LIVRE II
les Russes, considérant chaque combat comme un acheminement à la conclusion de cette guerre , le soldat se battait avec un acharnement incroyable.
Quelque rapides qu'eussent été les succès , et quelque favorable que fût encore la situation de Napoléon , il devait pourtant considérer que, s'il continuait à faire aux Russes le même genre de guerre, l'avantage du nombre qu'il avait encore s'évanouirait bientôt ; car ses pertes en hommes et en chevaux étaient infiniment plus fortes que les secours qui lui arrivaient ; tandis que chez les Russes c'était tout le contraire. Il savait d'ailleurs que la Suède s'était alliée à la Russie , et que la Turquie avait fait la paix avec cette puissance; qu'ainsi les armées de Finlande et de Moldavie, composées de vieilles troupes, allaient renforcer les armées russes. Il voyait les succès balancés sur les derrières de son armée , et nonobstant ce qu'aurait exigé la prudence , il y avait laissé les troupes autrichiennes et prussiennes , dont il devait se défier en cas de revers (a). Il devait donc , et cette
(a) C'était une faute d'attacher les troupes autrichiennes et pntssiennes à des opérations isolées sur les derrières de Far* mëe, par les raisons que nous venons de donner, et parce qu'elles y essuyaient des pertes beaucoup moins fortes que le»
opinion était presque unanime dans Farmée , s'arrêter à Smolensk, achever la conquête des provinces polonaises russes, et s'occuper de leur organisation. Il se décida au contraire à marcher de nouveau contre l'armée russe , espérant qu'elle accepterait enfm la bataille.
Alexandre ne se montra point abattu par les revers qui accablaient son empire; inébranlable dans la résolution de ne point fléchir devant la fortune de Napoléon, il fut puissamment secondé par le dévouement de son peuple. Nous avons vu qu'il n'avait point pris <J'avance des mesures de défense intérieure, onéreuses aux peuples, mais indispensables pour résister à une redoutable invasion ; qu'il ne s'était décidé à y avoir recours qu'à l'époque de l'évacuation du camp retranché de Drissa ; qu'il adressa alors deux proclamations , l'une à sa nation , l'autre à la ville de Moskou , et qu'il
troupes que Napoléon commandait immédiatement. Le bon f euB voulait que Napoléon gardât Schwartzenberg avec lui et laissât Poniatowski avec ses Polonais en Yolhinie. Il fallait aussi éviter de réunir des Polonais et des Prussiens , comme on avait fait au dixième corps , à cause de la haine qui existait entre ces deux nations. U est cependant juste d'ajouter que Napoléon avait voulu rappeler à lui Schwartzenberg , et qu'il ne l'avait pas fait pour l'opposer à Tormassof ^ mais alors il pouvait le remplacer par Poniatowski.