LIVRE I
vision Delzons , en fut la cause ; un grand nombre s'enfuirent pendant plusieurs lieues , répandant que Tarmée française était battue et se retirait.
A la latitude et dans la saison où Ton se trouvait, les jours sont très-longs , et Napoléon aurait pu engager sur-le-champ une affaire générale s'il eût eu ses troupes sous la main ; mais elles n'arrivaient que successivement ; il les passait en revue et leur assignait la place qu'elles devaient occuper pour la bataille du lendemain. Il croyait enfin en venir à une affaire générale ; certain du succès, il espérait qu'elle déciderait du sort de la Russie : c'était ainsi qu'il avait terminé brusquement presque toutes ses guerres / et qu'il avait forcé ses adversaires à subir sa loi. L'armée, remplie des mêmes espérances, était animée du même désir : soumise d'ailleurs à des fatigues et à des privations extrêmes, elle désirait ardemment la fin de cette guerre.
Par des raisons contraires , Barklay redoutait une affaire générale , et l'on doit convenir qu'il y aurait eu de la démence de sa part à la risquer. Même en faisant abstraction de la supériorité militaire de l'armée française , fruit de vingt années de guerres continuelles , de cette confiance que donne l'habitude de vaincre,
•de Texpéiience et des talens du chef, Barklay^ peut-être de moitié inférieur en nombre (a)^ râait surtout en cavalerie régulière ; que pouvait-il opposer à la garde impériale , corps d^ér tite plus nombreux alors qu'il ne l'avait jamais été? Enfin , en siqqposant même qu'il fût en mesure pour tenter le sort d'une bataille , un suc^ ces ne le débarrassait pas de son ennemi , un revers pouvait plonger la Russie dans l'abîme* il fit sagement d'engager des combats d'arrièreigarde , sur un terrain où l'on ne pouvait &ak* ployer qu'mi nombre borné de troupes. Il en«tretenait ainsi son armée dans l'habitude de combattre, et lui faisait connaître son ennemL Peut-être aurait-it do défendre le terrain avec plus'd' opiniâtreté; il pouvait facilement réparer ^es pertes, pu^u'il était au milieu de ses res^ sources, taiidis que son adversaire , qai en était à de grandes distances, ne le pouvait que diffi* cilement. Peut-être aussi n'avait- il eu d'autre but que de gagner du tems pour évacuer les magasins qui étaient à Witepsk. Ces combats forent sanglans , les Russes y eurent l'avantage de la position , les Français ceux qui naissent de l'offensive.
(o) Son armée ne s'éleva.it plus qu'à environ soixante-dix mille hommes de troupes régulières.