‹ Histoire de l'expédition de Russie (volume 2)Chapitre 46 sur 174 · LIVRE I. III · texte numérisé non relu

LIVRE I. III

donné jusqu^alors la facilité de compléter ses années , quelque fortes qu^eussent été ses pertes ; aussi prétendait-il que le pays où il faisait la guerre pourvût aux besoins de ses soldats , sans s^inquiéter si cela était possible.

La mauvaise administration de Tarrnée fut une autre cause de désordre. Les intendans, tirés presque tous de la classe des auditeurs , étaient trop jeunes et manquaient d^expériencc ; on leur donnait à exercer une place administra-* tive très-difficile , et ils avaient à peine les pre-* nûères notions en administration ; leur grande jeunesse était choquante , et leur retirait une partie du pouvoir et de la considération attachés à leur place. Tel qui aurait à peine atteint les premiers degrés , s'il avait suivi la carrière militaire , avait le rang de général de division (a\ et se trouvait en rapport avec le gouverneur de ht province, les maréchaux, les généraux et les chefs de corps qui passaient.

On faisait venir de France des chevaux de remonte ; la plupart périssaient en route ; ceux qui parvenaient à destination étaient si fatigués qu'ils succombaient bientôt. La Lithuanie , la Courlande élèvent des chevaux; la Wolhinie,

(a) Les întendans étaient assimilés pour le rang aux généraux de division.

la Podolie , et particulièrement l'Ukraine , provinces voisines du théâtre de la guerre , en élèvent un plus grand nombre encore ; ils sont meilleurs que ceux de France , et , dans les tems ordinaires, ils coûtent six fois moins : Ton pouvait donc tenter la cupidité des juifs qui font ce commerce , et , sur les lieux mêmeis , les payer beaucoup moins que ceux qu'on faisait venir de si loin. Je ferai les mêmes observations au sujet des bœufs ; on en a fait partir un grand nombre 4'Italie, attelés à de petites voitures; il n'en est pas parvenu un dixième au Niémen. Au lieu de faire venir de si loin des denrées de première nécessité pour l'établissement des magasins , on aurait dû les acheter sur les lieux, où elles étaient abondantes et à bas prix ; avec ce qu'il en a coûté pour transporter de Kœnigsberg à Wilna et à Minsk beaucoup de farines qui y sont arrivées avariées , on en aurait acheté dans ces deux villes une plus grande quantité de parfaitement saines. Ces acquisitions auraient fait sortir beaucoup d'argent de France , mais c'était le seul moyen de se procurer abondamment des denrées ; on ne pouvait pas l'espérer en les faisant venir de France , d'Allemagne et d'Italie , pays trop éloignés du théâtre de la guerre , et en frappant des réquisitions sur ceux que l'armée avait ravagés

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