‹ Histoire de l'expédition de Russie (volume 2)Chapitre 84 sur 174 · DU LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

DU LIVRE PREMIER

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« Une grande partie de V artillerie était faiblement at^ telée. » Il en avait été ainsi au commencement de près* que toutes les campagne^ de Napoléon : les pays où il avait porté la guerre y avaient suppléé. En i8o5, avant que d'entrer en Allemagne, on mit en réquisition de dix-huit à vingt mille chevaux en Lorraine , dans le Pala^ tinat et en Alsace, ce qui n'empêcha pas d'en prendre chez l'habitant aussitôt qu'on eut franchi le Rhin. La Russie ne pouvait offrir de semblables ressources.

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« Ob rayait augmentée dans ime telle proportion ^ qu'on n'iUÊrait pu l'employer toute un joUr de bataille. >» Cette ang^ mentatioa tenait au rétablissement de l'artillerie régiment* taire.

Avant les guerres de la révolution, l'artillerie de ligne d'une armée marchait et campait toujours réunie; elle était divisée en brigades de dix bouches à feu chacune; on détachait de l'artillerie aux lieux où elle était néces^ saire, et lorsqu'on devait en venir aux mains, on dési-* gnait à chaque chef de brigade les troupes près desquelles ildevaii^ porter , et dcmt il devait suivre les monvemens pendant la bataille. On sent qu'avec de semblables dispositioxj^^ , les troupes se trouvaient souvent engagées avant

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Tarrivée de rartillerie : ce fut sans doute ce qui fit naître ridée d'attacher des pièces légères aux bataillons. L'usage en fut introduit en 1626, par Gustave-Adolphe ; les Prussiens, les Autrichiens et les Russes l'adoptèrent successivement, et les Français enfin en 1740? sous Maurrice de Saxe. A l'époque de la révolution , l'on n'avait qu'une pièce par bataillon; le nombre en fut porté à deux. Un grand changement s'opéra bientôt pendant la guerre qui s'allunia alors ; l'infsoiterie fut partagée en divisions, des batteries du corps d'artillerie furent attachées à ces divisions , et mises pour tout le tems de la guerre sous les ordres des généraux qui les commandaient ; on eut en outre une réserve composée de pièces d'un calibre plus fort que celui de Fartillerie des divisions, et l'on cessa d'avoii* du canon de bataillon. Tel ^tait l'état des choses lorsque Napoléon, après le revers d'Essling, craignant que son infanterie, composée en grande partie de recrues , n'eût plus la même vigueur, songea, pour la soutenir, à augmenter son artillerie. Il employa le seul moyen qu'il eût à sa disposition pour opérer promptement cette augmentation , ce fut de distribuer à ses bataillons une partie de Fartillerie autri^ chienne qui était tombée en son pouvoir; ainsi, une circonstance imprévue fit rétablir l'artillerie régimentaire. Je ne connais aucune raison à faire valoir en sa faveur; depuis que l'on attache une partie de IJartilIerie de ligne aux divisions, elle présente, au contraire, de graves et nombreux inconvéniens.

Le canon ainsi employé n'est pas disponible ; il est trop dispersé pour produire un effet marqué ; il tire ordinairement trop souvent, trop vite et de trop loin. Un

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îour de bataille, la moitié au moins est en deuxième ligne et à la réserve , et ne prend point part au combat* Si le calibre que sert Fartillerie régimentaire est un de ceux que sert l'artillerie de ligne, cette dernière manquera souvent de munitions , parce que Fartillerie régimentaire en aura consommé inutilement. Voici de plus graves inconvéniens : le soldat s^habitue à ne marcher qu^avec du canon , et devient craintif quand il n^en voit point; ce canon gène dans les manœuvres, et ralentit souvent la marche des régimens; les colonels, autant par le désir de Pavoir pour appui , s^ils en viennent aux mains , que dans la crainte de le perdre, ne s'en séparent que quand ils y sont absolument forcés, ce qui arrive fréquemment par la difficulté des chemins et par d'autres causes. Ils s'affaiblissent alors en faisant des détachemens pour le garder. Je dois aussi observer que cette ar-^ tillerie leur sert de prétexte pour requérir des chevaux, des fourrages, et avoir beaucoup plus d'équipages que le règlement ne leur en accorde.

Si l'on n'a pas assez d'artillerie, il faut augmenter celle des divisions et de la réserve. Huit bouches à feu ajoutées à l'artillerie d'une division de douze bataillons , produiront plus d'effet que vingt quatre bouches à feu attachées à ces bataillons. Dans le cas où il serait nécessaire de donner de l'artillerie à un régiment que Ton détacherait, on lui en donnerait de celle de la division. Je terminerai parfaire observer queTurpin de Crissé, dans ses Co/wmmtttins sur Fegèce , Guibert , dans son Essai général dé tactique y et Dupujet, dans ses Essais sur Variillerit^ sont d'opinion que l'artillerie régimentaire est plus nuisible qu'utile, et pourtant de leur tems elle remplissait, aiu&i

tgS NOTES DU LIVRE 1.

que nous Favons vu, le but incontestable de soutenii* Finfanterie dans les premiers momens de Pattaque, en attendant rarrivée de l'artillerie de ligne.

(3) Page ag.

<^ De nombreux employés des çiores lui étaient attachés, n Les employés, qui se trouvaient en si grand nombre avec Tarmée, ou à sa suite, sont inutiles quand on vit de maraude , et nuisibles dans le cas contraire. Dans ce dernier cas , Texpérience a prouvé que Tarmée est beau^ coup mieux entretenue quand elle reçoit directement ce dont elle a besoin des autorités du pays. Les employés ne sont nécessaires que pour la conduite des convois de vivres, et dans les places pour les approvisionnemens.

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«t On la faisait suivre par de nombreux conçois de c'i— vres et d* équipages militaires. » Des équipages militaires étaient destinés à transporter non-seulement des effets d'équipement , d'harnachement et d^habillement , mais encore des vivres. tJn corps de vingt-six escadrons était chargé de ce service ; chaque escadron était commandé par un capitaine, chaque compagnie par un lieutenant, et le corps entier était sous les ordres d'un lieutenant'colonel. Cette organisation est vicieuse : l'on ne devrait point donner Tépaulette à des employés qui ne vont point au feu , et dont l'unique service est de veiller à la conduite des voitures ; cette observation peut s'appliquer aux boulangers , aux infirmiers , etc. , qui étaient aussi organisés militairement. L'avancement étant presque nul dans ces corps , l'émulation n'y pousse pas

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les officiers k remplir leur devoir avec zèle ; aussi vit-oa les équipages militaires , malgré les nombreux secours^ qui leur furent donnés , perdre presque tous leurs chevaux et rester sur les routes avant que d^arriver au Niémen. A la vérité leurs voitures étaient d'un poids énorme , ce qui était bien mal entendu ; mais cette cause ne fut que secondaire , puisque les équipages auxiliaires , qui avaient des voitures extrêmement légères>, firent aussi de grandes pertes.

Il vaut iiieux donner c« service à Fentreprise que de le faire faire par un corps militaire. U sera mieux fait , parce que les entrepreneurs auront un intérêt direct h remplir les conditions de leur marché et à surveilla leurs employés pour en assurer F exécution. U coûtera moins , parce qu'ils ne leur donneront pas de tenue militaire. Leurs voitures ne seront jamais employées à porter des équipages particuliers. Dans le pays où les chevaux sont à bon compte , et les transports communs , ils s'en procureront sur les lieux ; enfin, s'occupent euxmêmes des dépenses , ils y mettront yne économie que le gouvernement ne peut pas y mettre. Je dois ajouter qu'un corps militaire chargé de ce service continue à coûter en tems de paix , sans être alors d'aucune utilité. Les équipages militaires n'ont rendu pre$qu'auct«i service pendant l'expédition de !Hussie , et wt beaucoup nui en encombrant les routes. I^eur in^iuffisancc força à recourir aux transports auxiliaires, qui étaient ceux du pays qu'on obtenait par réquisition ; ce nouv^o moyen se trouvant encore insuffisant , l'on fut enfin obligé d'avoir recours à l'entreprise ; de cette m^ipi^nç on se procurait des transports , mais ils étaient devenustrës-chers à cause du dégât qu'avait fait l'armée.

aoo NOTES DU LIVRE I.

(5) Page 3o.

« Au àixe qui s'était introduit dans V armée aoec les suc ces. » Le luxe s^était introduit dans Tannée à mesure que les généraux s^ étaient enrichis. On sait qu^ils commencèrent à s'occuper de leur fortune lorsque Napoléon s'empara de Fautorité ; car auparavant , k quel-* ques exceptions près , ils montraient un grand désintéressement. Quelques-uns étaient riches de la dépouille des peuples vaincus , d'autres des dons de Napoléon puisés à la même source , un petit nombre avait épousé des femmes riches , beaucoup avaient encore leur fortune à faire.

(6) Page ii3.

« Enfin cette soif ardente de s'enrichir répandue parmi les généraux^ les administrateurs et les employés ne fut point sans influence. » Napoléon avait en quelque sorte autorisé les concussions en ne les réprimant pas , et en autorîsant la formation d,e majorais, sans s'inquiéter à quelle source on avait puisé sa fortune. En 1806 , il fit prévenir son armée que ceux qui avaient de l'argent à faire tenir en France pouvaient se servir de la voie des payeurs. Il y avait alors sept mois que l'armée n'avait touché de solde ; l'on ne pouvait donc avoir amassé de l'argent que par des moyens illicites.

Napoléon a plusieurs fois fait verser dans ses caisses une partie des sommes que ses généraux s'étaient procurées par des exactions. Il semblerait qu'une pareille justice devait au moins être suivie d'une disgrâce ; mais ce n'était qu'un partage, ils continuaient à jouir de sa faveur.

(7) Page 162.

R La grande route de Pologne à Moskou passe par Orsza et Smolenslu » Les grandes routes de Russie sont très-larges et ordinairement bordées de chaque côté d'une double rangée de bouleaux , ce qui produit un très-bel effet. Ce pays ne contenant point de pierres , les routes sont unies et très-belles par le beau tems ; mais dans la saison des pluies et des dégels, elles deviennent impraticables.

Napoléon ne correspondait pour ainsi dire jamais directement, en ce qui avait rapport aux affaires militaires, avec les généraux ou administrateurs, mais toujours par l'intermédiaire de Berthier, son major-général ; un secrétaire de son cabinet écrivait sous sa dictée , et il signait. Berthier transmettait le contenu des lettres de Napoléon , en les recopiant littéralement , autant que possible ; quelquefois même Napoléon lui adressait la lettre qu'il devait écrire. J'ai obtenu communication de ce qui existe des lettres de Napoléon et de Berthier concernant l'expédition de Russie ; le recueil en est presque complet, et ce qui manque dans l'une des correspondances se trouve ordinairement dans l'autre.

Je vais citer textuellement quelques-unes des lettres de Napoléon , ou de Berthier ( quand les premières manqueront) , qui ont été écrites avant le commencement des hostilités , ou pendant le cours des événemens que j'ai racontés dans le premier livre de cette histoire. J'ai choisi celles qui peuvent faire connaître lé caractère de ce conquérant, son opinion sur quelques parties de l'art de la guerre , et les motifs qui ont déterminé ses résolutions :

les pins intéressantes sous ce rapport auraient peut-êtreété celles dans lesquelles il réprimande ou critique ses généraux ; mais ces lettres ayant été écrites dans des momens d^humeur , par un homme absolu , et qui ne gardait aucun ménagement, j'ai cru que je devais m'abstenir de les citer , que c'aurait été donner Fappui de sa grande célébrité militaire à des critiques et à des réprimandes ordinairement outrées , quelquefois injustes , et qui n'étaient point destinées à avoir de la publicité. La liberté avec laquelle j'ai exprimé mon opinion sur les opérations^ militaires prouvera suffisamment que je n'ai été guidé ni par la crainte ni par l'intérêt.

£e prince de Neufchâtel et de îVagram à S. Ex. U ministre de l'empereur près le roi de Bavière,

Paris, le 9 février 181 a.

Je vous envoie , Monsieur , la lettre que , par l'ordre de l'empereur , j'écris à S. M. le roi de Bavière (a) , pour l'informer que l'armée d'Italie va se mettre en marche de Botzen sur neuf colonnes, du 16 au 20 février , pour se diriger sur Ratisbonne. J'invite le roi à donner des ordres pour faire nettoyer le Mont Brenner des neiges qui en gênent le passage , et pour faire fournir ce qui est nécessaire aux troupes pendant leur passage , de manière à ce que le mouvement de l'armée d'Italie soit le plus rapide qu'il sera possible. Je vous prie de m' instruire dles mesures qui seront prises h cet effet par la cour de

(a) La lettre au roi de Bavière n*est que la répétition de celle à son ministre ; seulement on lui dit que Tarmëe dUtalie est forte de 80,000 hommes , tandis qu'elle n'en comptait guère plus de la moitié.

NOTES DU LIVRE L 20'i

fiayîère. Il est extrêmement important , ainsi cpie je Fai fait observer au roi , de garder le secret sur ce mouvement le plus long-tems possible. Il est essentiel q[ue les troupes aient le tems d'arriver sur la Yistule avant que les Russes n'en sacbent rien , afin d'éviter qu'ik puissent venir ravager le grand-ducbé de Varsovie, comme les Autrîcbiens ont fait en Bavière pendant les guerres précédentes. Je vous prie de remettre confidentiellement ma lettre au roi.

Je renouvelle à votre excellence , etc. , etc.

Le prince de Neufchâielet de Wagmm au prince d'Eckmulh*

Paris, le aa février 181 a.

L'empereur , Prince , me cbarge de vous faire connaître qu'il faut prendre les plus grandes précautions à l'égard de la Poméranie suédoise , et faire en sorte de n'être pas dupe des Suédois. L'empereur désire qu'il n'y ait dans l'tle de Rugen aucune troupe de cette nation ; en conséquence , vingt-quatre beures après la réception de cette lettre , s'il restait des troupes suédoises dans cette fie , et que ce fussent des troupes de ligne , il faut les faire passer dans la Poméranie. S'il y a des milices dans l'île de Rugen , il faut , sons dififérens prétextes , leur ôter leurs armes ; enfin il faut prendre avec sagesse toutes les mesures pour que l'on n'ait rien à craindre de cette île. Envoyez-moi de suite l'état des troupes suédoises qui sont dans la Poméranie : les soldats qui seront natifs de cette province , vous pouvez les congédier et les renvoyer tbez eux. Quant aux soldats de troupes de ligne suédoises qui seraient natifs de la Suède proprement dite , vous leur laisserez faire le service , mais vous aurez l'œil sur

ao4 NOTES DU LIVRE I.

eux; ne leur laissez aucuns canons ni munitions , mais seulement leurs fusils. Enfin , Prince , toutes les mesures doivent être prises afin que pour un Suédois il y ait cinq ou six alliés , et qu^ils soient surveillés de manière à ne pouvoir pas bouger. Yous enverrez à Stettin les armes des milices , ainsi que les munitions appartenant aux Suédois. Sa majesté approuve d^ailleurs les mesures de prudence qui ont été prises : il ne faut pas quW seul Suédois puisse s^échapper. Le sort des soldats de cette nation qui sont en Poméranie dépendra des circonstances. Vous devez, Monsieur le maréchal, ne laisser aucune communication avec la Suède ; tout ce qui pourra débarquer devra être arrêté et envoyé à Stettin..

Napoléon au major-générai,

Paris, le aS mars 1812.

(Après lui avoir dit de faire connaître au prince d^Eckr mulh les mouvemens qui ont dû être exécutés par les différens corps, il termine ainsi sa lettre) : Vous instruirez le prince d^Eckmulh que si les Russes ne font aucun mouvement , on doit rester in statu quo , réparer Marienbourg , approvisionner Thom , Dantzig , et ne point bouger, puisque nous sommes toujours en paix, et que je désirerais, dans cette situation , pouvoir gagner le mois de mai; mais que si les Russes déclarent la guerre, le prince d^Eckmulh doit faire venir les Bavarois à Thom , prévenir le duc d^Elchingen qu'il doit marcher sur Posen, et le duc de Reggio qu'il marcherait sur la Vistule. L'armée d'Italie ne sera entièrement réunie à Glogau que le i5 avril.

Le langage du prince d'Eckmulh doit être très-paci-

NOTES DU LIVRE I. 2o5

iGque; il doit éviter toute reconnaissance ou mouvement

militaire au delà de la Yistule ; il faut qu^ aucune de ses

patrouilles n'aille même jusqu^à Osterode. Quant au

contingent prussien , le général qui doit le commander

sera rendu le lo à Thom. Il faut que le prince d'Eckmulh

en emploie une partie pour garder Pillau, et placer Tautre

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