses opérations , et trouvé plus de ressources pour alimenter son armée-

L'intention de Napoléon était de continuer ses mouvemens avec la même rapidité ; la pluie dont l'armée avait été accablée , réunie à la fatigue d'une marche rapide , le forcèrent à s'arrêter. Peu de soldats auraient pu suivre leurs drapeaux , et il fallait compléter l'attelage des batteries ; on remplit ce dernier objet en prenant les meilleurs chevaux des voitures de vivres et des parcs de réserve d'artillerie , et pourtant on fat obligé de laisser du canon à Wilna. Le repos fut très-court et les opérations recommencèrent bientôt avec une nouvelle vigueur ; mais Napoléon crut nécessaire de prolonger 9on séjour dans cette capitale : il s'y occupa à réorganiser l'administration en Lithuanie et k

Page 1