LIVRE I
moyens ; il ne devait pas en négliger un si puissant sur Tesprit de ses peuples.
Barklay, peu après son arrivée à Drissa, fit répandre dans Parmée française une proclamation dans laquelle il engageait les soldats à retourner en masse, chez eux, où à accepter un asile en Russie. Pouvait-il espérer qu'une armée disciplinée, et habituée à vaincre, quitterait ses chefs et retournerait en masse dans ses foyers , à la sollicitation du général ennemi ? on est étonné de la puérilité de ce moyen. Quant à cet asile offert en Russie, comment penser qu'il tenterait des Français , des Allemands , des Italiens , qui ne connaissaient encore de cet empire que la sauvage Lithuanie , où le paysan est si malheureux ? Le même général adressa une proclamation aux troupes allemandes, qui servaient dans V armée française ; il engageait les soldats à abandonnerleurs drapeaux pour s'enrôler dans une légion que devait commmander le duc d'Oldembourg , leur compatriote , et leur promettait des terres dans les provinces méridionales de l'empire , dans le cas* où les efforts des Russes seraient impuissans pour délivrer l'Allemagne du joug des Français. Ou pouvait espérer quelqu'effet de cette proclamation , si Napoléon eût essuyé des revers , aucun tant qu'il obtenait des
succès. Dans le même tems, Alexandre rendit un ukase qui ordonnait de faire sur-le-champ une levée de cinq hommes sur cinq cents dans les gouvememens de W^itepsk, de Mohilow, de la Podolie , de la W^olhinie , de la Livonie et de l'Estonie : ces gouvememens , voisins du théâtre de la guerre , pouvaient se trouver envahis ; il se hâtait d'en tirer cette ressource.
Cependant , tandis que Murât tenait Barklay en échec dans son camp retranché de Drissa , Napoléon envoyait , ainsi que nous l'avons dit , Eugène , Saint-Cyr, et sa garde sur la droite y dans la direction de Witepsk. Lorsque ce mouvement fut assez prononcé pour que le général russe ne pût avoir aucun doute sur la véritable direction de ces corps , Napoléon quitta Wilna de sa personne le 1 6 , à onze heures et demie du soir , pour diriger lui-même cette grande opération. Au moment de partir , il avait appris l'échec de la division Sébastiany , et, craignant que ce ne fût le commencement d'un mouvement offensif de Barklay , il avait ordonné à tous les corps qui avaient dépassé Swentziany d'arrêter leur marche , aux troupes qui étaient en arrière de se hâter , et il avait tout préparé pour se porter à la rencontre de l'ennemi avec la totalité de ses forces , et lui livrer bataille s'il