LIVRE II
dernière puissance. Six jours plus tard, et dans ie même lieu , la paix fut conclue entre la Russie et l'Angleterre (a) : elle existait déjà de fait; des intérêts et des craintes communes avaient devancé la lenteur des formes.
Les négociations entre les puissances belligérantes et la Turquie avaient eu plus d'importance encore- Cette puissance a , depuis le traité de Belgrade ( 1 3 septembre 1 7 Sg) , soutenu contre la Russie plusieurs guerres , qui toutes ont été désastreuses. On doit l'attribuer à ce que les Russes ont apporté successivement à leurs institutions militaires et à leur méthode de ^erre les changemens exigés par les progrès de l'art , tandis que les Turcs les ont constamment repoussés.
La dernière guerre entre ces deux puissances avait éclaté le 7 janvier 1807; une trêve €ut lieu (24 août 1807) par suite du traité de Tilsitt; les Russes évacuèrent les provinces qu'ils avaient conquises; elles restèrent inoc-
{a) Des articles secrets du traité stipulaient que F Angleterre Iburnirait en argent , armes et approvisionnemens , la valeur d'environ 700,000 livres sterling ; et que la Russie enverrait , en garantie de ses engagemens , sa flotte entière , consistant «n dix-huit vaisseaux de ligne et douze frégates , dans les ports 4' Angleterre.
cupées entre les deux années. Cet état de choses subsista jusqu^aux conférences d^Ërfurfh (27 septenibre 1 808), dans lesquelles Napoléon consentit à ce que la Russie incorporât à son empire la Moldavie^ la Valachie et la Bessarabie ; mais la Turquie refusant de céder ces provinces, les hostilités recommencèrent.
D'abord les succès furent partagés ; les Turcs éprouvèrent ensuite de grands revers , et se virent contraints de demander la paix. L'on entra en négociation à Bukarest ; la Turquie devait perdre quatre provinces, la Moldavie, la Valachie , la Bessarabie , occupées par les Russes ^ et la Servie , qui s'était rendue indépendante. La mésintelligence qui éclata alors entre la France et la Russie, suivie bientôt de préparatifs de guerre , vint ranimer les espérances de la Turquie ; elle se montra moins disposée à faire des sacrifices pour obtenir la paix ,. et les négociations traînèrent en longueur.
Tel était l'état des choses lorsque Napoléon se décida à envoyer un ambassadeur extraordinaire à Constantinople , où il n'avait alors qu'un chargé d'affaires. Le but de cette amba^ sade était d'engager le sultan Mahmoud à recommencer les hostilités contre les Russes , et à se mettre lui-même à la tête de ses troupes.