‹ Histoire de l'expédition de Russie (volume 2)Chapitre 45 sur 174 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Les détails daiis lesquels je viens d'entrer me conduisent à rechercher les causes du désordre dont cette campagne offrait l'exemple. I^a Russie est beaucoup moins peuplée que les pays où Napoléon avait fait la guerre jusqu'alors , et les routes , dans quelques endroits , traversent d'immenses forêts , où l'on ne rencontre que de misérables hameaux , distans de six ou huit lieues les uns des autres. Cette disposition du pays s'oppose , lorsque des corps nombreux le traversent, à ce qu'on puisse les loger à toutes les étapes ; ils sont souvent forcés de bivouaquer , tandis qu'en France et en Allemagne , si ce n'est en présence de l'ennemi, on trouve toujours assez de villages autour des lieux d'étape pour y loger les troupes. Par la même raison , les Russes ne font pas de ditributions journalières à leurs soldats ; ils leur font porter , ou traînent sur des voitures , des vivres pour plusieurs jours.

La Russie , relativement à son étendue , a peu de rivières navigables , et n'est coupée que d'un petit nombre de canaux ; la navigation y dure peu de tems , parce que les rivières y sont gelées ou débordées pendant six niois , et ne conservent point assez d'eau pendant les grandes chaleurs ; aussi les moyens de transport par voitures y sont-ils plus nécessaires qu'ailleurs. Ce

iiô EXPÉDITION DE RUSSIE.

pays offre beaucoup de ressources sous ce rapport; mais étant peu peuplé, l*on est obligé d'étendre au loin les réquisitions, ce qui présente de grandes difficultés. On doit croire que ces circonstances étaient connues de Napoléon , et qu'il ne s'était pas décidé à porter la guerre dans ces pays , où les armes françaises n'avaient jamais pénétré , sans avoir pris une connaissance exacte de tout ce qui les* concernait. Cependant on serait tenté de penser le contraire : à la vérité , il fit enlever de la vieille Prusse un grand nombre de chevaux , de bestiaux et de denrées ; mais la rapidité des marches isolant les troupes de leurs ressources, elles maltraitèrent encore davantage la Lithuanie , quoiqu'on eût le plus grand intérêt à ménager cette province , et surtout à y conserver des moyens de transport.

Napoléon négligea sans doute de prendre les mesures qu'exigeait un pays tout différent de ceux où il avait porté la guerre jusqu'alors, parce que , comptant sur sa fortune , sur la valeur de ses troupes , et ne croyant point à la possibilité des revers , il s'attendait à terminer promptement la guerre , et ne jugeait pas nécessaire de donner une grande attention à ce qui se passait sur les derrières de l'armée ; mais surtout parce qu'il comptait sur la conscription , qui lui avait

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