LIVRE L
général, était séparé de Smolensk par un ruisseau assez profondément encaissé ; au delà , le terrain , qui s'élevait en pente douce jusqu'à la ville, était couvert de feux de bivouacs, disposés par lignes sensiblement parallèles ; puis les murailles formaient une zone obscure derrière laquelle on voyait les flammes s'élever en tourbillons. L'horizon était en feu. Les crénaux de la muraille et les nombreux clochers de la ville se distinguaient parfaitement. Tel fut le triste , mais magnifique spectacle que nous offrit la nuit, et qui succéda aux scènes sanglantes delà journée.
Cependant Barklay voyant la place resserrée de si près , craignant que Napoléon ne découvrît enfin la faiblesse de la citadelle , et ne tentât un effort vigoureux sur ce point , fit évacuer la ville pendant la nuit. Cette opération s'effectua avec ordre , rapidité et dans le plus grand silence. L'arrière-garde mit le feu aux boutiques, on reploya les ponts de bateaux, et l'on brûla celui sur pilotis.
. Au point du jour, des soldats, n'apercevant pluslesfaçtioimaires ennemis , pénétrèrent dans les chemins couverts, dans les fossés, enfin dans la place par une des petites portes qui avaient été pratiquées dans la muraille. Napo-
léou vint aussitôt s'y établir avec les grenadiers et les chasseurs à pied de sa garde. Cette ville ^ dans laquelle il n'était resté que quelques habitans des dernières classes du peuple , était coupée par deux ravins, d'un aspect sauvage, qui se rendent ail Dnieper; elle contenait des jardins, des prairies et même des terres labourées ; aussi était-elle moins considérable qu'on ne l'avait jugé à son aspect. On y trouva quelques canons en fer en mauvais état ; elle n'offrit d'ailleurs presque point de rei^sources. Les magasins avaient été évacués ou détruits; l'incendie, après avoir consumé la moitié de la ville , était encore dans toute sa force , et l'on ne parvint à l'éteindre entièrement que le lendemain. En y entrant on fut frappé d'un spectacle affreux. Partout des cadavres et des blessés , même au milieu des flammes. La ville paraissait déserte, car le peu d'habitans qui y étaient restés s'étaient retirés dans les églises. On ne voyait circuler que le soldat français , qui tâchait d'arracher aux flammes une partie de leur proie.
Ney fut chargé de faire construire deux ponts un peu au dessous dés débris de celui sur pilotis , entre la ville et le faubourg qui était sur la rive droite. La grande diminution des eaux, résultat de l'extrême sécheresse, avait rendu le