LIVRE I
de la tête de pont. On ne saurait néanmoins blâmer Oudinot de n'avoir point prolongé une affaire qui exposait ses troupes au feu meurtrier de la place, et n'offrait aucune chance probable de succès. La guerre offre beaucoup d'exemples d'entreprises dont la réussite est physiquement impossible, qu'on est blâmable d'avoir tentées , et qui se trouvent cependant couronnées du succès par suite des craintes qu'elles inspirent à l'ennemi.
Le lendemain (i 4 juillet) , Oudinot remonta la Dwina pour se rapprocher de Murât. Nar poléon blâma le mouvement sur Diinabourg parce qu'il avait été exécuté sans son ordre, et parce qu'il contrariait la grande opération qu'il ^tait sur le point d'entreprendre. Tandis qu'Ou- ^not remontait la Dwina par la rive gauche pour se rapprocher de Murât , Wittgenstein , renforcé par la garnison de Diinabourg forte 4e sept mille honunes (a), remontait ce fleuve par la rive droite pour se réunir à Barklay ; il arriva à la hauteur de Druia le jour même où Sébastiany s'en emparait ; et ayant remarqué que cette ville n'était occupée que par de la cavalerie , il fit dans la nuit passer sur la rive
(a) Il ne laissa dans Dunaboiirg qu'un faible détachemwit.
gauche (a) un corps de cavalerie et quelques Kosaques , avec ordre d^attaquer les Français avant le four ( 1 5 juillet ) : tout réussit au grë de ses désirs ; Sébastiany , surpris , fut obligé de se retirer sur Slobodka , après avoir essuyé une perte assez forte. Cette affaire n'eut d^ailleurs et ne pouvait avoir aucune suite.
La totalité de la première armée (b) s'était trouvé réunie momentanément dans les environs de Braslaw avant que Barklay ne repassât la Dwina , et il semblerait que le général russe aurait pu alors tenter le sort d'une bataille avec quelque chance de succès. £n effet , à cette époque, Jérôme poursuivait Bagration avec des forces doubles de celles de ce général ; Davout et Grouchy étaient en marche sur Minsk ; Saint- Cyr occupait encore sa position sur la rive droite du Niémen ; Eugène était en marche pour se rendre à Smorgoni; Macdonald, en Samogitie, n'avait devant lui que de faibles détachemens de la garnison de Riga ; la garde étaità Wilna : ainsi j plus des deux tiers de l'armée française n'aurait pu prendre part à la bataille. Néan*
io) La riyière pouvait se passer k gué , et Wittgenstein fit jeter un pont.
(ù) On se souyient qu'elle était composée de six corps d'in* futtetie et de troig de cavalerie.