A-^/MT NAPOLEON
2i6 NOTES DU LIVRE L
Napoléon au major-généraL
Saint-CIoudy 32 avril 1812.
Mon cousin , vous donnerez les instructions suivantes au duc de Bellune. Le corps dont il va prendre le cornmandement se compose de la douzième division ou celle du général Partouneaux , de la vingt-cinquième division, commandée par le général Daendels , et d^uâe division composée de trois régimens polonais qui étaient en Andalousie , les 4-^, 7^ et 9<^ ; ils ont maintenant passé Bayonne , et sont en marche pour Sedan. Cela fera une force de plus de trente mille hommes. La douzième division est en marche de Wesel sur Magdehourg ; mon intention est de la réunir à Spandau et à Berlin ; elle y sera dans la première quinzaine de mai. La division Daendels est dans le Mecklembourg, dans la Poméranie suédoise et à Stettin. La division polonaise ne pourra être à Berlin que vers la fin de mai. Ainsi , pendant le mois de mai , tems nécessaire pour la formation de ce corps d^armée , il est destiné à tenir garnison à Berlin , et à assurer les communications de l'armée et la tranquillité du pays. Dans le commencement du mois de juin, trois divisions de la réserve , qui se réunissent à Cologne et à Wezel , et qui formeront près de quarante mille hommes , prendront position à Magdehourg , à Berlin et sur ïes côtes. Alors le neuvième corps se trouvera formé , bien organisé , et se portera sur la Vistule pour entrer en ligne. Ainsi , pendant le mois de mai , le duc de Bellune n^a d'autre opération à faire que d'organiser son corps pour
contenir la Prusse , et surveiller tout le pays entre l'a Yistule et le Rhin ; c^est ce qui m^a déterminé à décider qu'il porterait son quartier-général à Berlin , et à placer sous son commandement non-seulement les troupes du neuvième corps , mais aussi les troupes de Stettîn , Custrin et Glogau, la division Princière, dont la première brigade occupe Hambourg, et la seconde Berlin ; la garnison de Magdeboui^ , et toutes les troupes qui restent dans le royaume de Westphalie , ainsi que tous les bataillons ou escadrons qui se dirigeront sur Magdebourg ou Berlin pour rejoindre Farmée.
Une instruction précise est nécessaire pour cette mission importante. Mon intention est que le duc de Bellune soit rendu le a6 ou 27 à Berlin , afin de prendre cette place des mains du duc de Reggio. Vous lui adresserez une copie du traité fait avec la Prusse , ainsi que la convention relative aux subsistances , mais sons te secret , et pour le mettre en état de comprendre la question.
A mesure que nous avançons , nous approchons de la guerre , et il faut par conséquent redoubler de fermeté et ^c vigilance. Le duc de Reggio n'a eu que des instructions vagues pour entrer à Berlin ; on était alors plus éloigné de la guerre; mais un mois s'est écoulé depuis et -a amené des circonstances plus décisives. Voici mes in- ~^entions : conformément à l'esprit du traité , aucun gé- ^aéral ou officier prussien ne doit commander à Berlin , aucune troupe prussienne ne doit s'y trouver , aucun service ne doit s'y faire que par ordre du général français. Jai confié le commandement de la place de Berlin au général Duruttc ; il devra faire défiler la parade tous les
2i8 NOTES DU LIVRE I.
jours , donner le mot d^ ordre et commander le service» La garde nationale pourra faire le service conjointement avec mes troupes. Le peu d'hommes de troupes régulières qui sont restées à Berlin ne doivent y élre que pour la garde du palais ^ encore recevront-ils Tordre du commandant français. Spandau doit être considéré comme la citadelle de Berlin : j^attache la plus grande importance il n^avoir aucune inquiétude sur cette place.
Il a été convenu dans le traité que le roi de Prusse serait le maître de 1^ désarmer , et qu'il n^y laisserait qu'une compagnie d'invalides ; mais je me suis réservé de l'-occuper, ainsi quePillau, Tune et l'autre étant nécessaires à la sûreté des communications. J'ai ordonné qu'une compagnie d'artillerie fût mise dans la citadelle, et qu'on se servirait des magasins pour y renfermer des munitions* J'ai recommandé qu'un ou deux bataillons fussent toujours en garnison k Spandau; qu'on y plaçât un commandait d'artillerie du grade àt chef de bataillon , et que tous les bataillons ou escadrons de marche venant de Magdebourg passassent par Spandau , afin d'y avoir toujours deux à trois mille hommes. Un général de briga4iÇ y sera chargé du commandement supérieur, et veillera à ce que le service y soit fait avec la plus grande exactitude» Spandau sera sous les ordres du général de division commandant de Berlin. On évitera de mettre des troupes dans la citadelle , si ce n'est la compagnie d'artillerie dont j'ai parlé, jusqu'au commencement des hostilités; mais au premier coup de fusil un millier d'hommes entreront dans la citadelle ; les invalides prussiens y resteront ; le drapeau prussien continuera d'y flotter ; on pourvoira sur-le-champ à l'approvisionnement du siège pour six
NOTES DU LIVRE I. 21g
mois ; on approvisionnera l^artillerie de la citadelle et de la place, et Ton mettra , s'il est nécessaire, les ouvrages, en bon état. Jusqu'au moment de la guerre , on doit avoir desménagemens , se contenter de garder Tartillerie qui s'y trouve , n'en rien laisser sortir , n'admettre de troupes prussiennes que la compagnie d'invalides, et se trouver: en mesure d^étre maître de la citadelle, sans l'occuper en attendant , autrement que par une compagnie d'artillerie, qui aura l'air de n'être là que pour soigner les munitions et préparer les artifices. On doit occuper l'arsenal de Berlin , en conservant tout ce qui est propriété du roi , et ne prenant rien que sur inventaire ; mais il im* porte d'avoir l'œil à ce qu'il n'y ait à Berlin ni dans les environs aucun dépôt d'armes , aucun canon dont la populace puisse s'emparer.
Tous les magasins français , tant de vivres que de mi>lûtions de guerre , doivent , excepté le moment du passage, être constamment k Magdebourg, Spandau et Custrin. Il ne doit y avoir aucune troupe dans la Prusse , seulement dix-huit cents hommes à Potzdam , et trois mille si le roi y demeure ; quatre mille à Colberg , trois mille à Graudentz, et dix mille dans la Haute-Silésie. Lc; commandement du duc de Bellune s'étend sur la partie de la Silésie que nous avons conservée , sur Colberg , sur toute la côte depuis Colberg jusqu'à Hambourg, sur la Poméranie et le Mecklembourg. Il doit recevoir de fréqaens rapports de tous les points, du commandant prussien de Colberg et des officiers français que j'y ai établis , du commandant de Magdebourg , et du ministre de la guerre de Westphalie, afin de pouvoir, dans les cas imprévus , connaître les forces qu'il aura à sa disposition ,
et prendre des mesures selon les circonstances. La gen^ darmerie prussienne restera seule dans le pays ; aucime troupe détachée , soit de Potzdam , soit de Colberg , ne pourra y entrer que sur sa demande.
Vous donnerez Tordre au commandant de la trentedeuxième division militaire , à celui du Mecklembourg , de la Poméranie, à celui de Magdebourg , au commandant prussien de Colberg, et aux officiers français qui y ont été envoyés , de correspondre avec le duc de Bellune , et de Tinstruire de tout ce qui se passera ; ce qui ne doit pas empêcher leurs relations ordinaires avec l'état major général. Vous écrirez dans le même- sens aux ministres de la guerre de "Westphalie et de Saxe.
Si une descente avait lieu sur les câtes, le duc de Bellune devra en être instruit sur-le-champ , pour faire toutes les dispositions convenables. Vous le préviendrez que Fadministration du pays reste tout entière aux agens du roi de Prusse, mais que la surveillance des journaux , des écrits et tous les moyens de police doivent être dans sa main , afin que rien ne donne au peuple une impulsion dangereuse, et que le pays n'ait aucun moyen à& s'insurger. La place de Graudentz sera dans un autre sys^ tème. Vous informerez le duc de Bellune que j'ai ordonné que trois ou quatre officiers intelligens entrassent à Colberg et k Graudentz; je m'en suis réservé le droit par le traité. Vous lui manderez qu'il est convenable qu'il aille voir les bouches'de POder , afin de faire établir des bat« teries là où il serait nécessaire. Une partie de la garnison de Colberg pourra être établie sur les côtes pour faire le service concurremment avec les troupes françaises ; maîs^ le droit réel de garder une garnison prussienne n'est que .
«pour Colberg, comme Potzdam est la seule vîUe où les troupes françaises ne doivent point passer. Il est convenable pourtant d^accoutumer le peuple de Potzdam à voir beaucoup d^ officiers français , et qu^il y en ait qui aillent souvent y coucber pour voir la ville ; si la curiosité ne les y portait pas assez , il serait nécessaire de les y engager sous ce motif. La meilleure manière d'assurer la tranquillité de la Prusse , c'est de la mettre dans Timpuissance de faire un mouvement au cas qu'une descente vînt à avoir lieu , ou que nous perdissions une bataille.
Il me paraît convenable que le duc de Bellune , en acceptant un logement à Berlin , n'accepte aucune table , et qu'il représente sur les fonds que je lui accorde : sa représentation doit être grande. Il est inutile de lui recommander les plus grands égards pour les princes, les ministres et les principaux personnages de Berlin , tout en se saisissant de la police. Toute insulte faite à un Français doit être jugée par une commission militaire , conformément à nos usages. Le duc de Bellune organisera sa correspondance , ainsi que je viens de le dire , avec les principaux officiers de son commandement.
La trente-deuxième division militaire ne fait point partie de l'armée pour l'administration ; le duc de Bellune ne doit y donner aucun ordre de détail , mais connaître bien l'état des cboscs, afin de faire les dispositions convenables , s'il y avait des mouvemens à réprimer ou des descentes à repousser. Le duc de Valmy , qui com- . mande les vingt-cinquième et sixième divisions militaires, aura son quartier-général à Mayence et à Wezel. Vous remettrez au duc de Bellune un double du traité fait avec le roi de Danemarck , par lequel il sera instruit que ce
prince doit fournir, an besoin, un corps de douze mille hommes, pour se porter soit sur le Znyderzëe, soit sur rOder, et contribuer avec mes troupes à repousser une descente. On ne connaît point encore la disposition des Suédois : en attendant , Fembargo mis dans la Pomé« ranie , et les mesures qui ont été prises , doivent être exécutés avec vigueur.
La première brigade de la division Partouneaux ne pouvant arriver à Magdebourg que vers le 8 ou lo mai, cela m^a décidé à ordonner à la division vnirterabourgeoise de rester à Francfort-sur-l'Oder, et de ne pas se rendre sur la Vistule. Le duc de Bellune ne la dérangera de sa position qu^en cas de nécessité; ainsi, pour les dix premiers jours de mai , il aura une brigade de la division Princière à Berlin, la division Daendels dans le Mec- Uembourg , à Stettin et dans la Poméranie ; la division wurtembourgeoise à Francfort- sur-F Oder, et enfin la garde impériale, qui arrive à Dresde. Une division de la garde impériale, commandée par le général Roguet, se dirige sur Berlin ; elle y arrivera vers le 1 5 de ce mois , mais seulement pour y passer. Des travaux ont été ordonnés dans File de Rugen et dans la Poméranie suédoise ; il en faudra faire aux boucbes de FOder; le général de la trente-deuxième division militaire, le commandant du génie et le commandant du Mecklembourg pourront faire connaître les points principaux à fortifier sur cette côte. Un adjudant-commandant intelligent sera attaché au gouvernement de Berlin , et y restera quand le duc de Bellune partira avec son corps. Vous ordonnerez au duc de Bellune de communiquer cette instruction à son successeur. Il est nécessaire aussi d'organiser une police
près du gouverneur général de Berlin , afin de connaître ce qui se passe , et d'avoir l'œil ouvert sur toutes les menées qui pourraient avoir lieu.
Etant ainsi assuré de Stettin , de Custrin , de Glogau , de Torgau, de Spandau, de la Saxe, de Magdebourg, ayant des corps de réserve , ayant l'œil à ce qu'il n'y ait nulle part des rassemblemens d'armes , ayant des officiers intelligensà Colberg, et y envoyant quelquefois des aides de camp de confiance , on sera en mesure de ne rien craindre de la déloyauté des Prussiens , si , après un événement malheureux , ils pouvaient être excités à s'y porter.
Le ministre de France à Berlin , le comte de Saint- Marsan , est un homme sur lequel on peut c<^mpter, et qui possède à un haut degré la confiance des Prussiens : le gouverneur général devra le ménager, et pourra se concerter avec lui en toute sûreté. Le duc de Bellune devra , dans toutes' les circonstances , témoigner les plus gfàïlds égards pour le roi et pour le gouvernement prussien , ce qui doit même être porté jusqu'à l'affectation dans toutes les fêtes et circonstances quelconques. Il serait convenable de former un arrondissement au gouvernement de Dantzig, en plaçant la limite entre I>ant2ig et Colberg; par ce moyen , le gouverneur de Dantzig serait à portée de surveiller la côte ; il pourait y envoyer des piquets d'infanterie et de cavalerie , des officiers , et recevoir des rapports. Indiquez-moi le point où doit finir le coitimandement du duc de Bellune , et remettez-moi demain la lettre que vous écrirez au ministre du roi de Prusse et au commandant prussien de Colberg, ainsi que l'instruction
que vous donnez au duc de Bellune, diaprés cette letiref dans laquelle je croîs avoir tout prévu.
Sur ce, etc.
Signé NAPOLÉON.
Napoléon au major-général.
Saint-CIoud, le 7 mai 1813.
Mon cousin , }e vois par la lettre du prince d^ËckmuIL, du a3 avril , qu^il est dans Terreur ; il dit dans cette lettre que nous ne demandons pas à occuper PiUau , parce que j par les traités , les Prussiens doii^nt l'occuper ; cela est faux. Pourquoi le prince a-t-il ainsipréjugé que , par les trai->i tés, nous ne devions pas occuper Pillau? Yous donnerez donc Tordre au prince d'Eckmulh qu^aussitôt que les troupes seront en mouvement , il ait à faire occuper Pillau par un commandant et par des détachemens de son corps ; le roi de Prusse a dà donner des ordres pour cela. Le prince a paiement eu tort de laisser retirer les pièces dWtillerie que les Prussiens avaient au Ncyrung; puisqu'elles y étaient , il fallait les garder ; les pièces qui étaient à Memel en offraient une quantité suffisante pour les ouvrages de Lochstadt. Je vois que, moyennant les ouvrages des Prussiens , cette pointe du Ncyrung est &k sûreté; il faut la fortifier encore, car cette pointe est très-importante ; il faut placer à F extrémité une forte batterie battant la mer. Faites connaître au prince d'Eck* mulb que , sans insulter les Prussiens , mais d^une manière naturelle , il faudra , aussitôt que possible , prendre
possession de la vîlie de Pillau. Il y aurait peut-être de rinconvénient k faire cette opération tant que le corps prussien couvrira Kœnigsberg , mais il faudrait la faire, quand nous serons sur la Pregel , de manière que cela ne fftt pas offensant pour nos alliés.
Sur ce , etc.
&^/«? NAPOLÉON
Le prince de Neufchàiel et de Wagram au duc de Feltre*
Dresde, le i8 mai 1813.
(Après avoir fait connaître au duc de Feltre que Tiurtention de Fempereur est de ne point sortir des dispositions qu'ail a arrêtées pour la composition des états majors, même pour les rois qui commandent des corps, et être entré dans de longs détails à ce sujet , le prince de Neufchâtel termine ainsi sa lettre) : Je prie Y. £xc. de vouloir bien me seconder pour m^aider et me donner la force de résister aux demandes des rois commandant des corps d^armée , en ce qui serait contraire à 1 ordre général établi par F empereur.
Signé ALEXANDRE.
Napoléon au mûjor-générah
Dresde , le 30 mai 1813.
Mon cousin , écrivez au duc de Bellune qu'il faut continuer à traiter les Suédois en amis; qu'en conséquence les troupes et les marins suédois doivent rester où ils sont ; mais que si, avant que les choses soient décidées, il y
arait danger que la Potnéranie fût attaquée , ces hommes doivent être désarmés , etenToyésdansFintérieurf etc. , etc. ( Slûvent d^autres ordres qui présentent peu dMntérét).
Signé NAPOLÉON.
Napoléon au major-générah
Dresde, le ai mai 1813.
Mon cousin , «faites connaître au duc d^Elchingen que la saison des opérations allant commencer , il est nécessaire qu^il pousse la tête de son infanterie sur Osterode, et que sa cavalerie s'approche également de cette place , car il est probable que, vers le premier î^in, il recevra
ordre de porter son quartier-général à Osterode , etc
(Le reste de la lettre contient des ordres k différens corn-
mandans de corps d'armée. )
Signé NAPOLEON.
Napoléon au major-généràt.
Dresde, le ai mai 181a.
Mon cousin , envoyez Tordre au due de Bellune de faire relever à Spandau les bataillons de marche qui s'y trouvent par on bataillon de Wurtzbourg et par un bataillon français de la division du général Partouneaux. Il donnera k ce régiment une demi-batterie d'artillerie prise sur celle attachée à la division Partouneaux, de sorte que le général Merle se trouve avoir quinze cents hommes et une demi-batterie pour s'assurer de la position importante de Spandau.
Le duc de Bellune fera venir les différens bataillons de marche k Berlin ; il en passera lui-même la revue , et dî-
r%era tout ce qui appartient au premier , au deuxième et au troisième corps sur Marienwerder , d^où chaque détachement joindra son régiment. Tout ce qui appartient au quatrième corps sera dirigé sur Plock. Faites connaître au duc de Bellune qu^il est nécessaire qu'une partie des deux bataillons que je mets k Spandau entre dans la citadelle pour faire le service , et qu'on procède à l'armement. n faut qu'un conmiissaire des guerres et un ofBcier de santé soient envoyés dans cette place ; faites donner les ordres en conséquence. Tout cela doit se faire sans parler. Si Ton demande la raison de cet armement, on doit répondre que l'importance de cette place exige qu'elle soit mise k l'abri de tout événement et d'une descente des Anglais. Recommandez au général Merle de donner à diner aux officiers prussiens, et d'être fort honnête avec eux.
Sur ce , etc.
Signé NAPOLÉON.
li jjnwce de NeufchAieletde PF'agram au prince de Scknaarl-
zenberg»
Dresde , le a6 mai iSia.
Monsieur le prince de Schwartzenberg , sa majesté ordoaone que vous ayez une police secrète pour connaître les mouvemens de l'armée. Je vous ferai solder les dépenses que vous serez dans le cas de faire pour cet objet, s'il y en avait d'extraordinaires. En attendant , sa majesté a ordonné que vous fussiez porté sur l'état des dépenses secrètes pour douze mille francs par mois, somme accordée pour le même objet dans les difiCérens corps d'armée.
Signé ALEXANDRE.
Lt prince de Neufchâtelet de Wagrdm au prince deSchwarl-
zenberg, (a)
Dresde, le 26 mai 181a.
Monsieur le prince de Schwartzenberg, sa majesté ordonne que vous annonciez à Lemberg Farrivée de cent mille hommes , comme devant se joindre à votre corps d'armée pour entrer en Volhinie , et former une grosse armée. Faites des dispositions de cantonnement en conséquence. Donnez des ordres pour les vivres , et faîtes tout ce qui est d'usage en pareille circonstance pour le
faire croire à l'ennemi.
%/ir ALEXANDRE.
Le prince de Neufchâtelet de Wagram au prince de Schwari-
zenberg.
Dresde, le 26 mai 181 -j.
■Monsieur le prince de Schwartzenberg, sa majesté ordonne que vous écriviez au commandant dans la Transylvanie , qu'il fasse courir le bruit de l'arrivée de beaucoup de troupes , ayant pour but de couper l'armée russe
^e Moldavie.
Si^ ALEXANDRE.
Le prince de NeufcMtelet de IVagram au prince de Schçoart-
zenberg,
Dresde, le 26 mai 1812.
Monsieur le prince de Sthwartzenbei^ , sa majesté ordonné que votre corps d'armée prendrait le titre i
(a) Napole'on avait dicté cette lettre et les deux suivantes.
NOTES DU LIVRE h 229,
premier corps d'armée d'Autriche. Le but de l'empereur, en choisissant cette dénomination , est de faire présumer à l'ennemi qu'il y a plusieurs corps d'armée autrichiens^ et que celui de la Gallicie et celui de la Transylvanie sont destinés à prendre l'ofTensive. Il est nécessaire que TOUS fassiez courir des bruits qui accréditent cette opî*mon.
Signé ALEXANDRE.
Circulaire aux commandons de corps d*armée>
Dresde y le 37 mai 18 12.
L^ empereur ordonne que vous prescriviez à MM. les généraux de division de passer le 4- juin une revue de leurs divisions. Ils s'assureront que les armes sont en bon état, que chaque soldat est pourvu de cinquante cartouches «t de trois pierres à fusil. Les commandans d'artillerie visiteront les caissons et s'assureront qu'ils sont en bon état et qu'il n'y a point de munitions avariées. Sa majesté ne veut point que dans les corps d'armée on imprime aucun ordre du jour , aucune proclamation , et son intention est qu'on ne cesse point de tenir un langage pacifique. Toutefois, on aura soin de ne laisser passer au-delà des avant-postes personne qui ne soit muni d'un passe-port du duc de Bassano ; mais on laissera entrer tous les voyageurs ou courriers qui se présenteront, en ayant soin de les interroger , et on les fera accompagner au quartier-général de sa majesté.
Signé ALEXANDRE.
33o NOTES DU LIVRE I.
Napoléon au major-^général*
Thorn, le 3 juin iHia.
Mon consin, prenez des mesures dans la journée pour mettre en règle les logemens de Thom. Il faut donner les meilleurs au duc de Bassano et au comte Daru , ministre secrétaire d^état Donnez des ordres et prenez des mesures pour qu^aucun ministre , aucun officier des puissances alliées de la France , sous quelque prétexte que ce soit , ne passent Thom ni les avant-places de la Yistule , mon intention étant de n^ avoir aucun étranger , proprement dit , à moins de vingt lieues de mon quartier-général ; mais de les tenir dans les dépôts à Thom et autre§ places â mesure que Ton avancera.
Sur ce , etc.
S^' NAPOLÉON
Napoléon au major^généraL
Thorn , le 6 juin 1813.
Mon cousin , écrivez au duc de Dalmatie que j^ai reçu •et différentes lettres ; que je les ai envoyées au ministre de la guerre qui lui fera connaître mes intentions \ que ton armée est d'une force telle que je ne doute point qu'il ne conserve l'Andalousie , et ne repousse l'ennemi toutes les fois qu'il voudrait l'attaquer , que je lui fais dire par son aide de camp que je suis en mouvement pour lâcher â^tn finir avec les Russes. Sur ce , etc.
&^ NAPOLÉON
NOTES DU LIVRE I. 23i
Napoléon au major-genéraL
Kœnîgsberg , le i6 juin i8ia.
Mon cousin , écrivez au duc de Bellune , pour lui faire connaître qu^il est probable que les premiers coups de fusil seront tirés vers le 23 ou le 24 juin. Il est donc probable que versles premiers jours du mois de juillet, les résultats en seront connus à Berlin. Il est donc convenable qu^au reçu de la présente, il se rende à Spandau pour s^assurer que cette place est bien armée , bien approvisionnée, et dans le cas de faire une bonne résistance; quMl y a la quantité de poudre et de boulets nécessaire. Qu^à cette époque la division Lagrange sera arrivée à Berlin, et la division Partouneaux réunie à Stettin. Qu^il est convenable que toutes les troupes qui sont à Berlin ne logent pas chez Thabitant , mais soient casernées ou campées ; qu'elles aient quelques pièces d'artillerie , et que tout se trouve dans une situation satisfaisante , etc. , etc. (Le reste de la lettre , relative à des mouvemens et incorporations de troupes, offre peu d'intérêt.)
5/^ NAPOLÉON
Napoléon au major" général»
Wilkowisky, le aa juin 1813.
Mon cousin, vous enverrez ma proclamation à Farmée. Donnez ordre aux maréchaux commandans les premier , deuxième , troisième corps de la garde et la cavalerie de ne la publier que le 24 , à la pointe du jour. Ecrivez au duc de Tarente qu'il fasse connaître cette proclamation le 25 à la septième division ; èt^ quaût au corp4
i32 NOTES DU LIVRE I.
prussien , il ne la leur communiquera pas , mais quUl leur en fasse une à sa volonté , dans laquelle il leur dira en peu de mots que ^a guerre a commencé , et que la Russie la veut. Ecrivez au roi de ^"estphalie de la faire connaître aux cinquième, septième et huitième corps, seulement dans la journée du 26 au matin. Envoyez la proclamation au prince Schwartzenberg , et comme elle n^est pas convenable pour son corps d'armée , chargez-le d^ substituer celle qui lui conviendra , en faisant seulement connaître que la guerre a commencé; il ne publiera cette communication que le 26. Communiquez ma proclamation au vice-roi ; il en donnera connaissance à son corps et aux Bavarois le 25. Les gouverneurs de Kœnigsberg et Dantzig la publieront le 27. Envoyez-la par Testafette de ce jour à mes ministres à Vienne et à Berlin. Envoyez-la également à mon ministre à Varsovie; ils ne la feront publier que le 26. Ainsi cette proclamation sera pour toute l'armée, à l'exception des Autrichiens et des Prussiens , auxquels les commandans de ces corps feront des proclamations paifticulières. Sur ce , etc.
Signé NAPOLÉON.
Napoléon au major-général (a).
Wilna, le 9 juillet i8ia.
Mon cousin, répondez au prince Poniatow^ski que TOUS avez mis sa lettre sous les yeux de l'empereur ; que
{a) Je rae suis décidé à citer cette lettre , parce qu*elle fait connaître combien Napoléon supportait di£Qcilement la contrariété ; il a d^ailleurs loué si souvent les Polonais, qu*on peut affirmer qu*il connaissait mieux que personne Tinjustice des reproches qu'il leur adressait.
sa majesté a été très-mécontente de savoir qu^il parle de
solde, de pain , lorsqu^il s^agit de poursuivre Pennemi;
que sa majesté a été d^autant plus surprise qu^il est seul de
son côté avec peu de monde , et que , lorsque les gardes
de r empereur qui sont venus à Wilna à marches forcées
de Paris , au lieu d^avoir demi-ration , manquent de pain ,
n^ont que de la viande , et ne murmurent point , Fempe-
reur n'a pu voir qu'avec peine que les Polonais soient
assez mauvais soldats et aient assez mauvais esprit pour
relever de pareilles privations ; que sa majesté espère
qu'elle n'entendra plus parler de cela.
Sur ce , etc.
Signé NAPOLÉON.
Napoléon au major^gméral,
Wilna, le II juillet 1812.
Mon cousin , vous avez eu tort d'écrire au duc de Tarente que j'envoyais un officier en Samogitie pour y acheter deux mille chevaux. Ce n'est pas acheter que j'ai entendu, c'est requérir. Pour accorder cela , vous écrirez au duc de Tarente que ces chevaux seront payés à compte de la contribution , etc. (La suite est relative à un équipage de ponts.)
A^'NAPOLÉON
Napoléon au major-généraL
Wilna, le II juillet 181 a.
Mon cousin, on fera partir les prisonniers aussitôt qu'il y en aura douze cents, et pas avant le i3. Le la , on fera partir les officiers et les sous-officiers , hormis
a34 NOTES DU LIVRE I.
douze sous-ofBciers qa^on gardera pour tenir les coii«trôles. Cl* s prisonniers seront divisés en douze compagnies de cent hommes , ayant un sous-officier à leur tête pour tenir les contrôles. Ils seront commandés par un chef de bataillon français et escortés par une compagnie de Bade de cent hommes, quarante Prussiens à cheval et une brigade de gendarmerie de cinq hommes. Les prisonniers iront dans quatre jours â Kowno , et tous les soirs ils seront renfermés dans une église. Ils emporteront du pain de Wilna pour quatre jours à ration complète. Les officiers de gendarmerie et les commandans d^arme de la route seront prévenus du passage de ces prisonniers , et les commandans des colonnes mobiles recevront l'ordre de les faire escorter avec de forts détachemens. Tous ceux qui seraient trouvés hors des rangs , cherchant à déserter , seront fusillés ; on en fera la déclaration à chaque compagnie avant de partir. A Kowno , ils auront un jour de séjour ; on les placera également dans une église. Vous laisserez le commandant de, Kowno maître de les embarquer sur les bâtimens qui sont venus chargés de vivres , et qui opéreraient leur retour à vide à Tilsit; s'il n'y a pas d'inconvénient, on aurait soin de les placer à fond de cale, et de les bien surveiller. Si la navigation est difficile , que le trajet soit plus long par eau que par terre , on les fera aller par terre. Ils prendront du pain pour quatre jours, et suivront la rive gauche du Niémen. Ils seront transportés par eau à Kœnisberg , d'où ils seront dirigés sur Pillau, où ils seront enfermés dans une prison. Lès officiers et sous-officiers seront dirigés sur Dantzig. Les prisonniers seront gardés à Pillau jusqu'à nouvel ordre;
îl ne pourra cependant y en avoir plus de mille à Pillau. Le chef de bataillon qui conduira ces douze cents prisonniers les accompagnera jusqu^à Pillau ; il prendra un reçu du commandant, et réglera sa comptabilité avec Fêtât major général. Vous demanderez au gouverneur de Dantzig de préparer dans la place de vastes locaux pour contenir dix mille prisonniers. Vous ferez préparer à Thom des locaux pour mille autres. Le deuxième millier qui sera envoyé à Dantzig, s^embarquera sur le Frisch- HafF, et de là sera dirigé par la route la plus courte d^Elbing sur Dantzig.
Sur ce , etc. Signé NAPOLÉON.
Napoléon au major-général.
Witepsk, le 3 août 181 a.
Mon cousin, envoyez un officier au prince de Schwartïenberg pour lui faire connaître que je mets le septième corps sous ses ordres ; qu^il rallie ce corps et marche à Tormassof et Kamenskoi, et leur livre bataille, et qu'il les doit suivre partout jusqu'à ce qu'il en soit venu à bout. Faites connaître au général Reynier, que j'ai donné au prince de Schvv^artzenbei^ le commandement supérieur sur les deux corps réunis.
Sur ce , etc. Signé NAPOLÉON.
Napoléon à VoJJicier d'ordonnance d'Hautpoidt.
Witepsk, le 5 août 181a.
L'officier d'ordonnance (a) d^Hautpoult se rendra à Ostrowno, et de là à Beszenkowiczi. Il verra à Os-
[a) Cette lettre fait voir que Napoléon ne se contentait pas de diriger en grand les opérations, mais descendait souvent jus-
i36 NOTES DU LIVRE I.
trowno , si le village est réhabité et sUl y a un commasi^ dant de place pour le réoi^aniser. Il verra à Beszenkowiczi , si les ponts sont faits , et si on a substitué un pont de radeaux au pont de chevalc^t , qui ne résisterait pas aux premières crues de la rivière ; il verra si on a travaillé à la tête de pont ; il verra Thôpital , la manutention , les magasins, et enfin si le pays commence à se réorganiser; il me rendra compte des troupes quUl rencontrera , soit cavalerie, soit artillerie, soit infanterie, soit équipages militaires; il verra, à Beszenkovi^iczi , le 4*^ régiment des chasseurs de la garde et le bataillon de Hesse-Darmstadt,
qu^aux moindres détails. La formation des capitaines d*ordonnances , avec les fonctions qu'ils remplissaient , appartenait entièrement h Napoléon; tous étaient jeunes, ou du moins dans la force de rage; quelques-uns portaient des noms historiques que Napoléon désirait voir figurer dans Parmée , et il était flatté de les attacljer à sa maison ; d'autres étaient fils de grands seigneurs de son empire , d'autres enfin avaient été choisis à cause de Teur mérite. Il leur donnait souvent des missions qui n'auraient dû être remplies que par des officiers généraux : comme, par exemple, de faire prendre les armes à des divisions, de les fo/rf et de lui venir rendre compte de leur situation ; c^était , à proprement parler, en passer la revue. 11 est hors de doute qu'un général de division était blessé d'être inspecté par un capitaine ; mais les généraux étaient ployés à une obéissance si entière , qu'ils se seraient bien gardés de se plaindre. £n employant ainsi ses capitaines d'ordonnances, Napoléon trouvait réunie la vigueur à la capacité, ce qui se serait rarement rencontré chez les officiers généraux. Je dis la vigueur, parce qu'il donnait quelquefois à ses capitaines d'ordonnances des missions qui exigeaient qu'ils passassent plusieurs nuits de suite, tantôt en voiture, tantôt à cheval, tandis que le jour était employé à réunir et à rédiger les renseignemens qui leur enraient été demandés.
auxquels j^ai ordonné de rester-là en position jusqu'à nouvel ordre. Il doit y avoir aussi plusieurs pièces d'artillerie ; il faudra avoir soin que tout cela soit en position, et qu'on travaille à la tête de pont, afin de la terminer; il s'informera si on a des nouvelles des Kosaqnes, et s'il est nécessaire, il restera un jour à Beszenkowiczi , afin de tout voir et de faire sa dépêche ; il m'écrira de cet endroit , en ayant soin de remettre sa lettre k la première estafette qui passera à Beszenkowiczi ; il continuera sa route sur Polotzk, d'où il m'expédiera sa seconde dépêche ; il verra les fonctionnaires de la ville , l'hdpital , la manutention. Il me fera connaître combien de prisonniers à fait le duc de Reggio à ces différentes affaires qui viennent d'avoir lieu , combien de blessés ; tout ce qu'il pourra apprendre sur cette affaire , et sur la situation du corps du duc de Reggio. Le duc de Tarente ayant pris Diinabourg , l'officier d'ordonnance d'Hautpoult s'informera si la communication entre les deux corps s'est opérée. Il prendra toutes les informations qui pourront me faire connaître la nature des forces opposées au duc de Re^io. Il restera avec ce maréchal, auquel il remettra la lettre ci-jointe , jusqu'à ce que celuici ait attaqué l'ennemi, éclairci la rive droite et opéré sa communication avec Diinabourg.
&^ NAPOLÉON
Le prince de Neufchâtel et de Wagram au duc d'Elchlngen*
Smolenskyle itjaoût à huit heures du matin.
Monsieur le duc, je reçois votre rapport de ce matin, à six heures ; l'armée ennemie aura pu prendre deux par-
24o EXPEDITION DE RUSSIE.
Napolëon. Ce conquérant recommence à se porter sur Moskou , et s'en empare le 1 4 septembre sans éprouver de résissistance. Incendie de cette capitale. Opinion répandue ea Russie au sujet de cet incendie. Ressources que les débris de Moskou procurent à Tarmée française. Alexandre an— nonce lui-même à ses peuples la perte de sa capitale , et cher* che à les rassurer par le tableau de la situation respective des armées. Consternation répandue dans l'empire à cette nouvelle. Napoléon , ignorant quelle route avait suivie Kutusof dans sa retraite, reste douze jours dans l'inaction. Kutusof , après s'être retiré dans la direction de Riazan , tourne autour de Moskou et vient prendre position à Krasno-Pachra sur la vieille route de Kaluga. Napoléon se décide à marcher contre Kutusof pour lui livrer bataille, mais le général russe s'étant retiré , Napoléon continue de rester à Moskou , et se contente de le faire suivre par la partie de son armëe qui était sous les ordres de Murât. Kutusof prend position derrière la Nara, et s'y retranche. Napoléon fait fortifier le Kremlin et emmagasiner des vivres, comme s'il eût voulu passer l'hiver à Moskou. H propose la paix à Alexandre. Réflexions sur cette démarche et sur la prolongation de son séjour à Moskou. Avantages que les Russes retirent de l'incendie de Moskou. Suite du récit des opérations des corps d'armée détachés. Situation de l'armée de Moskou. Napoléon se dispose à se mettre en marche ; mais avant que de commencer son mouvement, il envoie de nouveau vers Kutusof pour savoir si Alexandre a fait une réponse à ses propositions. Le général russe parvient à prolonger encore de quelques jours les négociations. Napoléon apprend le 18 octobre , dans l'après-midi , que Kutusof a attaqué Murât dans sa position de Winkowo. Cette nouvelle le décide à quitter Moskou le jour même ; il laisse Mortier dans cette capitale, et vient bivouacquer avec l'année sur la vieille route de Kaluga. Combat de Winkowo le 18 octobre. Réflexions sur les opérations militaires depuis la bataille de la Moskwa.
Quoique la campagne commencée depuis peu de tems présentât déjà d'immenses résultats ,