‹ Histoire de l'expédition de Russie (volume 2)Chapitre 85 sur 174 · partie sur le Niémen , pour éclairer la marche des Russes · texte numérisé non relu

partie sur le Niémen , pour éclairer la marche des Russes

bien. entendu qu'en cas d'attaque cela viendrait se réunir,

sar la Yistole, au corps du prince d'Eckmulh , qui, par

ce moyen , aurait son corps d'armée , les Bavarois et les

Prussiens sous sa main , et ne tarderait pas à être joint

par le duc de Reggio et le duc d'Elchingen.

Sur ce je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne

carde*

Sis^ NAPOLÉON.

Napoléon au major-g^néraL

Paris, le 3o mars i8ia.

Mon cousin , faites connaître au prince d'Eckmulh que je suppose que les Russes se garderont bien de faire aucun mouvement; qu'ils ne peuvent pas ignorer que la Prusse, TAutriche, et probablement la Suède sont avec moi; que les hostilités reconmiençant en Turquie, les Turcs font de nouveaux efforts ; que le sultan lui-même va se rendre à l'armée ; que tout cela paraît de nature à ies engager à ne pas me braver facilement ; que je pense qu'au i*"^ avril , le premier corps d'armée avec ses six divisions d'infanterie, et le premier corps de cavalerie se trouveront entre Thom et Dantzîg, occupant Marienbourg et Marienwerder , ayant pour avant-garde le corps prussien, occupant Pillau, et ayant des détachemens sur

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leurs frontières ; qu'à la même ëpoqae les Westphaliens ^ les Saxons et les Polonais seront près de Varsovie, et les Bavarois à Posen ; que la division Yerdier et une division de la garde seront à Stettin ; que tout le troisième corps d'armée, avec le deuxième corps de cavalerie, sera à Francfort-sur-FOder; enfin que le corps d'Italie sera k Glogau. Si les Russes ne font aucun mouvement , mon intention est de passer ainsi le mois d'avril , me contentant de travailler avec la plus grande activité à relever la tête de pont de Marienbourg et k Tanner, k fortifier le pont Al Marienwerder , en l'attachant à des pilotis, et non-simplement k des ancres, et d'avoir de bons ponts k Marienbourg et k Dîrschau ; k établir une bonne tête de pont k Dirschau, sur la rive droite de la Yistnle, dans l'île de Nogat , pouvant servir de retraite à l'armée en cas qu'elle se retirât sur Dantzig ; k occuper l'extrémité du Naerung vis-à-vis Pillau ; à approvisionner les magasins de Thom ; k faire moudre le phis de farines que possible k Dantzig ; à préparer des bateaux pour embarquer de cinquante k soixante mille quintaux de farine ; à préparer des bateaux pour embarquer tout l'équipage de siège ; enfin k préparer l'équipage de ponts. Les chevaux arriveront dans le courant d'avril pour l'atteler. Le prince d'Eckmulh placera son parc d'artillerie près de Dirschau, dans l'tle de Nog^t; il fera concentrer de grands magasins k Pillau. Le prince Poniatowski réunira de grands magasins k Zamosc, et surtout k Modlin, Le prince d'Eckmulh approchera insensiblement sa droite de Marieniyjerder , vu que le corps du duc d'Elchingen , doit se porter sur Thom. Pour ne pas alarmer les Russes, il ne poussera aucune reconnaissance sur la rive

droite de la Yistuiè, à plus de dejox lieues d'Elbing , de Marienbourg, de Marienwerder, de Culm, de Thorn; mais les Prussiens qui lui feront des rapports , lui serviront pour former des magasins à Osterode , et dans toute autre position.

Tous préviendrez le prince d^Eckmulh qu!il est probable c[ue, le i5 avril, je donnerai ordre au deuxième corps de cavalerie, qui est à Francfort-sur-FOder^ de se porter sur Thorn , et au 20 avril , au troisième coips de se porter sur Thorn , et aux Bavarois de se porter sur Plock ; l'armée d'Italie se portera également sur Plock» Ce sera la ligne de bataille de l'armée au moment de déboucher, savoir : le premier corps à Ëlbing, k Marienbourg, à Marienwerder ; le deuxième corps à Dantzig ; le troisième corps à Thorn ; le quatrième corps et les Bavarois , sous les ordres du vice-roi , à Plock ; les Westphaliens , les Saxons et les Polonais , et une division de Prussiens, à Varsovie ; les Autrichiens, appuyant sur la Vistule à l'extrême droite, le quartier général et la garde, à Posen.

Il est nécessaire que le prince d'Ëcknralh fasse ùîre des magasins à Posen, à Plock, à Varsovie, à Pulawi, à Marienwerder , à Marienbourg , à Ëlbing ; que du reste , il ne fasse connaître ces projets de mouvemens à personne ; qu'au contraire , il annonce qu'il va porter son quartier général à Varsovie ; que si les Russes ne bougent pas, il se rende à Dantzîg, pour y inspecter tout» Par la date des ordres que je lui ai donnés , il verra que ce ne sera que le i" mai, que mon armée se trouera ainsi en bataille sur la Vistule ; du reste , il ne doit faire aucun mouvement qu'il n'en ait reçu l'ordre. Mandez-lui

2o8 NOTES DU LIVRE I.

que ceci est pour le prévenir, afin qu'il puisse faire ses dispositions en conséquence.

Recommandez-lui de faire venir k lui les i4-' et i6" bataillons de voitures comtoises , et le 20® bataillon de voitures de bœufs qu^il a été chargé d'organiser. Les bataillons de voitures comtoises étant de six cents voitures, les deux bataillons formeront douze cents voitures , portant douze mille quintaux. Le chargement des voitures à bœufs étant de vingt quintaux , le 20^ bataillon portera quatre mille huit cents quintaux , ce qui fera vingt--deux mille quintaux de farine , ou près de deux millions de rations de vivres , fournissant à la nourriture de cent mille hommes pendant vingt jours. Je compte qu'an i*^" mai , ces trois bataillons seront prêts , et que le prince d'Eckmulh pourra partir d'Ëlbing, de Marienbourg, de Marienvi^erder et de Thom avec vingt jours de vivres sur des voitures et quatre jours dans le sac. 11 est convenable que les vivres soient en farine, parce que les fours sont toujours assez promptement construits , et parce que c'est ce qui fait le moins encombrement. Jusqu'au Niémen, le prince d'Eckmulh fera vivre son corps avec les ressources du pays , car la consommation de ses vivres ne doit commencer qu'après le passage du Niémen. Chargez-le de prendre des informations pour savoir si les fours que j^ai ' fait construire à Osterode existent toujours.

Sur ce je prie Dieu , etc.

&^ NAPOLÉON

Napoléon au major-généraL

Saint-Cloud, le la avril 1812.

Mon cousin , vous devez avoir eu communication du traité avec la Prusse. Il n'y est pas question de Spandau

ni âe Pillan, ayant déclaré que je ne pouvais m^empécher d'occuper ces deux positions.

Quant à Graudentz et à Colberg , n'ayant pas besoin de ces deux places, j'ai cependant stipulé qu'on m'enverrait les états de situation, et que j'y mettrais des officiers d'artillerie et du génie , pour y faire confectionner des munitions , et être bien informé de tout ce qui se passe dans la place. En conséquence , donnez vos ordres au commandant d'artillerie de mettre une compagnie d'artillerie à Spandau , et au duc de Reggio , de mettre un bataillon d'infanterie, non dans la citadelle, mais dans la ville, comme je l'ai ordonné. Ecrivez en même tems à mon aide de camp Narbonne. Je désire que le roi n'ait à Spandau qu'un commandant et une cinquantaine d'invalides. Il est important que je sois maître de Spandau, qui est la citadelle de Berlin , et qui intercepte la communication avec cette ville.

Quant k Pillau, il est nécessaire qu'il y ait une garnison prussienne. Faites connaître l'esprit du traité au prince d'ELckmulh. Mon intention est de mettre une garnison française à Pillau, lorsque mes troupes auront passé Kœnigsberg, en laissant dans cette place un commandant prussien et quelques invalides, et le drapeau prussien. Pillau est la citadelle de Kœnigsberg , comme Spandau est la citadelle de Berlin. Vous chargerez le prince d'Eckmulh d'y tenir un officier d'artillerie et un enseigne de vaisseau intell igens , qui rendront compte tous les jours. Mandez au prince d'Eckmulb , que je ne sais ce qu'il entend par la ligne de démarcation proposée par le général Tavenzier. Il doit y avoir à Colberg quatre mille Prussiens en garnison ; mais je dois recevoir les états de I. i4

situation de cette place, et y avoir des officiers d^artillene et du génie qui m^instmisent de ce qui se passe. Donnez donc Tordre à trois officiers de marine intelligens , du grade d'enseigne de vaisseau , de se rendre à Golberg ; mettez-y un officier d'état major du grade de capitaine , et an officier d'artillerie du grade de lieutenant. Ces cinq officiers s'établiront à Golberg. Ils rendront des comptes journaliers sur les mouvemens de la place et sur tout ce qui intéresse mon service , aux gouverneurs de Dantziget de Stettin.

Donnez ordre au prince d'Eckmulb d'envoyer à Graudentz un officier d'artillerie , pour s^informer de ce qui s'y passe. Ecrivez au commandant prussien de Graudientz /qu'ayant confié au prince d'Eckmulh le commandement de la ligne de la Yistule depuis Thom jusqu'à Dantzig , il est nécessaire qu'il lui envoie les états de situation de la place. Vous enverrez vos lettres pour le duc de Reggîo et pour le commandant de Golberg et de Graudentz à mon aide de camp Narbonne , qui s'en expliquera avec le comte Saint-Marsan et M. de Hardenberg.

Je veux avoir à Spandau une compagnie d'artillerie française , on officier d'artillerie du grade de capitaine , qui ne prendra pas le titre de commandant de la forteresse , mais qui sera intelligent , alerte , qui observera tout et qui pourvoira à ce que les magasins qui sont dans la ville puissent servir pour mon administration. Il y aura du reste un commandant prussien, une garnison prussienne, qui n'ira pas an-dessus de quatre-vingts invalides ^ et le drapeau prussien flottera sur la place comme appartenant à la Prusse. Il y aura dans la ville un bataillon d'in-

NOTES DU LIVRE I. ^ii

fanlerie et une batterie d'artillerie de campagne, de sorte que je puisse me considérer comme entièrement maître de la place , mon intention étant , lorsque la guerre sera déclarée , de mettre garnison dans la forteresse de Spandau , de l'approvisionner, de l'armer ; mais il est inutile d'en rien dire. Bornez-vous pour le moment à écrire que j^ai besoin d'être informé de tout ce qui se passe à Colberg et à Pillau , ces places étant près de la côte ; que c'est ce qui a nécessité l'envoi de trois officiers de marine à Colberg et d'officiers d'artillerie et du génie ; que je désire qu'on leur facilite les communications. Il faut envoyer dans la place des officiers sages , bien élevés , ayant un bon langage , et qui n'aillent point faire de fanfaronnades ; il faut qu'ils soient polis et se contentent d'observer et de rendre compte. Votis écrirez aux gour* vemeurs prussiens de Graudentz et de Pillau à peu pt%s en ces termes : Que l'intention du roi étant que ces places soient sous les ordres de l'état major de l'armée française , et que les états de situation et de la garnison et des magasins lui soient envoyés , et que l'empereur ayant confié le commandement de la Yistule au prince d'Eckmulh , c'est à lui que ces gouverneurs doivent s'adresser. Vous écrirez à celui de Colberg qu'il vous les adresse directeinent. Ecrivez au comte Narbonne pour qu'il débrouille ce qui est relatif à la dislocation des troupes prussiennes qui doivent être composées de quarante mille bommes , savoir : de vingt mille bommes formant le contingent actif ; sept mille bommes en garnison à Graudentz , quatre mille hommes en garnison à Colberg , dix-huit cents hommes à Potzdam , dix mille bommes en Silésie. Je désire connattre où se trouvent

212 NOTES DU LÏVRE l.

aujourd'hui ces troupes et leur situation. En général , î! est nécessaire que vous envoyiez une copie du traité au comte Narboune , que je considère comme faisant fonction de mon commissaire pour F exécution de ce traité. Sur ce je prie Dieu , etc.

Signé NAPOLÉON.

Napoléon au major-général,

Saint-Cloud, i8 avril 1812.

Mon cousin , mandez au prince d^Eckmulh que , moyennant les quatre bataillons et les quatre escadrons qui de Berlin et de Francfort se rendent à Kœnigsberg , le général Graw^ert aura une belle division et beaucoup de cavalerie ; que Fartillerie arrive de Nœhrung , vis-à-vis Pillau ; que mon intention est que le prince d'Eckmulh ne passe pas la Yistule , ou du moins que ses reconnaissances ne passent pas d'une journée la droite de la Yistule , et qu'il se serve des Prussiens pour éclairer le pays ; que si les Russes s'emparent de Memel et de la rive droite du Niémen , sans passer la rivière , il envoie un parlementaire pour demander si cela est une déclaration de guerre , et que dans le cas où le général russe répondrait que non , mais que c'est une simple disposition militaire , il convienne avec lui qu'on se considérera de part et d'autre comme en paix , à condition qu'on ne passera pas le Niémen ; que si au contraire les Russes commençaient les hostilités et marchaient en force vers Varsovie , il ne fasse que les mouvemens nécessaires pour empêcher Varsovie d'être pris ; qu'il a l'autorisa-

NOTES DU LIVRE L 2x3

tion-, dans ce cas , de mander aux ducs d'Elchîngen et de Reggîo et au général Saint-Cyr de diriger leurs corps sur Marienwerder et sur Thom ; mais que je suis fondé â penser que les Russes ne feront aucun mouvement , si ce n'est peut-être pour s'emparer de Memel , ce qui , militairement parlant , est une opération légitime ; je dis* militairement parlant, car, sous le point de vue politique, c'est une- agression ; aussi mon ambassadeur a-t-il Tordre de quitter Pétersbourg si le cas arrivait ; mais le prince d'Ëckmulh , qui n'a rien à voir à la politique , peut se considérer comme en paix avec les Russes , s'ils ne passent pas le Niémen sans l'avoir déclaré plusieurs jours d'avance ; qu'au i**^ mai toutes mes troupes seront en mouvement , et qu'au 1 5 mai toutes mes troupes seront sur la Vîstnle ; et que , comme il est possible qu'à cette époque je me trouve de ma personne à Posen , je donnerai les ordres que nécessiteront les circonstances.

En tout état de choses, je désire que le prince d'Ekmulh ne compromette rien ; qu'il se considère comme mattredeKœnigsberg, puisqu'il y a des Prussiens; comme maJtre- des points qui sont vis-à-vis Grodho, puisqu'il y ad^la cavalerie polonaise; qu'il laisse arriver tranquillement le beau temsy la saison des fourrages, et centralise- mes troupes ; qu'il ne doit faire des efforts que pour garantir Varsovie ; que toutes les mesures qu'il propose par sa lettre du 6 avril, ne tendraient qu'à exciter les Russes à commencer l'attaque ; que les travaux que l'on fera sur le Cùrisb-Haff et vis-à-vis Memel , ne seront bons que lorsqu'on sera décidé à se porter sur Kœnigsberg ; qu'il faut bien se garder d'ôter les bateaux qui sont «ir le Niémen , et de rien faire qui montre de l'inquié-

2i4 NOTES DU LIVRE I.

tude ; qûMl faut, au contraire, être pacifique ; que j^au^ rais pu faire avancer quinze jours plutôt quelques corpsr de cavalerie sur la Yistule , si je n^avais craint qu'ils ne trouvassent pas de quoi subsister ; au lieu que , partant le i"mai, à leur arrivée sur la Vîstule le i5 mai , l'herbe sera bonne au moins à manger.

Sur ce , etc. ,

Signé NAPOLÉON.

Napoléon au major-général.

Saint-CIoud) le si avril i8ia.

Mon cousin, je vous envoie ujie lettre d'un de mes officiers d'ordonnance qui a passé à Spandau le i^ avril. Vous y verrez qu'il n'a pu entrer dans le fort. Cela n'est nullement conforme à mes intentions. Je vous ai donné Tordre de faire entrer une compagnie d'artillerie dans la citadelle , et de tenir un bataillon d'infanterie dans la ville. Mo^ intention est que , pour vous assurer davantage de Spandau , vous y placiez un général de brigade pour y commander , et que l'on forme dans cette place le dépôt des bataillons et escadrons de marche qui soni dirigés sur Berlin ; par ce moyen , il y aura toujouns deux mille hommes dans cette place. Donnez ordre en conséquence aux bataillons de marche qui sont à Magdebourg , hormis à cinq cents hommes , de se diriger sur Spandau; prévenez le duc deReggio de la grande importance que j'attache à être maitre de ce point. Il faut avoir dans la ville une bonne garnison , y faire faire le service en règle , avoir un officier d'état major et une compagnie

NOTES DU LIVRE I. 2i5

^artillerie dans le château ; enfin se servir des magasinsde la citadelle pour y mettre des munitions d^ artillerie et du blé , de sorte que la nécessité de communiquer avec ces magasins me rende tout-à-fait maître du fort , où mon intention est de mettre un bataillon en garnison dès que les hostilités seront commencées.

Ecrivez au duc de Reggio de faire tout cela du meilr leur accord possible avant son départ; et si cela donnait lieuà quelqu^ embarras, de retarder le départ de ses troupes. Ce sont mes officiers qui doivent commander à Rerlin. La garde nationale doit être à mes ordres. Ecrivez donc au duc de Bellune, afin qu'il sache Inen k quoi s'en tenir. Le traité est positif sur cet objet II ne doit cependant pas se mêler des.a(£aires du gouvernement.

Je suppose que le général Lariboissière aura laissé un officier d'artillerie en mission à Berlin , et que ce général aura £ait connaître où sont les fusils, le^ canons et les iniiiiitioB& des Prussiens.

Il est bon quç des officiers français aillent se promener à Pot^dam , comme pour vair la ville et assister à la pajrade , couchent dans les auberges et observent ce qui s'y jpasse. U doit toujours y avoir des officiers français allant et venant , et que ce mouvement paraisse être le résultat de la curiosité des personnes qui veulent voir Potz-^ ^Um. Faites-moi connaître positivement le jour du départ ^udoc de Bellune.

Sur ce , etc.

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