LIVRE I
marchait effectivement contre Murât. Son quartier général fut fixé à Swentziany pendant la journée du 1 7 ; ce jour même il apprit que l'ennemi avait repassé la Dwina , et il remit de nouveau tous ses corps en marche sur Witepsk. Le 1 8 , il eut son quartier général à Glubokoé , où sa garde était arrivée depuis deux jours. Dans le même tems, Murât remontait la Dwina par la rive gauche , avec les corps de Nansouty , Montbrun , celui de Ney , et les trois divisions du premier corps ; Oudinot se dirigea^ sur le camp retranché de Drissa , qu'il fut chargé de faire démolir.
Si Barklay eût tardé à effectuer sa retraite. Napoléon j franchissant la Dwina , le coupait des provinces méridionales , et , l'atteignant dans son mouvement de retraite , le mettait dans une position très-critique : aussi , instruit à tems des mouvemens de l'arméç française , et sentant le danger qui le menaçait , il abandonna brusquementle camp retranché de Drissa ( i8 juillet) , après avoir détruit ce qu'il ne put emporter ; et , remontant la Dwina par sa rive droite, il se mit en marche à grandes journées pour gagner Witepsk. Alexandre le précédait; il se trouvait à Polotzk le jour où l'on évacua le camp retranché. Ce monarque avait cherchée
jusqu'alors à cacher ses revers ; mais , convaincu de l'insuffisance de ses forces, alarmé des progrès toujours croissans de Napoléon, il se décida, afin de pénétrer son peuple de la nécessité des efforts et des sacrifices , à l'ijistruire franchement du danger imminent qui menaçait l'empire. Ce fut dans ce but qu'il adressa deux proclamations , l'une à sa nation , l'autre à la ville de Moskou.
Cette ville est très-ancienne , et a conservé les mœurs et les usages russes ; située au centre de l'empire , dont elle a été long-tems la capitale , elle est habitée par un grand nombre des seigneurs russes les plus marquans , particulièrement par ceux qui ne vont point , ou peu à la cour , et qui tiennent aux anciens usages ; elle est d'ailleurs vénérée des Russes , qui l'appellent Matuska ( la mère ). Son exemple devait exercer une grande influence , et , dans cette circonstance , Alexandre la préférait avec raison à Pétersbourg, résidence du souverain, mais qui , située aux confins de l'empire , peu ancienne , habitée en partie par des étrangers , a adopté les mœurs et les usages du reste de l'Europe.
Dans ces deux proclamations , le monarque russe accuse Napoléon de vouloir anéantir la