‹ Histoire de l'expédition de Russie (volume 2)Chapitre 94 sur 174 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

était parti ensuite de Polotzk(i8 juillet 1812) pour cette capitale. Il y arriva le 24 juillet^ et y tint une assemblée des principaux de la noblesse et du corps des bourgeois, dans laquelle on décida la levée de quatre-vingt mille hommes de milice. Cet exemple fut imité dans tout l'empire. Chaque gouvernement offrit des troupes > des denrées , ou des bestiaux , selon la nécessité , ou selon la nature de ses productions. La petite Russie (2) offrit dix-huit mille Kosaques ; de simples particuliers levèrent des bataillons, et même des régimens ; ces troupes ne devaient servir (3) que jusqu'à l'évacuation du territoire russe. On pouvait facilement réunir les hommes nécessaires pour leur formation , et même les habiller en drap grossier du pays, ainsi qu'on le fit ; mais on n'avait point assez de fusils pour les armer; on fut donc forcé de leur donner des piques. Ces mesures de défense intérieure n'empêchaient point Alexandre de faire de nouvelles levées pour augmenter son armée de ligne. De pareils efforts semblaient devoir accabler Napoléon ; mais les résultats étaient loin de répondre aux apparences; plus des trois quarts des recrues périrent (4) avant que d'avoir rejoint l'armée.

Ce fut ainsi qu'AlexttBdre, s'appttyant sur le

patriotisme et les sentimens religieux de son peuple , lui demanda , et en obtint des efforts qui lui permirent de lutter contre les nombreuses armées qui envahissaient son empire.

Pendant le séjour que le monarque russe fit à Moskou, le synode de cette capitale adressa aux habitans une proclamation , dans laquelle , par des motifs tirés plus particulièrement de la religion, il les exhortait à seconder le souverain de tous leurs efforts pour la défense de la patrie. Peu de jours après ( 26 juillet ) , Platon , métropolitain de Moskou , qui vivait retiré dans le monastère de Troitzka, à cause de son grand âge , écrivit la lettre suivante à Alexandre , en lui envoyant Fimage de saint Serge , qui était en grande vénération parmi les Russes :

« La ville de Moskou, la première capitale » de l'empire , la nouvelle Jérusalem , reçoit » son Christ ; comme une mère dans les bras » de ses fils zélés , et , à travers le brouillard 9> qui s'élève , prévoyant la gloire brillante de » sa puissance , elle chante dans Ses transports : » Hozanna , béni soit celui qui arrive ! que » l'arrogant, l'effronté Goliath apporte, des » limites de la France , l'effroi mortel aux con- » fins de la Russie ! La pacifique religion , cette 9i fronde du David russe , abattra soudain la

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