LIVRE II. 24i
elle n^avait point amené ceux que Napoléon désirait le plus ardemment. De yastes provinces, que Parmée russe avait été forcée d'abandonner, pour ainsi dire sans combattre, avaient été conquises ; mais cette armée s'était retirée avec le plus grand ordre , aucun principe de désorganisation ne s'y était manifesté, etNapoléon avait l'etrouvé dans les champs de Smolensk et de Walutina, ces soldats d'Eylau, impassibles dans les revers comme dans les succès. L'insurrection n'avait point devancé l'arrivée des Français : pour la faire éclater, il aurait fallu proclamer le rétablissement du royaume de Pologne au moment même où les hostilités commencèrent. Nous avons fait voir que des vues ambitieuses trop étendues avaient seules empêché Napoléon de tenir une conduite si conforme à ses véritables intérêts. Les provinces envahies , foulées par les plus nombreuses armées qu'on eût vues dans les tems modernes , étaient hors d'état de le seconder puissamment. Quant à celles que conservait encore la Russie, elles paraissaient plus décidées que jamais à ne prendre aucune part active dans la lutte qui venait de s'engager.
Avant que de continuer le récit des opérations militaires, nous allons faire connaître
24a EXPÉDITION DE RUSSIE.
les changemens survenus' dans la politique de l'Europe depuis le commencement des hostilités ; ils eurent la plus grande influence sur le» résultats de cette guerre.
La Suède , par suite du traité de Paris (6 janvier 1810), avait fermé ses portes aux Anglais, et néanmoins elle continuait à commer-» cer avec eux par la voie des neutres (a). Napoléon, ne voulant reconnaître pour amis que les ennemis de l'Angleterre, fit signifier à la Suède , par son ministre , qu'elle eût à déclarer la guerre à l'Angleterre; qu'elle fît saisir les bâtimens anglais qui étaient dans ses ports , ainsi que les denrées et marchandises anglaises qui avaient été introduites en Suède depuis le traité de Paris , n'importe sous quel pavillon ; que si, au bout de cinq jours, elle n'avait point accédé sans restriction à ces demandes , le ministre de France se retirerait sans prendre congé. La Suède se vit contrainte de céder ; mais l'Angleterre, jugeant l'intention plutôt que le fait, n'exerça point contre son commerce des hostilités qui l'auraient plongée dans une extrême détresse.
Cependant, la Suède ne pouvant supporter
(a) Ce commerce n'avait lieu qu'en Suède , mais point en Pomtfranie.